CHAPITRE VII
» archevêque de Cantorbéry. — Qui donc Fa déposé? s'écria le 9 roi de France. Assurément je suis souverain aussi bien que » Henri H ; et toutefois je ne pourrais pas déposer le moindre » des clercs de mon royaume. » Le Pape et le roi de France prirent donc sous leur protection l'auguste fugitif, qui se retira à Pontigny, monastère de Tordre de Citeaux. Après le départ de l'archevêque, Henri H avait confisqué tous ses biens, banni tous ses parents, ses serviteurs et ceux qui avaient eu, à quelque titre que ce pût être, les moindres relations avec lui. Ces malheureux proscrits venaient en foule à Pontigny trouver l'héroïque prélat , et accroître ses douleurs par le spectacle de leurs propres souffrances. Pour prévenir Pinterdit dont il prévoyait que Je Pape frapperait son royaume, Henri II fit publier, sur toutes les cotes du littoral anglais, un édit conçu en ces termes : c Si un religieux apporte en Angleterre des lettres pontificales, » on lui coupera les pieds; si c'est un clerc, on lui crèvera les » yeux; si c'est un laïque, il sera pendu, et brûlé si c'est un » lépreux. » Ces atroces ordonnances furent aussi publiées en Normandie et dans toutes les provinces de France soumises à la domination anglaise. En même temps Henri H adressait , au chapitre général de Citeaux, des lettres menaçantes, où il se plaignait de l'asile donné à Thomas Becket, qu'il appelait son plus mortel ennemi, c Hâtez- vous, disait-il, de le chasser de » tous les monastères de votre ordre, si vous ne voulez voir vos
* abbayes incendiées et ruinées dans toute l'étendue de mon » territoire. » L'abbé de Citeaux vint trouver, à Pontigny, le saint archevêque , et lui communiqua cet ordre tyrannique : t Je n'ai pas une pierre où reposer ma tête, répondit l'illustre » proscrit; mais je ne souffrirai pas que de saints religieux , qui
* m'ont offert une si généreuse hospitalité , s'exposent à la ven-
* geance du roi pour ma cause. Je pars, et j'espère que celui qui
* nourrit les oiseaux du ciel aura pitié de moi et des compa- » gnons de mon exil. *> En apprenant cette nouvelle, Louis-le- Jeune s'écria : « 0 religion! religion! où es-tu? Des hommes » que nous croyions morts au monde , craignent les menaces du î monde; ils abandonnent l'œuvre de Dieu et chassent ceux qui » sont bannis pour sa gloire ! Allez dire à l'archevêque de Can-
272 ALEXANDRE in (1159-1181).
» torbéry que le roi de France ne l'abandonnera jamais. Je ne
> veux point perdre l'ancien droit de ma couronne : mon royaume » a toujours été en possession de protéger l'innocence opprimée » et d'être le refuge de ceux qui souffrent pour la justice. » De telles paroles honorent une nation et le roi qui la commande. Sous la protection du pieux monarque, saint Thomas vint se fixer à Sens, que le pape Alexandre avait quitté pour retourner à Rome.
24. Il était temps de sévir. Henri II avait comblé la mesure de ses iniquités. Par son autorité d'archevêque , et au nom du souverain Pontife qui l'avait nommé son légat en Angleterre, Thomas Becket fulmina une sentence nominale d'excommunication contre le roi et contre tous ceux qui, par ses ordres, s'étaient emparés des biens et des revenus ecclésiastiques de l'archevêché de Cantorbéry. Les lettres qui contenaient ces censures, portées en Angleterre par d'intrépides religieux échappés aux précautions tyranniques précédemment prises par Henri II, jetèrent la consternation dans tout le royaume. Le roi excommunié ne pouvait plus trouver un prêtre qui voulût célébrer les saints mystères en sa présence. Vainement il fit agir, auprès du Pape, tous les moyens dont son influence pouvait disposer pour se faire relever de l'interdit; Alexandre III confirma, purement et simplement, la sentence de l'archevêque. Henri II comprit qu'il ne pouvait désormais lutter avec avantage. Un rapprochement eut lieu entre l'archevêque et lui. Le roi de France en fut le médiateur. Henri II vint trouver lui-même, à Sens, l'auguste fugitif. Il le salua le premier, tête nue, et l'embrassa en versant des larmes. Le saint archevêque promit d'oublier le passé, attribuant toutes les fautes commises à des conseils perfides plutôt qu'à la volonté royale. Il passa tout le jour avec Henri II , s'entretenant familièrement avec lui comme aux jours où il n'était que chancelier d'Angleterre. Cependant on pouvait craindre que la réconciliation du roi ne fût pas sincère. Les amis de saint Thomas le suppliaient de prolonger encore son séjour en France, c Non, non, s'écria-t-il ; avec l'aide de Dieu je rentrerai
> en Angleterre, où je sais que m'attend le martyre, i