‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 123 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

tricht et dans la plupart des villages qui se rencontrèrent sur la route, des guérisons merveilleuses signalaient le passage de l'homme de Dieu. Ces miracles étr ' nt avérés, constants, de notoriété publique , ils avaient lieu en présence de milliers de témoins ; et leur vérité historique est tellement prouvée, que les protestants eux-mêmes n'ont pas essayé de les révoquer en doute. C'était comme une effusion de la grâce divine qui se faisait sur le monde par son intermédiaire. A Spire, le roi Conrad avait interrompu saint Bernard, au milieu d'une de ses entraînantes prédications, et demandé la croix en versant un torrent de larmes. Ses deux frères, Henri, duc de Souabe, et Othon, évèque de Frisingen, qui a écrit l'histoire de cette époque, son neveu Frédéric et une multitude de princes et de seigneurs, témoignèrent le même empressement. Le duc de Bohême, le marquis de Styrie, le comte de Carinthie, se croisèrent peu de temps après. En quelques mois le roi de Germanie se vit à la tête de 200,000 hommes qui ne demandaient qu'à combattre. En rendant compte de sa mission au souverain Pontife, saint Bernard lui disait : « Vous avez commandé, et j'ai obéi ; votre autorité a » rendu mon obéissance féconde ; les villes et les châteaux dev viennent déserts : partout on voit des orphelins et des veuves 9 dont les pères et les époux sont vivants. » Pour prévenir les désordres qui avaient accompagné l'expédition de Pierre l'Ermite et combattre le fanatisme cruel du moine allemand Rodolphe, qui, en prêchant la croisade à Cologne, à Mayence et dans les autres cités des provinces du Rhin, excitait les populations à massac iv ries juifs, comme les plus grands ennemis de l'Evangile, l'abbé de Clairvaux insistait, dans ses discours, sur l'obligation, pour tous les croisés, de respecter la vie des juifs. « Us » sont, disait-il, comme des figures et des lettres vivantes, qui » nous rappellent les mystères de notre religion. D'ailleurs, ils » demeurent en paix au milieu de nous. Si nous faisons la » guerre aux infidèles, c'est pour repousser la force par la force. » Des guerriers chrétiens ne doivent jamais frapper un ennemi » désarmé. »

31. Les croisés Allemands se divisèrent en trois grands corps. Le premier s'embarqua sur deux cents navires anglais et fla-

234 EDGhn m (1145-1153).

mands, et fit voile pour le Portugal, où Lisbonne était encore au pouvoir des Maures. La ville fut prise, après un siège de quatre mois, et remise, avec le reste du royaume, entre les mains d'Alphonse Henriquez (1147). Après ce succès et l'expédition terminée, les croisés revinrent dans leur patrie. Le second corps tourna ses armes contre les Slaves païens, qui, depuis deux siècles, ravageaient la Saxe et le Danemarck. Après avoir porté la terreur et le ravage dans les terres de ces barbares, une paix fut conclue à des conditions honorables : mais les Slaves violèrent le traité aussitôt après le départ des croisés. Le troisième corps enfin devait se rendre en Orient, et prendre part à la croisade proprement dite. De concert avec Louis-le-Jeune, Conrad débattit la question de l'itinéraire à suivre. Roger, roi de Sicile, que ses longues guerres contre l'empire de Constantinople avaient familiarisé avec la perfidie des Grecs, insista près des deux rois pour qu'ils prissent la route de mer; il s'offrit de mettre à leur disposition un nombre de vaisseaux suffisant au transport de leurs troupes. Ce conseil était celui de la sagesse et de l'expérience ; il ne fut point écouté , et Ton n'eut que trop sujet de s'en repentir. Il fut résolu qu'on suivrait la route de Pierre l'Ermite, et qu'on passerait par Constantinople. Conrad partit le premier en se dirigeant vers l'Orient par la Hongrie. Louis-le-Jeune le suivit de près; il laissait à la France, avec le titre de régent, son habile ministre Suger, qui prévoyait des malheurs et qui exprimait hautement le regret de n'avoir pu les prévenir (1147). Les forces réunies des deux rois s'élevaient à près de 400,000 combattants. Si une flotte sicilienne, comme le voulait Roger, eût débarqué au port de Joppé ce prodigieux armement, le royaume de Jérusalem était sauvé ; la Palestine, la Syrie, et peut-être l'Asie tout entière échappaient aux fils du Prophète pour passer au pouvoir des soldats de Jésus-Christ. Les armées allemande et française, en traversant Constantinople, purent se convaincre de la faute immense qu'elles avaient com mise. L'empereur Manuel (1), fourbe comme tous les Comnène,

(I) Manne! arait succédé, en 1139, an fils d'Alexis Comnène. auquel ses nobles vertus méritèrent on surnom qui contrastait aiec sa petite taille, son teint ba-

Page 1