CHAPITRE VIII
croyaient encore être au plus haut période de leur grandeur, dès qu'ils prononçaient le nom de leurs anciens héros, dès qu'ils voyaient renouveler des formes sociales déchues et qu'ils se tressaient des couronnes avec les lauriers tlétris des siècles passés. Innocent III respecta ce préjugé dans ce qu'il avait de légitime, et sut le concilier avec l'autorité du Saint-Siège. Il nomma un sénateur, chargé de représenter les intérêts du peuple romain, et lui fit prêter le serment de protéger les possessions de l'Eglise romaine; de ne rien entreprendre, ni par ses conseils ni par ses actes, contre la vie du Pape; de lui prêter appui dans son administration; de veiller enfin dans toute l'étendue de sa juridiction, à la sûreté des cardinaux. Le préfet de Rome prêta le même serment. Une horrible famine désola l'Italie en 1202. Les Romains purent se convaincre, en cette occasion, que, si le caractère d'Innocent III était celui d'un souverain, son cœur était celui d'un père. Pendant six mois, le charitable Pontife fit distribuer chaque jour leur subsistance à 8,000 indigents. L'amour du peuple répondit à tant de bienfaits et de charité : il fut fidèle à un pouvoir qui se montrait si généreux et si compatissant. Pendant qu'Innocent m distribuait d'une main si libérale les trésors de l'Eglise, il agissait avec énergie contre les spoliateurs des domaines du Saint-Siège. Henri VI avait usurpé, dans les dernières années de son règne, la marche d'Ancône et la Romagne, et les avait données en fiefs à son sénéchal Markwald. Innocent envoya deux cardinaux pour sommer ce dernier de rendre ces provinces à l'Eglise romaine. Markwald refusa et fut excommunié. Les populations, fatiguées du joug allemand, enviaient le bonheur d'appartenir à un souverain Pontife qui faisait bénir sa domination par ses sujets. Elles se révoltèrent contre Markwald, le chassèrent à main armée de leur territoire, et vinrent déposer aux pieds du Pape les clefs de leurs villes. L'exarchat de Ravenne suivit le même exemple. Le duché de Spolète, le comté d'Assise, la Toscane, dont une grande partie avait été léguée, depuis plus d'un siècle, par la comtesse Mathilde, au Saint-Siège, et que les empereurs avaient injustement retenue jusque-là en leur pouvoir, expulsèrent de même leurs gouverneurs allemands, et se réunirent en une confédération, dont le Pape fut déclaré le chef