CHAPITRE PREMIER
rétabli, recevait la couronne du martyre, en Russie, où son zèle apostolique l'avait conduit pour prêcher l'Evangile, dans des «ontrées encore païennes (14 février 1009). Ainsi l'Eglise, toujours féconde, étendait ses conquêtes, et versait le sang de ses martyrs sur les plages lointaines, comme une semence de nouveaux chrétiens. Jean XIX, avant d'aller rendre compte à Dieu d'un pontificat qui avait été illustré partant d'exemples de vertu, sentit le besoin de se recueillir lui-même dans la solitude. 11 abdiqua la Papauté , et embrassa la vie monastique à l'abbaye de Saint-Paul de Rome. Après sa retraite, le Saint-Siège eut une vacance de trois mois.
20. On place sous le pontificat de Jean XIX l'importante découverte de la gamme, par Guy d'Arezzo, religieux bénédictin, qui fixa ainsi les principes de la tonalité moderne, et préluda aux progrès que l'art musical, en se développant, devait réaliser par les chefs-d'œuvre des grands maîtres. Guy d'Arezzo donna aux six notes les noms des premières syllabes de l'hymne que l'Eglise romaine chante aux vêpres de la fête de saint Jean- Baptiste
Ut qucant Iaxis resonare fibris J/tra gestorum /aniuli tuorum, Solxe polluli /abii realum , Sancle Joannes.
Dans une lettre où il expose les avantages de sa nouvelle méthode, le modeste religieux s'exprime ainsi : « J'espère que ceux » qui viendront après nous, prieront Dieu pour la rémission de » nos péchés; car, au lieu de dix années qu'il fallait auparavant » pour acquérir à grand'peine une science fort imparfaite du » chant ecclésiastique, nous formons maintenant un chantre en » un an, deux au plus. » On peut, en effet, imaginer combien il devait être difficile d'étudier le chant, avant l'invention de la Sainmc. Le Pape appela Guy d'Arezzo à Rome, et lui exprima sa vive satîsfactioii pour cette utde découverte. La première messe qui fut chantée en Allemagne, d'après la méthode de Guy, fut exécutée a Bambcrg, lors de la consécration du la cathédrale par le pape Benoit VIII. Tout le monde fut émerveillé de la
20 sergius iv (1009-1012).
facilité avec laquelle on put alors apprendre la musique, qui aval i autrefois exigé dix ans d'exercices (1).
g 4. Pontificat de Sergius 1Y (11 octobre 1009-13 juillet 1012).
21. Le pontificat de Sergius IV, élevé, le 11 octobre 1009, sur le trône de saint Pierre, coïncida avec un désastre dont le retentissement se prolongea au sein de la chrétienté tout entière. Les Musulmans abattirent à Jérusalem Péglisedu Saint-Sépulcre, qui avait déjà été brûlée par les Perses, dans le vu* siècle. Il passa pour constant que ce dernier forfait eut pour premiers auteurs les Juifs de France , qui écrivirent au calife Uakem que s'il ne ruinait promptement ce terme de pèlerinage, si fréquenté par les chrétiens, bientôt ceux-ci le dépouilleraient de ses états. Le porteur de cette lettre fut arrêté à Orléans, où un pèlerin qui avait voyagé avec lui en Palestine le reconnut. Il confessa son crime, et fut condamné à être brûlé vif. Les Juifs, qui étaient en grand nombre et très riches à Orléans , en furent chassés. La nouvelle de leur trahison se répandit dans tout le royaume et par tout l'univers : ce qui fit prendre aux princes chrétiens la résolution unanime de les bannir entièrement de leur domination. La haine publique éclata en même temps dans toutes les provinces. On les chassa des villes, on les poursuivit dans les campagnes, comme des animaux malfaisants; plusieurs furent noyés, un grand nombre périt par le fer et par d'autres genres
(1) « La gamme inventée par Guy d'Arezzo n'avait d'abord que les six premières noies; on y ajouta plus tard une septième, qui complète les principales intonations de l'échelle musicale. De nos jours, on a découvert un rapport surprenant et mystérieux entre les sept intonations principales du son, les sept couleurs principales de la lumière , les sept figures principales de la géométrie. Par exemple , une barre de fer, chauffée graduellement , présente graduellement les sept couleurs principales dans lesquelles se divise le rayon lumineux: si, dans cette incandescence graduelle, on frappe la barre de fer, elle rend graduellement les sept notes de la gamme musicale; si on placera côté, sur une feuille de ferblanc, ou sur le couvercle d'un piano, une poudre fine et légère, les vibrations graduelles des sept notes principales formeront graduellement, avec la poussière, les sept figures principales de la géométrie : le cercle, l'ellipse, le cône, etc. Ce mystère de la nature paraît s'étendre fort loin. » (M. ROHRBACJlEn, Histoire uni" ferselle de l'Eglise catholique, t. XHI, p. 440.)