CHAPITRE VII
wège. Eloquent, habile, doux et patient, il se fit aimer de ces peuples encore à demi-barbares. Lié d'affection avec saint Henri , évàpie d'Upsal, et Eskil, archevêque de Lunden, quand il revint à Rome , à la mort d'Eugène III , précédé de sa haute réputation, il fut élu Pape d'une voix unanime. I>e pauvre Anglais , monté par des voies si merveilleuses au sommet de la hiérarchie catholique , saura lutter contre les fureurs populaires et contre les empiétements des rois; il saura maintenir, au milieu des tempêtes> la grandeur et la dignité de la chaire de saint Pierre.
2. Arnaud de Brescia était toujours à Rome, continuant ses projets de restauration païenne et de gouvernement républicain. Adrien IV se vit obligé de lancer un interdit sur la Ville éternelle. Ce châtiment n'avait jamais été infligé jusqu'alors à cette auguste capitale, même dans les temps les plus malheureux pour la religion. La célébration des saints mystères et des cérémonies sacrées y fut interrompue jusqu'au 23 mars 1 155. Mais enfin les sénateurs, ne pouvani plus résister aux instances du clergé et du peuple, vinrent faire leur soumission entre les mains du souverain Pontife , dans l'église de Saint-Pierre , et lui jurèrent , sur les saints Evangiles , de chasser Arnaud de Brescia et ses partisans de la ville et du territoire de Rome. Le sectaire prit en effet la fuite; mais, arrêté par les troupes de Frédéric Barberousse , qu'Adrien avait appelées à son secours, il fut livré au préfet de Rome et décapité au château Saint-Ange (1155). Les protestants et les sectaires, hostiles à divers titres au pouvoir pontifical, ont voulu faire d'Arnaud de Brescia, ce précurseur des révolutionnaires modernes , un martyr de la liberté. Il fut jugé et exécuté d'après les lois de son pays, qu'il avait indignement violées. Il avait voulu renverser la société et l'ordre ; il périt au nom de Tordre et de la société. Que deviendrait le monde, si le glaive de la justice n'avait pas le droit de frapper les éternels ennemis de toute justice et de toute autorité?
3. Henri II Plantagenet venait de monter sur le trône d'Angleterre. En apprenant l'exaltation d'Adrien IV , son sujet, sur la chaire de saint Pierre , il lui adressa une lettre de félicitation. t La nouvelle de votre promotion, lui écrivit-il, a comblé de » joie notre Occident , qui s'énorgueillit d'avoir donné à l'univers
» cette lumière nouvelle, ce soleil de la chrétienté. Puisse la » main de Dieu qui vous a transplanté, comme un arbre de vie, » du sol de l'Angleterre au milieu du paradis de son Eglise, » vous protéger contre le souffle des tempêtes 1 » Jean de Salisbury, évéque de Chartres, l'ami et le compatriote d'Adrien, fut chargé de lui remettre ce message (1). La prospérité n'aveuglait point le cœur de l'humble souverain Pontife. Il épancha librement ses inquiétudes dans le sein de l'amitié. « Le Sei- » gneur, disait-il à Jean de Salisbury, m'a toujours fait croître *> entre l'enclume et le marteau : et maintenant je le prie de » m'aider à soutenir le fardeau dont il m'a chargé ; car il serait » insupportable à ma faiblesse. » La situation d'Adrien IV offrait en effet, de toutes parts, des dangers imminents. Guillaume-le- Mauvais venait de succéder (1154) à son père Roger, sur le trône de Sicile. Le surnom de ce prince indique assez l'attitude qu'il devait prendre à l'égard du Saint-Siège. Il se fit ouvertement le protecteur des révolutionnaires de Home , et se jeta sur la principauté de Bénévent, dont il s'empara à main armée. Adrien IV fulmina contre l'envahisseur une sentence d'excommunication. Cependant Frédéric Barberousse s'avançait avec des forces imposantes à travers les plaines de la Lombard ie qu'il couvrait de sang et de ruines. Depuis le règne d'Othon Ier, l'Italie septentrionale n'avait plus senti d'une manière durable l'action de la puissance impériale ; les armées allemandes passaient , par intervalles, comme un torrent dévastateur, par ce grand chemin des nations, pour aller faire couronner à Rome leurs Césars;
(1) Jean de Salisbury était chargé de demander au Pape , de la part du roi d'Angleterre , la permission d'entrer en Irlande et de s'en rendre maître , avec promesse d'y travailler au rétablissement du Christianisme, opprimé par l'idolâtrie. Adrien IV accorda celte permission par une bulle , où il dit à Henri II : « Tout le monde sait, et vous ne l'ignorez pas vous-même, que l'Irlande et toutes i les îles qui ont reçu la foi chrétienne appartiennent, comme fiefs , à l'Eglise » romaine. Nous vous octroyons donc avec joie l'autorisation que vous nous de- » mandez pour l'accroissement de notre divine religion. » A cette bulle était joint un anneau d'or enrichi d'une émeraude, en signe d'investiture. Ce fait et les paroles si formelles d'Adrien IV établissent parfaitement l'existence du droit public qui donnait , aux Papes du moyen âge vne sorte de protectorat suprême et de suzeraineté universelle.