‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 131 sur 324 · chapitre vn · texte numérisé non relu

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mais leurs expéditions passagères laissaient peu de traces. Les nationalités italiennes reprenaient ensuite leur œuvre, un instant interrompue par des lances ennemies, et travaillaient à se constituer dans l'indépendance. Il s'était donc formé en Lombardie, sous la suzeraineté plus nominale que réelle d'un empereur éventuel d'Allemagne, presque toujours absent, une foule de républiques, peu importantes par l'étendue du territoire, mais d'une ambition plus grande que leurs limites, qui se gouvernaient par leurs propres lob, choisissaient leurs chefs, faisaient la guerre ou la paix, sans prendre l'assentiment des empereurs. Milan était la plus puissante de toutes. Frédéric Barberousse, en montant sur le trône impérial, y portait l'idée du rétablissement de la monarchie universelle. Son rêve fut de ressusciter, en sa personne, la grandeur déchue des Césars romains, a Que le Pape, disahVil, confirme, dans son autorité, » la légitimité de toutes mes entreprises ; et le monde entier » deviendra un seul empire dont il sera le chef spirituel, et moi b le chef temporel. » Un tel dessein ne pouvait s'accomplir, dans ce qu'il avait de réalisable, que par un génie aussi juste que grand, aussi vertueux que puissant. Or, Frédéric Barberousse ne connut jamais d'autre justice ni d'autre loi que son ambition, d'autre vertu que celle des armes. Il eût fallu, pour l'exécuter, un nouveau Charlemagne : Frédéric Barberousse ne fut trop souvent qu'un Attila. D'ailleurs cette chimère d'un empire universel, qui a perdu des héros plus grands que Frédéric, ne serait, au fond, que le renversement de tous les droits, l'anéantissement de toutes les nationalités, la destruction de tout sentiment patriotique, au profit d'un seul peuple et d'un seul homme. Le résultai vaudrait-il les flots de sang qu'il aurait fait répandre!

4. Quoi qu'il en soit, Frédéric Barberousse désirait commencer l'exécution de ses vastes desseins, en ramenant sous son obéissance l'Italie, qu'il regardait comme le patrimoine de l'empire, et qui, dans sa décadence, en était encore la plus riche portion. Plein de ses espérances démesurées, il passe les Alpes, au mois d'octobre 1154, à la tête d'une armée formidable. Milan, Pavie, Crémone, Lodi, ouvrent leurs portes aux vainqueurs. Tortone ose résister : Frédéric la livre aux flammes et fait pro-

25d adrien iv (1154-1159).

mener la charrue sur ses débris fumants. Précédé de la terreur qui s'attachait à son nom, il arrive sous les murs de Rome. « H » avait hâte de mettre sur sa tête la couronne de l'empire romain » et du monde entier, » Ce sont les paroles significatives du chroniqueur évêque, Othon de Frisingen, son oncle. Les espérances des révolutionnaires se ranimèrent à son approche. Leurs députés vinrent le trouver à Sutri. « Nous vous avons fait, lui » dirent-ils , notre citoyen et notre prince , d'étrrfnger que vous » étiez. De votre côté, promettez -nous de délivrer Rome du » joug pontifical, de confirmer nos anciennes coutumes, et de » rendre à la Ville éternelle son antique splendeur en réta- » blissant le sénat et Tordre des chevaliers. — Quoi donc! ré- » pondit Frédéric irrité, Rome est-elle donc aujourd'hui la Rome » de César et d'Auguste? Non, vous ne m'avez fait ni citoyen r> ni prince. Charlemagne et Othon vous ont conquis par les » armes. Ce n'est pas aux sujets à faire la loi à leur souverain. » Adrien IV était venu, de son côté, trouver le prince allemand dans son camp de Sutri. Pour rassurer le souverain Pontife sur ses intentions ultérieures, il lui avait promis, par ses députés, une fidélité inviolable. Cependant, dès la première entrevue, un simple incident faillit rompre la bonne intelligence. Frédéric refusa de se soumettre au cérémonial usité en pareil cas, et ne voulut point tenir l'étrier au Pape pendant qu'il descendait de cheval (1). Adrien IV, à son tour, n'admit point Frédéric au

(1 ) Si Ton regardait comme une puérilité la fermeté d'Adrien IV à maintenir un droit de ses prédécesseurs, on ne connaîtrait pas la nature humaine qui pith cède toujours, dans la voie de l'indépendance, par les détails en apparence les plus légers. L'hommage que Frédéric refusait ne s'adressait point à la personne du Pape» pauvre Anglais élevé, comme il le disait lui-même, de la bassesse de son origine à la royauté de l'Eglise. Il s'adressait à la dignité pontificale ehV-méme, au vicaire de saint Pierre, au représentai) l de Jésus-Christ En honorant l'autorité, dans sa plus haute expression, les princes, les rois, les empereurs s'honoraient eux-mêmes et donnaient à leur propre pouvoir un caractère plus sacré aux yeux des peuples. Les empereurs, depuis Cbarlemagne jusqu'à Charles-Quint, le comprirent, et rendirent à la Papauté ce témoignage de vénération. Nous savons, par de cruelles expériences, ce qu'il en a coûté à l'Europe tout entière pour avoir oublié que l'autorité, qui De se rattache pas à un principe divin, n'est plus une autorité pour personne.

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