‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 117 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Qairvaux en référèrent au Pape , pour le prier de protéger la sainteté des mariages contre les entreprises de Raoul > comme il maintenait la liberté des élections épiscopales contre les empiétements de Louis-le-Jeune. Innocent II fit excommunier le comte de Vermandois , par le cardinal Yves , son légat en France , et renouvela l'interdit déjà porté sur tout le royaume.

21. Cet acte d'apostolique fermeté jeta la France entière dans la consternation. Les effets de l'interdit, les églises fermées, la célébration des saints mystères défendue , l'interruption des cérémonies ecclésiastiques, la privation des sacrements accordés seulement in extremis, la sépulture chrétienne dépouillée de tout appareil religieux , frappèrent de terreur des populations dont la foi était Tâme et la vie. Saint Bernard s'interposa entre le roi et le souverain Pontife. « Nous ne prétendons pas , écrivit-il à ce » dernier , excuser le roi : Pardonnez-lui , s'il est possible de le » faire , sans compromettre la liberté de l'Eglise et le respect dù » à un archevêque sacré de la main du Pape. » Louis-le-Jeune, emporté par l'ardeur inconsidérée de son âge, et livré à des conseils perfides , avait fait le serment téméraire de ne jamais reconnaître l'archevêque de Bourges. L'excommunication du comte de Vermandois redoubla sa colère. Pour punir le comte de Champagne d'avotr osé donner asile à l'archevêque proscrit, pour le punir surtout d'avoir porté l'affaire de Raoul au tribunal du Pape, il entra, à main armée , sur les terres de Thibauld. En 1142 , s'étant rendu maître de Yitry, il donna l'ordre barbare de livrer cette ville aux flammes. La malheureuse cité fut réduite en cendres. Le feu gagna d'église , où plus de 1,300 personnes, hommes , femmes et enfants , qui s'y étaient réfugiées , périrent dans l'incendie. Le souvenir de cette cruauté se perpétua avec le nom de la ville infortunée, qui s'appela désormais Yitry-le-Brùlé. Louis-le-Jeune expia plus tard , par les remords les plus cuisants , et par le pèlerinage en terre sainte , cet acte de barbarie. Pour le moment , il continua la guerre avec des alternatives de iuccès et de revers. Innocent II n'en vit pas la fin. Des discordes sntestines ensanglantaient Rome. Le peuple inconstant et léger, oubliant ce qu'il devait de fidélité et de reconnaissance au Siège apostolique, voulut se soustraire au joug du souverain Pontife.

222 innocent tf Cl'fSOf-fin).

Les souvenirs de la république romaine commençaient à fermenter dans les têtes. Un sénat fut établi au Capitole , comme si la glorieuse mission de Rome chrétienne , qui règne par la croix sur l'univers , n'était pas une royauté pins digne de l'ambition des Romains que les tumultueuses traditions du Forum et des Gracques. Au milieu de ces troubles , Innocent II mourut après un règne de huit ans (2* septembre 1 U3).

22. Le récit des événements si orageux de son pontificat , ne nous a pas permis de jeter un coup d'œil sur le mouvement des doctrines erronée squi se répandaient alors dans l'Eglise, comme l'ivraie dans le champ du prre de famille. La retraite d'Ahaiiard à Provins y avait attiré jusqu'à 3,000 disciples, qui se logeaient dans les chaumières voisines, car la ville n'était pas assez grande pour ce surcroît de population. Le docteur l'abandonna bientôt pour se retirer près de Nogent-sur-Scinc , dans une solitude qu'il nomma depuis le Paraclet ( lieu de consolation ) , où plus tard ITéloïse vint se fixer elle-même avec ses religieuses. 1^) Paraclet vit accourir la foule avide d'entendre la parole d'Abailard. Une multitude de cellules particulières se groupèrent autour du monastère principal où demeurait l'illustre docteur. Cependant saint Bernard avait examiné la Théologie d'Ahaiiard. Les réclamations qui s'élevaient de toutes parts lui en avaient fait une loi. H y découvrit des erreurs formelles. Treize propositions, dignes de censure, furent extraites de cet ouvrage. Ahailard disait : a En Dieu, les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit sont » impropres, c'est seulement une description figurée de la pléni- » tude du souverain Bien. — Le Père est la pleine puissance ; le » Fils est une certaine puissance ; le Saint-Esprit n'est aucune » puissance. — Les suggestions du démon dans les hommes se » font par des moyens purement physiques. — Nous ne tenons » point d'Adam la coulpe du péché originel , mais seulement 1» » peine. — On ne commet aucun péché par la concupiscence , la » délectation et l'ignorance , qui ne sont que des dispositions » naturelles. » Une première conférence entre saint Bernard et le docteur accusé, n'ayant point eu de résultat, Abailard demanda à défendre son orthodoxie contre l'abbé de Clairvaux, d ans le concile qui devait s'assembler et qui eut lieu, en effet, à Sen*{l!40)#

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