CHAPITRE VI
Jeune , alors âgé de dix ans. « Ce jour-là , dit un chroniqueur » contemporain , le soleil parut plus radieux qu'à l'ordinaire ; il » sembla que le ciel voulut orner la fête par sa sérénité , consoler » Tanière douleur du roi , et justifier toutes les espérances de » la monarchie française. » Revêtu de ses ornements pontificaux , escorté par les officiers de sa cour et par les prélats du concile , le Pape sortit de l'église Saint-Remi tenant le jeune prince Louis par la main. 11 le conduisit au parvis de l'église métropolitaine de Notre-Dame, où Louis-le-Gros, entouré de ses chevaliers et de ses barons , les attendait. La joie de cette fête et la tristesse de ses regrets se disputaient le cœur du roi. Des larmes inondaient son visage. Le Pape présenta le jeune prince à l'autel. On remit au Pontife la sainte ampoule , et il sacra le nouveau roi avec l'huile dont saint Remi s'était servi pour le baptême de Clovis. Cependant le clergé, les seigneurs et le peuple eriaieut : a Noël ! Noël l longue vie à Louis VI ! vive Louis VII ! » (25 octobre 1131).
14. Le monde catholique reconnaissait Innocent II pour pasteur légitime de l'Eglise. Malgré sa puissance et le créait que lui donnaient ses richesses, Anaclet n'avait pu rallier à sa cause que Roger, duc de Sicile, et Guillaume, comte de Poitou et duc d'Aquitaine. Roger n'était que duc , il ambitionnait le titre de roi. L'antipape lui donna sa sœur en mariage, ajouta à ses domaines la principauté de Capoue et la seigneurie de Naples , et lui accorda le titre qui flattait sa vanité. Roger, à ce prix, reconnut l'antipape. Raymond IV, comte de Darcelone, donnait en ce moment un spectacle bien différent. Marié à l'héritière de Fianimire, roi d'Aragon , et devenu maître du royaume par la retraite de ce prince, qui embrassa la vie monastique, il se refusa toute sa vie à prendre le titre et la couronne royale. « Je suis né » comte, disait-il, et je ne vaux pas mieux que mes pères. J'aime » mieux être le premier des comtes que d'être à peine le septième » des rois. » Roger de Sicile n'avait pas la même noblesse de sentiments : il achetait au prix de sa conscience le droit de porter uue couronne. Guillaume, duc d'Aquitaine, avait été entraîné dans le schisme par Gérard, évêque d'Angoulème, auquel Innocent II s'était va forcé de retirer W tsto de légtt apostolique ea
212 innocent n (1130-1143).
France, dont sa conduite scandaleuse le rendait indigne. Ainsi l'ambition d'une part, la vengeance de l'autre, donnaient à Anaclctdeux alliés; mais ces adhésions isolées ne pouvaient l'emporter sur l'universalité du monde catholique. L'empereur de Conslantinople, les princes latins de Palestine avaient fait parvenir à Innocent II les témoignages de leur soumission et de leur fidélité. Le souverain Pontife, fort de ce concert, se résolut à reprendre la route de l'Italie. Le roi d'Allemagne, Lothaire, lui promettait de s'y rendre de son côté avec une armée pour le réintégrer d ins Rome et chasser l'antipape. En quittant la France, Innocent voulut visiter le monastère de Clairvaux, dont le saint abbé lui avait rendu tant de services, a Les pauvres de Jésus- » Christ, dit un chroniqueur, reçurent son vicaire avec une ex- » trême affection. Ils allèrent à sa rencontre, non pas ornés de » pourpre et de soie; ils ne portaient point d'évangiliaires cou- » verts d'or et de pierreries; mais vêtus de leurs babils gros- » siers, ils marchaient professionnellement, les yeux baissés, à » la suite de leur modeste croix de bois, récitant pieusement des » psaumes et des hymnes sacrés. » En apercevant, des hauteurs qui la dominent, la vallée de Clairvaux, le Pape s'écria : Quant pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël! Sa visite fut une fête pour les fervents religieux, c Tous se réjouissaient » dans le Seigneur, dit encore le pieux annaliste; mais la solen- » ni té consistait en de grandes vertus, et non en de grands ban- » quets. Le pain, au lieu d'être de pure fleur de froment, était » de farine dont le son n'avait pas été séparé. Si par hasard il se » trouvait quelque poisson , on le plaçait devant le seigneur » Pape, pour être vu plutôt que mangé. »
15. Innocent II arracha saint Bernard à sa solitude bienaimée, pour s'en faire accompagner en Italie. Le voyage du souverain Pontife et de 1* illustre abbé ressemblait à une marche triomphale. Les villes de la Lombardie se précipitaient sur le passage de saint Bernard. Les évêques se disputaient l'honneur de lui céder leur siège. Pise et Gènes étaient depuis longtemps en guerre l'une contre l'autre : l'homme de Dieu paraît, et les soldats brisent leurs armes à ses pieds. « Non, jamais je ne © t'oublierai, écrivait, depuis, saint Bernard à la ville de Gènes,