CHAPITRE VII
ces actes en excommuniant solennellement Frédéric, l'antipape et ses complices.
13. Ce conflit émut toute l'Europe : les rois de France et d'Angleterre se déclarèrent pour le Pontife légitime. L'Espagne, les royaumes du Nord, les princes latins de Jérusalem, d'Edesse et d'Antioche, suivirent leur exemple. Jean de Salisbury se distingua par son attachement à Alexandre III, et son zèle à en défendre la cause, « Le conventicule de Pavie , dit-il , irrégup lièrement assemblé, tenu contre toutes les lois canoniques, n'a i> pu porter qu'une sentence nulle de plein droit. A-t-on oublié » le privilège de l'Eglise romaine, fondé sur une tradition cons- > tante, reconnu par les Pères, confirmé par tous les conciles? » Qui donc a prétendu soumettre l'Eglise universelle au juge- » ment d'une Eglise particulière? Qui a établi les Allemands » juges des autres nations? » En Orient, Guillaume, archevêque de Tyr; Amaury, patriarche de Jérusalem, tenaient le même langage. « Nous avons reçu, écrivait ce dernier à Alexandre III, » la lettre de Votre Sainteté avec une vénération filiale. C'est » Dieu qui vous a élu pour gouverner son Eglise , par la voix du » clergé et du peuple romain. Nous excommunions l'antipape » Octavien et ses fauteurs. » En Occident, les hommes les plus recommandables par leurs lumières et leurs vertus, faisaient éclater, en faveur du Pape légitime, des sentiments semblables. L'ordre entier de Citeaux, qui comptait en Europe plus de sept cents monastères, se déclara pour son obédience. Enfin, le roi de France et celui d'Angleterre assemblèrent à Toulouse (1161), on concile où ils renouvelèrent solennellement leur reconnaissance.
1 4. Pour lutter contre ce mouvement universel, Frédéric en appela aux armes. Milan avait montré le plus d'énergie à résister au schisme et au despotisme teutonique. Deux fois, dans le cours de Tannée 1161, Barberousse brûla les campagnes du Milanais. H faisait couper les mains aux prisonniers, ou les livrait au dernier supplice. En un seul jour, il fit couper le poing à vingt-cinq paysans, qui portaient des vivres à la ville assiégée. Ce que la force n'aurait pu faire, la faim le fit. Après un siège de quatorze mois, contraints par le peuple découragé, les magistrats de Milan
se présentèrent (1er mars 1162) au palais de l'empereur, à Lodi, déposèrent leurs armes à ses pieds et se rendirent à discrétion, au nom de la ville. Toute la cour, toute l'armée pleuraient de compassion à la vue d'un malheur si noblement supporté. Frédéric seul se montra sans entrailles : il donna l'ordre de faire sortir tous les habitants de l'enceinte des murs ; hommes, femmes, enfants, tous quittèrent le toit paternel et Milan resta complètement désert. La population éparse dans la plaine, attendait, en proie à une cruelle anxiété, la dernière sentence de Frédéric; il la publia enfin : Milan devait être rasé jusqu'en ses fondements et le nom milanais effacé d'entre les noms des peuples. Cet ordre, qu'un Vandale n'eût pas porté, fut mis immédiatement à exécution, a Nous comblons les fossés, écrivait Frédéric lui-même » au comte de Soissons; nous renversons les murailles, nous » détruisons les tours, nous faisons de Milan une immense » ruine. » Cette barbare vengeance commença contre Barberousse une réaction puissante. Les réfugiés milanais se répandirent dans toutes les villes d'Italie et y popularisèrent l'horreur du nom allemand. Pendant que Frédéric s'applaudissait d'avoir, par sa rigueur, anéanti la ligue lombarde, cette rigueur même rendait la ligue plus compacte et plus formidable.
15. Alexandre III devint comme le chef et le centre autour duquel se rallièrent les villes d'Italie, menacées dans leur indépendance. Toute la Péninsule, oubliant les causes particulières de divisions, d'animosités et de guerres, se réunit contre l'ennemi commun. Le Pape, en excommuniant Frédéric Barberousse, le destructeur de Milan, se faisait, aux yeux de l'Europe, le vengeur du crime, le protecteur des nations opprimées. Il sortit de Rome à rapproche du vainqueur, mais sa fuite fut un triomphe. Le roi de Sicile, toutes les républiques italiennes, l'empereur de Constantinople lui-même, lui envoyèrent des députés pour l'assurer de leur dévouement et de leur sympathie. Manuel Comnène lui renouvelait les propositions qu'il avait déjà faites à Adrien IV; il lui promettait de le protéger contre les injustes agressions de Barberousse, à la condition que le Saint- Sié^e reconnaîtrait les droits de l'empire grec sur l'Italie. Comme son imédécesseur, Alexandre III prétendait maintenir la politique