‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 114 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

» peuple religieux, noble nation, cité illustre ! Le soir, le matin, » à midi, j'annonçais la parole de Dieu, et toujours votre piété » affectueuse vous y faisait accourir en foule. J'apportais au mi- » lieu de vous la paix , et comme vous en étiez les enfants , » notre paix s'est reposée sur vous. Je semais et je moissonnais » en même temps ; j'apportais , pour fruit de ma récolte , aux » exilés, l'espoir de la patrie ; aux malheureux captifs, la liberté ; » aux ennemis la terreur ; aux schismatiques , la confusion ; » enfin la gloire à l'Eglise et la joie au monde chrétien. » Le roi Lothaire rejoignit le Pape près de Trévise. Ils prirent ensemble le chemin de Rome, pendant qu'une flotte de Génois et de Pisans abordait à Civita- Vecchia et soumettait toute la côte au pouvoir du légitime Pontife. Enfin, le 1er mai 1133, Innocent II fit son entrée solennelle dans l'église de Latran , au milieu des transports d'un peuple ivre de joie. L'antipape s'était retranché dans l'église de Saint-Pierre avec ses soldats mercenaires. On ne songea même pas à l'y attaquer. Lothaire II et la reine Richilde, son épouse , qui l'avait accompagné , reçurent la couronne impériale des mains d'Innocent II. Le Pape, en cette circonstance, accorda au nouvel empereur, moyennant un revenu annuel, l'alleu, ou la jouissance des biens que la comtesse Mathilde avait donnés à l'Eglise romaine. Cette concession fut plus tard l'occasion de dissensions nouvelles entre le Saint-Siège et l'empire. Les Papes la révoquèrent depuis et se mirent en possession de ces domaines, qui constituent le patrimoine de Saint-Pierre. En même temps, saint Bernard était envoyé, avec une mission de paix , auprès de Conrad, duc de Souabe. et Frédéric, duc de Franconie, qui continuaient toujours leur lutte ambitieuse contre Lothaire. Par l'intervention du saint abbé de Clairvaux, l'empereur reçut la soumission des deux princes. Frédéric vint lui jurer foi et hommage à la dicte de Bamberg ( 1 1 35 ) , et , la même année , le duc Conrad renonça publiquement au titre de roi , à Mulhausen , et reconnut Lothaire II pour suzerain. L'empereur leur rendit leurs domaines, honora Conrad du titre de porte-étendard de l'empire, et lui donna le premier rang en Allemagne après lui. La paix se trouvait ainsi rétablie dans l'Eglise et dans l'empire , grâce à la persuasive et douce médiation de saint Bernard.

2U nmocE.Yr n (1130-1143).

1C. L'humble religieux, après avoir accompli ces grandes choses, revint à sa chère abbaye de Clairvaux. Les événements ne lui permirent pas d'y faire un long séjour. Après le départ de Lothaire et de son armée, les troupes d'Anaclet s'étaient de nouveau emparées de Rome. Innocent II crut devoir céder à l'orage. Il se retira à Pise, où il indiqua pour l'année suivante, un concile des éveques d'Espagne, d'Italie, de France et d'Allemagne, dans l'espérance d'anéantir toutes les tentatives du schisme , par l'union des quatre grandes puissances européennes dans une même obédience. Il manda saint Bernard , dont la présence lui semblait indispensable au bien de l'Eglise. Le concile s'ouvrit le 30 mai 113-4; l'abbé de Clairvaux en fut l'Ame, « il assistait à » toutes les délibérations , dit son biographe. Il était révéré de » tout le monde , et on voyait les éveques attendre en foule à sa » porte. Ce n'était pas le faste qui le rendait de difficile accès, » c'était la multitude de ceux qui voulaient lui parler : en sorte » que malgré son humilité, il semblait avoir toute l'autorité du » Pape. » Pierre de Léon fut solennellement excommunié ; ou prononça contre ses fauteurs la sentence de déposition 9 sans espoir de rétablissement. Saint Bernard fut ensuite envoyé à Milan pour ramener cette ville, engagée dans le schisme, à l'obédience du souverain Pontife. A l'approche de l'homme de Dieu , cette immense cité s'élira nia tout entière. Nobles, bourgeois, riches, pauvres, tous quittaient leurs demeures pour se précipiter sur son passage , et la ville demeura déserte. Transporté* de joie , ils se prosternaient devant le saint, lui baisaient les pieds et arrachaient les fils de fies vêtements pour eu faire des reliques. Dieu récompensait la foi de ce peuple par des miracles» Les malades , amenés à saint Bernard , recouvraient la santé. foule se tenait tout le jour à la porte du logement qui lui avait été assigné dans le palais du gouvernement ; le saint était oblige pour satisfaire à cet empressement insatiable , de se montrer de temps en temps aux fenêtres ; de là , il élevait les mains et bénissait la multitude. Le succès d'une telle mission ne pouvait être douteux. Avant même qu'il fût arrivé, la ville était convertie; la population criait avec enthousiasme : « Vive Innocent H • * vive Bernard ! » Parmi tant de merveilles, la vie du saint aU>^

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