CHAPITRE VI
vance, les ambassadeurs furent admis près de Célestin II en audience publique. Ils lui jurèrent obéissance au nom do leur maître et le prièrent de lever l'interdit qui pesait sur le royaume. Le Pape, se levant alors de son siège, étendit la main du côté de la France pour la bénir, et leva l'interdit qui la frappait. Ce fut le seul acte du pontificat de Célestin II, qui mourut le 9 mars 1144, après un règne de cinq mois,
26. C'est à ce Pape que commencent les fameuses prophéties sur les souverains Pontifes, attribuées à saint Malachie, archevêque d'Armagh en Irlande, que son amitié pour saint Bernard attira à Qairvaux, où il mourut en 1148. Elles ne furent publiées pour la première fois que quatre cent cinquante ans après, en 1595, par le moine bénédictin Arnold Wion. Celte circonstance a fait supposer qu'elles auraient été fabriquées dans un intérêt de parti au conclave de 1590, où Ton élut Grégoire XV ; car les prophéties antérieures à ce Pape sont très-claires et très-précises. Aucun écrivain contemporain de saint Malachie n'en fait mention. Dans la vie de cet illustre archevêque, que saint Bernard a composée, il ne parle point de ces vers, quoiqu'il rapporte d'autres prophéties de son ami, qui étaient, sous tous les rapports, beaucoup moins importantes. Le monde savant s'est partagé sur l'origine et la valeur de ces devises oracles, qui sont au nombre de cent douze, et ont la prétention d'aller jusqu'au règne du dernier Pape, qui gouvernera l'Eglise lors de la fin du monde. « Aujourd'hui, dit M. Artaud de Montor (1), » aucun homme raisonnable, catholique ou de la religion préi> tendue réformée, n'y croit plus ou n'ose dire qu'il persiste » dans une telle erreur. — Qu'on ne tienne aucun compte, si » l'on veut, des prophéties antérieures à 1 590, dit M. Heurion (2), » on n'en admirera pas moins comment un faussaire de cette » époque a pu deviner si juste, par exemple, ce qui arriverait au » xvra* siècle à Pie VI. »
(1) Histoire des souverains Pontifes romains, t. u, p. 245.
(2) Bistoire de la Papauté, t. u.
lucius n (1144-1145)
$ 4. Pontificat de Laclos II (10 mars 1144-25 février 1143).
27. Le règne de Lucius H, élu le 10 mars 1144, devait être court et orageux. Arnaud de Brescia, le séditieux tribun qui représentait au xn* siècle les idées révolutionnaires que nous verrons éclater en d'autres temps, pour le malheur du monde, avait laissé de nombreux partisans à Rome. Le passage de Célestin II sur la chaire de saint Pierre avait été comme un instant de calme après deux tempêtes. A la mort de ce Pontife, Arnaud de Brescia reparut à Rome, plus emporté, plus audacieux que jamais. Les tètes s'exaltèrent au nom de la liberté. Les noms de citoyen romain, de république, de comices, de tribune et de forum furent rétablis. On se serait cru au temps de Caton, moins l'héroïsme. Pour compléter cette résurrection païenne, un sénat fut créé et le titre de patrice conféré à Jordanus, frère de Pierre de Léon. Le nouveau gouvernement, après son installa* tion, monta, comme les anciens triomphateurs, au Capitole. Singulier spectacle que ces réactions populaires qui viennent par intervalles étonner l'histoire, interrompre la marche de la civilisation et faire rétrograder le monde dans les voies les plus lointaines du passé ! Les factieux prétendaient que le Pape, abandonnant tous ses droits de suzerain, se contentât désormais, comme aux premiers siècles de l'Eglise, des offrandes volontaires des fidèles. Ils s'emparèrent en effet de tous les revenus et de toutes les richesses des Etats pontificaux. Lucius II voulut s'opposer à ces violences. Il envoya des légats en Allemagne au roi Conrad, qui venait de succéder à l'empereur Lolhaire II, pour implorer son secours. Mais dans l'intervalle, blessé grièvement dans une émeute, il mourait martyr de son courage à revendiquer les droits de son Siège (25 février 1145). Pendant que des sujets rebelles cherchaient à dépouiller Lucius II de sa souveraineté, Alphonse I" (Henriquez), proclamé roi de Portugal sur le champ de bataille de Castro-Verde, où il venait de vaincre cinq rois maures ligués contre lui (1139), envoyait au Pape une ambassade solennelle chargée de déclarer le Portugal feudataire de l'Eglise romaine, avec l'engagement de payer à Saint-Pierre un tribut annuel de quatre onces d'or.