‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 156 sur 324 · INNOCENT HI · texte numérisé non relu

INNOCENT HI

et le protecteur. Ainsi, pendant la première année de son règne, Innocent III avait reconquis Ancône, Fermo, Osimo, Fano, Sinigaglia, Spolète, Riéti, Assise, Foligno, Nocera, Todi, Pérouse, Sabine et le comté de Bénévent. En comparant l'étendue du domaine temporel de ses prédécesseurs avec ce qu'il venait d'y ajouter, il pouvait dire avec raison : « Qu'il ne devait point i» ces biens à la puissance de l'arc et du glaive , mais à la provi- » vidence merveilleuse de Celui qui gouverne tout. »

6. Un théâtre plus vaste s'ouvrait, dans l'Italie méridionale, au génie libérateur d'Innocent III. La reine de Sicile, Constance, veuve de l'empereur Henri VI, avait à lutter contre des factions puissantes. Elle comprit que, pour consolider l'autorité du jeune roi , son fils, elle devait chercher un appui en resserrant ses liens avec le Saint-Siège, depuis longtemps reconnu suzerain du royaume de Sicile. Elle envoya prier le Pape de confirmer le jeune Frédéric II, dans la possession de ses Etats, et de lui en conférer l'investiture solennelle. Avant de procéder à la reconnaissance publique de la dynastie allemande sur le trône de Sicile, Innocent HI se souvint des restes infortunés de la dynastie proscrite. Il négocia pour obtenir la liberté de la malheureuse reine Sibylle, de Guillaume, son fils, et des deux princesses, ses filles. Il l'obtint, et l'Europe eut ainsi une preuve de plus, que le Saint-Siège est le défenseur naturel de la veuve et de l'orphelin. Une autre question préliminaire fut ensuite traitée entre le Pape et la reine Constance. Adrien IV avait accordé au roi Guillaume Ier des privilèges ecclésiastiques très étendus pour toutes les provinces siciliennes. Ils étaient appelés les Quatre chapitres, et concernaient les légations, les nominations ecclésiastiques, les appels au Saint-Siège et les conciles. Innocent regardait comme le plus sacré de ses devoirs d'affranchir l'Eglise de toute influence séculière opposée à sa discipline. Il pensait, d'ailleurs, qu'après l'extinction de l'ancienne dynastie des rois de Sicile, le suzerain ne devait plus maintenir des privilèges personnels et des faveurs incompatibles avec les devoirs de sa haute dignité. La reine Constance accéda aux volontés pontificales : les Quatre chapitres furent annulés, et immédiatement le Pape donna la bulle d'investiture (1198). Constance ne survécut

Page 1