‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 125 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

habituées au pays et équipées à la légère, il vint fondre sur les Allemands, exténués de faim, eux et leurs chevaux. Les Turcs n'approchaient qu'à la portée des flèches, tiraient, sans péril, du sommet des rochers : chaque trait portait la mort. La lance, le sabre, la hache d'armes, toute la bravoure des Allemands, pesamment armés, fut inutile contre des ennemis qu'on ne pouvait atteindre. Il ne s'agissait plus de vaincre, il fallait mourir. L'attitude de cette armée de martyrs fut héroïque , mais le désastre fut immense : à peine quelques milliers d'hommes y échappèrent. Conrad, blessé lui-même de deux javelots, au milieu de ses chevaliers qui ne pouvaient rien pour le défendre, parvint à Nicée, où il rallia les restes de sa malheureuse armée. Pas une plainte ne s'échappa de ses lèvres. « Dieu est juste, nous seuls 9 sommes les coupables.» Louis-le-Jeune ne fut pas plus heureux. Après avoir battu les Turcs au passage du Méandre, l'armée française traversa Laodicée, et s'avança divisée en trois corps. Un baron d'Aquitaine, Geoffroi de Rançon, commandait l'avant-garde. La route était comme suspendue entre des précipices, sur d'énormes rochers entassés les uns sur les autres. Geoffroi de Rançon avait reçu l'ordre de s'arrêter au sommet de la montagne, et d'y attendre les deux autres corps. Malheureusement il n'obéit point. Après avoir franchi les défilés les plu6 dangereux, voyant, sur le versant opposé, une plaine fertile, il alla y dresser sa tente. Le reste de l'armée s'avançait lentement; le centre, avec les bagages et la multitude sans armes, pressé dans d'étroits sentiers, et marchant sur le bord des abîmes, se trouva bientôt dans un effroyable désordre. Les Turcs, qui attendaient ce moment, se jettent sur la foule éperdue des pèlerins. Cette multitude, sans défense, tombe de toutes parts sous le glaive. Des cris, répétés par les échos des montagnes , vont avertir le roi qui se trouvait à l' arrière-garde. Louis VII, avec les chevaliers que le péril rassemble autour de lui, accourt au lieu du combat. Après une lutte terrible, le centre de l'armée se trouve dégagé de l'attaque des Musulmans et continue sa marche; le roi et les chevaliers restent seuls aux prises avec l'ennemi. Dans la mêlée , tous périssent à côté de Louis-le-Jeune, qui, saisissant les branches d'un arbre, s'élance sur le haut d'un ro-

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cher. Là, il reçoit sur sa cuirasse les flèches lancées de loin, et, de son glaive, il abat les tètes et les mains de ceux qui osent approcher. Son courage et la nuit le sauvèrent. Il rejoignit le camp où Ton pleurait sa mort. Après douze jours de marche dans un pays ruiné par les Turcs, les croisés arrivèrent sous les murs de Salalie, ville maritime, habitée par des Grecs et gouvernée au nom de l'empereur de Constantinoplc. On refusa de leur en ouvrir les portes : une partie de l'armée s'embarqua avec le roi pour Antioche. Le reste se forma en ordre de bataille, pour traverser la Cilicie et regagner Constantinople. Mais les Turcs en massacrèrent le plus grand nombre. « Dieu seul, » diseut les vieilles chroniques, connaît le nombre des martyrs, » et la quantité de sang qui coula ainsi sous le glaive des infidèles » et même sous le fer des Grecs. » Sans armée, Conrad et Louisle-Jeune continuèrent leur pèlerinage jusqu'à Jérusalem, visitèrent les lieux saints qu'ils étaient venus défendre et reprirent le chemin de l'Europe. La nouvelle de tant de revers y était parvenue avant eux. Il y eut un instant où l'enthousiasme parut se rallumer, avec le désir de la vengeance; le Pape fit entendre sa voix ; le sage abbé Suger, lui-même, qui avait refusé de prendre part à la croisade, formait le projet d'aller rétablir en Orient l'honneur des armes françaises et secourir Jérusalem ; mais la noblesse et le clergé, ruinés par la première expédition, ne voulurent pas s'exposer à de nouveaux périls. Saint Bernard, déplorant les suites funestes de la guerre, dont on voulait le rendre responsable, refusa de prêter à cette seconde tentative le concours de sa parole. Son silence et la mort de l'abbé Suger> arrivée sur ces entrefaites, retinrent l'Occident prêt à s'ébranler encore (1148).

33. Pendant toute la durée de la seconde croisade, le pape Eugène III était demeuré en France, où il était venu, dès l'année 1146, pour se soustraire aux violences des partisans d'Arnaud de Brescia, qui ne cessaient d'entretenir, à Rome* les discordes civiles. Dans les deux conciles de Paris et de Reims (1147-1148), Eugène III condamna les erreurs de Gilbert de la Porée, évêque de Poitiers. Gomme Abailard, il voulut disserter sur le mystère de la sainte Trinité. On lui reprochait quatre prou

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