‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 119 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mime sujet. Un opuscule sur la Grâce et le libre arbitre a encore rendu son n )m recommandable. La ville de Liège produisait un autre docteur, dont Bossuet « aimait, disait-il, les out vrages comme ceux d'un Père de PEglise » : c'était Rupert, abbé de Tuy. Il raconte lui-même que, dans sa jeunesse, Fétude lui présentait des difficultés insurmontables. Plein de confiance dans la sainte Vierge, il alla s'agenouiller devant une de ses images, dans l'église du monastère de Saint-Laurent, près de Liège, et demanda le don de l'intelligence à la Mère de la Sagesse incréée. Sa prière fut exaucée : les sens les plus cachés de l'Ecriture lui furent révélés. Son premier ouvrage fut le Traité des offices divins. Il le fit suivre du Traité de la Trinité et de ses œuvres, composition immense, qui renferme des commentaires sur presque tous les livres saints. Il le compléta ensuite par les Traités de la gloire de la Trinité et de la procession du Saint- Esprit ; De la victoire du Verbe de Dieu; De la gloire et de C honneur du Fils de r homme. — Une autre gloire du xu* siècle, Hugues de Saintr-Victor, ainsi nommé de Fabbaye de Saint- Victor, à Paris, où il avait embrassé la vie monastique, professait la théologie au milieu du concours et des applaudissements de la jeunesse. H avait repris la méthode de Boèce, et travaillait comme lui à réconcilier la philosophie avec la foi. Plus heureux qu'Abailard, parce qu'il fut plus humble et plus soumis à l'Eglise, Hugues de Saint-Victor passa tranquillement sa vie dans les joies pures de la science et de la vertu. Ses deux ouvrages les plus importants sont un livre où il trace des règles sur la manière d'apprendre, et qu'on pourrait appeler le Traité des études. L'ardeur de la science qui s'était emparée de son siècle avait besoin d'être sagement dirigée pour être fructueuse. Hugues de Saint- Victor établit une classification dans' les diverses branches des connaissances humaines, et veut que, par un procédé synthétique et analytique à la fois, l'esprit s'élève d'abord à l'ensemble, aux principes généraux, pour redescendre ensuite aux détails et aux conséquences. Il place l'idée de Dieu au sommet du monde de la science, et veut que tout y remonte comme tout en découle. «La philosophie, dit-il, est l'amour de cette sagesse infinie, » qui est Fmtelligence vivante et la raison primordiale des

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» choses. C'est la sagesse divine, sagesse infinie, puisqu'elle a » tout et contemple tout en soi : le passé, le présent et l'avenir; » intelligence vivante, puisqu'elle est la substance incréée, éter- » nelle ; raison primordiale des choses, parce que tout a été fait » à son image.» Outre cette méthode générale, qui s'applique aux sciences divines et humaines, Hugues de Saint-Victor voulut résumer tout l'enseignement de la théologie dans un corps complet qu'il nomma Somme des sentences. C'était l'idée que saiut Thomas d'Aquin devait réaliser plus tard dans son immortel chef-d'œuvre de la Somme de Théologie. Pendant que ces docteurs répandaient autour d'eux la vraie lumière de la foi, saint Isidore-le-Lahoureur, près de Madrid en Espagne, et saint Aibert, reclus du diocèse de Cambrai, en pratiquaient les modestes vertus. Le xue siècle réunissait tous les genres de gloire et rappelait les beaux siècles de l'Eglise par la fécondité de ses institutions et de ses œuvres.

> S. Pontificat de Cêlestin II (36 septembre 1143-9 mars 1144)

25. La mort d'Innocent II, au milieu des tempêtes populaires soulevées à Rome par les prédications fanatiques des partisans d'Arnaud de Brescia, pouvait être le signal de troubles bien plus graves encore. Une élection, dans de pareilles conjonctures, paraissait environnée d'obstacles insurmontables. Cependant la Providence divine, qui veille sur les destinées de l'Eglise, sut triompher des passions humaines et des difficultés de la situation. Les cardinaux élurent, pour monter sur le trône de saint Pierre, le cardinal Guido de Citta di Castello, qui prit le nom de Célestin II ; et la population oubliant ses discordes, vint en foute acclamer le nouveau Pontife. Quelques semaines après sa promotion, il recevait simultanément deux ambassades, l'une de Louis-le-Jeunc, l'autre de Thibauld de Champagne. Le roi le priait de lever l'interdit qui avait été jeté par son prédécesseur sur le royaume de France. Le comte le suppliait de ménager sa réconciliation avec le roi. Louis-le-Jeune consentait à reconnaître l'archevêque de Bourges et à rendre aux Églises la liberté des élections épiscopales Toutes ces clauses ayant été réglées d'a-

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