‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 104 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sacerdoce et do l'empire, Calixte II convoqua dans l'église de Latran le neuvième concile général et le premier de l'Occident. Plus de trois cents évêques et de six cents abbés s'y rendirent de toutes les parties du monde (1123) . Le Pape y ratifia et promulgua solennellement le traité de paix conclu avec Henri V. Il fut convenu que les élections des évèques et des abbés de Germanie se feraient désormais, sans simonie, en présence de l'empereur ou de ses délégués, et que les sujets élus recevraient de lui, par la tradition du sceptre, comme il se pratiquait à l'égard des autres vassaux, l'investiture des régales, c'est-à-dire des fiefs et autres domaines temporels, concédés à l'Eglise par les princes. Enfin on renouvela, avec plus de rigueur que jamais, les excommunications précédemment portées contre les Nicolaïtes, les simoniaques et ceux des partisans de l'antipape Maurice Bourdin, qui s'opiniàtraient dans le schisme. Le neuvième concile général termina glorieusement le pontificat de Calixte II. En moins de six années, ce Pape venait de pacifier l'Eglise et l'empire, de réparer les fautes ou les faiblesses de ses prédécesseurs, de rétablir l'autorité du Saint-Siège et toute la splendeur de l'ordre hiérarchique, de consommer enfin la réalisation du plan de saint Grégoire VII (13 décembre 1124). L'empereur Henri V ne lui survécut pas une année (23 mai 1125). Ce prince ne laissait pas d'enfants. En lui s'éteignait l'ancienne maison de Saxe qui régnait depuis deux cent sept ans. Lolhaire II, le plus proche allié de cette famille, par sa femme qui descendait d'un oncle de saint Henri, fut élu à Mayence (30 août 1125), et monta sur le trône d'Allemagne.

37. Le désordre et le relâchement des mœurs, qui s'étaient produits pendant la guerre des investitures, favorisèrent l'invasion dans les Eglises d'Occident d'une multitude de sectes qui se rattachaient aux principes du Manichéisme, et qui érigeaient le vice à la hauteur d'un système. Elles renouaient ainsi la chaîne des hérétiques d'Orléans, d'Arras, de Toulouse, restes des Pau- Iiciens d'Orient, précurseurs de tous les systèmes plus modernes, qui, sous des noms divers, prétendent à détruire les principes de l'autorité , de la subordination hiérarchique, de la famille et de la société. Leurs erreurs dogmatiques, communes en quelques

192 cauxte ii (1119-1124).

points, tels que l'inutilité des sacrements, de l'invocation et du culte des saints, de la prière pour les morts, différent en quelques autres, selon le nom des chefs de sectes. Mais leurs principes, en morale, sont toujours les mêmes : négation de tout pouvoir et de toute règle; licence et scandale. Le premier nom de ce genre que nous rencontrons au xn* siècle est celui de Pierre Bruys, dont les disciples s'appelèrent Pétrobrusiens. Il parcourut le Dauphiné, la Provence et le Languedoc, abattant et brûlant les croix, rebaptisant les enfants, enseignant que les églises sont inutiles et que Dieu ne veut point d'autre temple que l'univers. Les multitudes le suivaient avec enthousiasme, massacrant les prêtres, pillant et brûlant les églises, et se livrant aux plus honteux excès. Henri de Lausanne , le plus célèbre des partisans de Pierre de Bruys, porta les mêmes doctrines et les mêmes désordres en Suisse et dans les provinces de l'Ouest de la France. La société, autant que la religion, était intéressée à la répression de pareils sectaires, et cette considération explique les rigueurs que le pouvoir séculier fut obligé de déployer contre eux , aussi bien que contre les Vaudois et les Albigeois dont ils étaient l'avantgarde. Dans le même temps, à Anvers, un fanatique, nommé Tanchelme ou Tanqueiin, souleva la population par les mêmes moyens. Il poussa plus loin ses prétentions et se fit adorer comme un dieu. Il renouvelait les traditions des Adamites, et prétendait ramener le monde à la nudité primitive en lui rendant son innocence perdue. Les prédications de saint Norbert, à Anvers, parvinrent à ramener la multitude égarée. Les disciples de Tanchelme se répandirent dans la Flandre , sur les bords du Rhin, et infestèrent le diocèse de Cologne. Ils affectaient une vie pauvre et austère, s'élevaient contre la suprématie du Pape et contre tous les pouvoirs hiérarchiques. Pour eux, ils se disaient les pauvres du Christ, les imitateurs des Apôtres; d'où ils prirent le nom ày Apostoliques.

38. A la même époque, des erreurs analogues se révélaient en Orient. Les Bogomiles, mot slave qui veut dire : sectateurs de la prière, inondaient l'empire de Constantinople, sous la conduite d'un imposteur bulgare, nommé Basile. Ces fanatiques rejetaient tout l'ensemble des dogmes chrétiens. Selon eux, l'incarnation

Page 1