‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 14 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

devoirs sociaux dans leurs rapports avec les diverses conditions. Dans la Théologie morale et judiciaire de Burchard tout se tient. La règle, c'est la parole de Dieu interprétée et appliquée par son Eglise. Toute la hiérarchia spirituelle et civile y trouve sa place, depuis le Pape jusqu'au moindre clerc, depuis l'empereur jusqu'au moindre chef de famille. Les critiques modernes ont remarqué quelques méprises dans l'immense travail du saint et avant évêque de Worms : par exemple, des citations qui ne sont pas tirées des pièces originales, mais provenant d'autres collections fautives. Il suffira d'un mot pour répondre à ce reproche. Au xi* siècle, on n'avait pas sous ia main les magnifiques édifions des Pères et des conciles, que nous devons à l'érudition des Bénédictins et des Jésuites, des Mabillon, des Labbe, des Mansi, des Ballcrini. Il fallait alors recourir à des manuscrits difficiles à se procurer, difficiles à lire; et si l'on doit s'étonner de quelque (hose, c'est du prodigieux savoir déployé par Burchard, dans un siècle qu'on est convenu de taxer d'ignorance.

11 Quant à la fameuse collection des décrétâtes d'Isidore Mereator, à laquelle l'évêque de Wurms fit plusieurs emprunts, les écrivains hostiles à la Papauté lui reprochent d'avoir été compilée dans un esprit de partialité envers les souverains Pontifes, et par leur ordre. C'est sur cet unique document, prétendentils, que se fonde la coutume de réserver au jugement du Saint- Sir^re les causes ecclésiastiques majeures, et le droit d'appel à la cour de Hoirie. Mgr Palma répond à ces trois griefs d'une manière victoneuse. a II est constant, dit-il, que loin d'avoir fait » rédiger eux-mêmes la collection d'Isidore Mercator, les Papes » n'ont jamais consenti à reconnaître l'authenticité de toutes les » décrétales qu'elle renferme. On a voulu sou tenir que Nicolas Ier l les avait approuvées : le fait est complètement faux. L'histoire » de l'Eglise, dès les premiers siècles, nous fournit plusieurs » monuments de la tradition apostolique, qui réservait au Saint- » Siège la connaissance des causes majeures. Innocent Itr écri- » vait, en 404 , à Victrice, archevêque de Rouen : Si des causes » majeures viennent à se produire, il faut, suivant les décrets » du cencile et l'antique coutume de l Eg lise , les déférer au Siège

ni. *

18 jean xix (1004-1009).

» apostolique , après qu elles auront été jugées par les évêques (1). » Le concile auquel Innocent Ier fait allusion, de l'aveu de tous » les auteurs, est le concile de Sardique. Le Pape saint Zosime » écrivait dans le même sens aux évèques des Gaules; Sixte III » à Ànastase, évèque de Thessalonique; Léon-le-Grand aux » évêques d'Illyrie. Donc, la coutume de réserver les causes mari jeures au jugement du Saint-Siège n'est point une innovation » d'Isidore Mercator; c'est une tradition apostolique. Il faut en » dire autant des appels à la cour de Rome, dont nous avons » trouvé de fréquents exemples dans l'histoire de saint Cyprien, » de saint Athanase, de Marcel d'Ancyre. Encore ici les décré- » taies d'Isidore n'ont rien innové (1). »

19. La science et la vertu, qui avaient de si illustres représentants en France et en Germanie , pourraient nous présenter des noms aussi célèbres en Angleterre et en Espagne. Il nous suffira de citer saint Dunstan, saint Elphége, archevêque de Cantorbéry (2), saint Alfric et saint Léof rie, en Angleterre. Saint Froïlan , évêque de Léon, saint Attilan, évèque de Zamora, faisaient la gloire de la catholique Espagne, qui continuait ses luttes séculaires contre les Maures. Robert-le-Pieux, en France; Alphonse V, en Espagne; saint Henri II, en Germanie; saint Etienne Itr, en Hongrie , mettaient leur influence et leur pouvoir au service de la chrétienté. L'Orient, sous la domination simultanée de Basile II et de Constantin VIH , était en paix avec le SaintrSiége. Le pontificat de Jean XIX s'écoula dans ces conditions prospères. Ce Pape rétablit l'évêché de Mersbourg et érigea celui de Bamberg, à la prière de saint Henri II. Divers conciles en Italie et en France (1005-1006) réglèrent les questions de droit canonique et de discipline. Saint Brun ou, surnommé Boniface, en faveur de qui l'évêché de Mersbourg venait d'être

(1) t Si majores causa; in médium fuerint de volute, sicut synodus statuit, et vêtus consuetudo exigit, ad sedem apostolicam, post episcopale judicium, referantur. •

(2; PrœlectioMs Hisloriœ ecclcsiastkœ . Mt» Palm a, t. h, cap. xiv. (3) Nous aurons bientôt à raconter son martyre par les Danois, lors de leur invasion en Angleterre,

Page 1