‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 118 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Toutefois, au lieu de discuter, Àbailard se contenta d'en appeler au Pape , et sortit de rassemblée avec ses partisans*. Les ôvêques respectèrent cet appel , et suspendirent leur jugement sur Abailard lui-même. Ils formulèrent seulement une censure contre les> doctrines qui avaient été soumises à leur examen, et renvoyèrent à Innocent II, avec une lettre où ils informaient le Pape de Top* pel interjeté à son tribunal suprême. Abailard , tout porte à le croire , avait été de bonne foi : avant de partir pour Rome , il publia un écrit où il désavouait toutes les erreurs qui lui étaient imputées. En passant à Lyon , il y apprit qu'Innocent II avait* confirmé la sentence du concile et condamné son ouvrage. Il écrivit alors au souverain Pontife une lettre pleine de soumission dans laquelle il déclarait se désister de son appel, et souscrire explicitement à la condamnation portée contre lui. Il alla se jeter dans les bras de Pierre-le-Vénérable , abbé de Gluny , le priant de le recevoir sous sa conduite, et de l'aider à achever saintement une vie traversée par tant d'orages. Saint Bernard applaudit à sa généreuse résolution , et lui écrivit les lettres les plus touchantes pour F exhorter à la persévérance. Complètement désabusé des illusions qui avaient rempli sa carrière d'amertume et de chagrins, Abailard acheva ses jours dans la pratique de la pénitence et des plus éminentes vertus. A sa mort (1142), Pierre-le-Vénérable se chargea d'en mander la nouvelle à Héloïse. « Je ne me » souviens pas , disait-il , d'avoir vu plus d'humilité et de morti- • fication. J'admirais qu'un homme, dont le nom avait retenti 9 dans tout l'univers , pùt s'abaisser de la sorte. Il observait, » dans la nourriture et dans tous les besoins du corps, la même » simplicité que dans les habits. Il lisait continuellement la sainte » Ecriture , priait sans cesse , et observait un silence perpétuel , » interrompu seulement par les sermons et les conférences qu'il ■ faisait h la communauté. Depuis que je Feus réconcilié avec p le Saint-Siège, il offrait chaque jour le saint sacrifice. Atteint » de la maladie qui l'a enlevé , il fit assembler les frères, de- » manda pardon des scandales qu'il avait donnés autrefois, » protesta de son attachement à la foi catholique, fit une humble v confession de ses péchés , et reçut le saint viatique , dans les » sentiments de la plus ardente piété. C'est ainsi qu'Abaikrd

224 innocent n (1130-1143).

» rendit son âme à Dieu, son créateur. » Heureux âges où la foi élevait des asiles aux intelligences dévoyées, où le génie expiait ses écarts dans les bras de la pénitence, où, si l'Eglise avait à déplorer des chutes illustres, elle avait aussi à admirer d'illustres repentirs !

23. Les théories républicaines de la Rome du paganisme, que des factieux voulaient ressusciter dans la ville des Papes, avaient pour apôtre et pour tribun un disciple d'Àbailard, Arnaud de Brescia. La querelle des investitures, qui avait remué si longtemps l'opinion publique en Europe, produisit dans les esprits une sorte de courant opposé. Du principe d'indépendance des deux pouvoirs spirituel et temporel, quelques novateurs avaient tiré la conséquence que a de môme que les biens spirituels » appartiennent à l'Eglise seule, de même les biens temporels » appartiennent exclusivement aux princes, et sont incompatibles » avec l'exercice de la puissance ecclésiastique. » Telle fut la thèse bien souvent reproduite depuis , que soutenait Arnaud de Brescia. A son retour de France, où il avait suivi les leçons d'Abailard, ce novateur parcourut l'Italie, déclamant contre la souveraineté temporelle du Pape, contre les domaines et les fiefs ecclésiastiques, contre les richesses des clercs et des abbés. « Tous » ces biens, disait-il, ne peuvent appartenir qu'aux princes se- » culiers, qui n'ont le droit d'en disposer qu'en faveur des » laïques. Le clergé doit vivre des dîmes et des oblations volonn taires du peuple. » Le dixième concile général de Latran condamna la doctrine du sectaire. Arnaud de Brescia quitta l'Italie, passa les Alpes, et se réfugia à Zurich, où il recommença à dogmatiser. Son nom devait plus tard se trouver mêlé à des luttes sanglautes et aux orages des guerres civiles.

24. Pendant que l'erreur joignait ainsi ses ravages à ceux du schisme, une génération de saints docteurs et de pieux écrivains se levait pour défendre la vérité. Guillaume, abbé de Saint- Thierry de Reims, qui le premier avait signalé le venin cache, dans les ouvrages d'Abailard, composait son beau Traité l'Eucharistie, précieux monument qui continue la chaîne des témoignages historiques en faveur du dogme delà présence réelle — Algérius, chanoine de Liège, traitait dans le même temps 1û

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