CHAPITRE V
de Jésus-Christ, sa vie, sa passion et sa mort n'avaient été que des apparences trompeuses sans aucune réalité. Ils rejetaient l'Eucharistie, qu'ils appelaient le sacrifice des démons, et ne reconnaissaient d'autre communion que celle de demander à Dieu le pain quotidien en récitant le Pater. Ils redisaient, en effet, continuellement cette prière; et cette circonstance leur avait valu leur nom de Bogomiles. Quant à la partie morale de leur doctrine, il nous suffira de citer le mot de la princesse Anne Comnèue : « J'aurais voulu, dit-elle, faire connaître leur hé- » résie; mais je ne veux pas souiller ma plume. » L'empereur, son père , chercha vainement à ramener à la raison ces insensés. Basile, leur chef, condamné au hûcher, préféra la mort à l'abjuration de ses erreurs. Les Bogomiles, sous le nom de Bulgares, pénétrèrent en Lombardie, d'où ils passèrent en France, et se mêlèrent plus tard aux Albigeois, en Provence, et aux Cathares, en Allemagne.
39. Pendant que ces sectes faisaient, en Orient et en Occident, une sorte de réaction impie contre l'esprit de foi qui se traduisait dans le monde chrétien par l'extension des ordres religieux et le grand mouvement des croisades, une littérature nouvelle, inspirée par les souvenirs de la guerre sainte , et reflétant l'enthousiasme que ces expéditions lointaines avaient excité en Europe, prenait naissance dans les cloîtres. Guibert, savant et vertueux abbé de Nogent-sous-Coucy, l'inaugurait par son histoire de la première croisade, qu'avec un rare bonheur d'expression il intitulait : Gesla Dei per Francos. La grandeur du sujet et la simplicité du style ; la couleur orientale et la naïveté du moine chroniqueur; les hauts faits des chevaliers et des barons français sur des champs de bataille dont les noms eux-mêmes étaient un charme et une poésie pour des imaginations nourries des récits bibliques; des royaumes, des principautés et des fiefs fondés à Jérusalem, Édesse, Antioche, Tyr et Joppé, par l'épée des Francs; les marches aventureuses, les exploits héroïques des Godefroi de Bouillon, des Tancrède, des Bohémond, des Robert de Normandie, étaient bien propres à entretenir, en Occident, le saint enthousiasme des guerres saintes. C'était le cri de Dieu le vexitl prolongé d'écho en écho, et retentissant dans toutes les nu 13