CHAPITRE Vf
$ 6. Pontificat dMnaatase IV (9 juillet 1153-2 dé.*mbre 11S4)
36. Le jour même de la mort d'Eugène III, on élut, pour lui mecéder. Conrad, évoque de Sabine, qui prit le nom d'Anastfise IV. C'était un vieillard d'une haute vertu : il signala sa charité dans une famine qui désolait alors l'Italie. La durée de son pontificat ne répondit point aux légitimes espérances que sa promotion avait fait naître. Anastase IV mourut le 2 décembre 1154.
37. Les premiers jours de son règne furent signalés par un événement qui plongea l'Eglise dans une vive douleur. «Saint Bernard avait alors soixante-treize ans. Profondément alfligé des désastres de la croisade, brisé par les fatigues et la maladie, il ne trouvait de force que dans l'ardeur de son zèle, qui luttait encore contre l'épuisement de ses orgaues. Son dernier acte fut un trait de charilé. La ville de Metz était en proie aux horreurs de la guerre civile. On y transporta saint Bernard mourant. D'une voix éteinte par la maladie , mais toujours puissante par la vivacité de h foi qui l'inspirait , il parla au peuple un langage de paix. Les inimitiés, les haines, les vengeances se calmaient au souffle de cette éloquence, habituée, depuis un demi-siècle, à dominer les flots des multitudes. Au milieu d'une île delà Moselle , le saint abbé convoqua les membres les plus influents des deux partis , et leur fît signer un traité de paix. Après ce triomphe, qui couronnait dignement quarante années de combats, il revint à Clairvaux. Quelques jours avant sa mort, il écrivait pour la dernière fois à Arnold, abbé de Bonneval, son ami, qui lui avait envoyé quelques fruits : « J'ai reçu les présents de » votre charité avec reconnaissance, mais sans plaisir, car quel » plaisir peut-on goûter quand tout est amertume? Cependant, » l'esprit est libre dans l'infirmité de la chair. Priez le Sauveur » de ne pas différer ma sortie du monde , et de me protéger à » cette heure suprême, où je me présenterai , sans mérite et les » mains vides, devant lui. J'ai voulu, malgré ma faiblesse, vous » tracer moi-même ces mots , afin qu'en reconnaissant la main, » vous reconnaissiez le cœur. » Le cœur de saint Bernard avait embrassé, dans les liens de sa charité, l'Orient et l'Oocident. Le
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monde entier pleura sa mort ( 20 août 1153). La noblesse et le peuple de tous les lieux voisins, accourus à cette nouvelle, se pressaient sur les hauteurs qui dominent Clairvaux , et faisaient retentir la vallée de leurs gémissements. En attendant que l'Eglise lui rendit un culte public , le corps de saint Bernard fut enterré dans la chapelle de son monastère , devant l'autel de la sainte Vierge, pour laquelle l'illustre abbé avait toujours eu la plus tendre dévotion (1). « Il semblait , dit un chroniqueur , que » l'univers eût perdu sa lumière , sa joie, son bonheur et sa vie. » Un roi de Sardaigne descendit du trône pour venir à Clairvaux, » passer le reste de sa vie auprès du tombeau de Bernard. Eskil, » archevêque de Lunden et primat de Danemarck , suivit cet » exemple. Le Midi et le Nord, l'Orient et l'Occident s'unissaient » ainsi , pour aimer et honorer celui qui avait tant aimé et ho- » noré Dieu et les hommes! »
(1) La dévotion de saint Bernard pour la sainte Vierge est un des faits les mieux établis de son histoire. Les écrivains protestants ont cependant cherché à la révoquer en doute en s'appuyant d'un incident particulier. En 1140, les chanoines de Lyon, sans aucune participation du Siège apostolique ni de l'autorité épiscopalc, et par un simple acte rapitulaire, instituèrent, dans leur Eglise, la fête de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge. Saint Bernard leur écrivit une longue lettre, où il blâme leur conduite pour trois raisons : 1° parce que cette féte est nouvelle; 2° parce qu'il n'y voit aucun fondement légitime; 3° parce qu'il ne fallait pas la célébrer sans avoir préalablement consulté Rome. • Du reste, ajoute-t-il en terminant, je réserve cette question tout entière à l'examen du Saint-Siège, prêt à rétracter ce que j'aurais pu dire qui fût contraire à son jugement. • Depuis, l'Eglise romaine a non-seulement pris cette pieuse croyance, mais l'a favorisée de mille grâces spirituelles. Elle a donné l'autorisation d'ajouter, dans la préface solennelle de cette féte, le mot Immaculée à celui de Conception. Nul doute que saint Bernard, s'il vivait encore, ne s'associât aux vœux des catholiques qui supplient humblement le Saint-Siège de rendre un décret dogmatique en faveur de l'Immaculée Conception (').
f) La doctrine de l'Eglise est maintenant fixée sur la croyance de l'Immaculée Conception. Et le décret glorieux de Pie IX est un des plus beaux monuments de l'histoire de l'Eglise, (Note du i" juin 1855.)