‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 165 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Languedoc, et lui adjoignit des missionnaires de l'ordre de Citeaux. L'évèque d'Osma, Diego, accompagné d'un chanoine régulier de sa cathédrale, dont le nom devait être à jamais illustre, saint Dominique, vint volontairement partager les fatigues de cette mission. Les hommes de Dieu parcoururent, nu-pieds, les principales villes du Languedoc, prêchant partout la toi catholique et faisant respecter leur doctrine par l'exemple des plus hautes vertus. Les conversions opérées par leur zèle attirèrent sur eux la vengeance des principaux sectaires. Pierre de Castelnau avait dit souvent : a La cause du Christ ne refleurira » point dans ces contrées jusqu'à ce qu'un des missionnaires ait » versé son sang pour la foi, Puissé-je être la première victime » de la persécution ! » Ce vœu héroïque allait être exaucé. Le 5 janvier 1208, deux officiers de Raymond de Toulouse atteignent le légat sur les bords du Rhône , et l'un d'eux le frappe mortellement d'un coup de lance, le saint martyr tomba en s'écriant à plusieurs reprises : « Seigneur , pardonnez-lui comme je lui pardonne l » On peut facilement se représenter l'impression produite dans toute la France à cette horrible nouvelle. L'indiguation publique chargea Raymond VI de cet exécrable attentat. S'il ne fut pas juridiquement convaincu, il fut du moins, suivant l'expression d'Innocent III, « très fortement suspect », valdè suspeu us , car il accueillit à sa cour les meurtriers du saint martyr. Le Pape écrivit aussitôt une lettre énergique adressée « aux » nobles hommes, comte», barons, seigneurs et chevaliers des » provinces de Toulouse, Narbonne, Arles, Embrun, Aix et » Vienne. » Il y déclarait Raymond VI excommunié, ses vas- saux et ses sujets déliés du serment d'obéissance, sa personne et ses teires mises au ban de la chrétienté. Il enjoignait à tous les fidèles de prendre les armes contre l'ennemi de l'Eglise, et accordait pour cette expédition les mêmes indulgences que pour les autres croisades. La France catholique répondit à sou appel eu envoyant 40,000 hommes combattre le tyran. Les Sarrasins n'étaient plus seulement à Jérusalem; ils n'étaient plus seulement dans les provinces méridionales de l'Espagne; ils occupa, en t le plus riche territoire de la France , sous un prince qui avait la cruauté et la mollesse des émirs de l'Orient. Le eoin-

320 innocent m (1198-1216).

mandement général de la croisade contre les Albigeois fut donné à Simon de Montfort , aussi brave soldat que capitaine habile , l'un des plus beaux types de la chevalerie du temps. Simon de Montfort descendait de la maison de Hainaut; il avait épousé Alice de Montmorency , femme héroïque comme son nom. On ne pouvait choisir un guerrier plus hardi , ni un chrétien plus fidèle. Il joignait la bravoure de Richard Cœur-de-Lion à la piété d'un religieux. La prise de Béziers, de Carcassonne, signala sa valeur. Les comtés, enlevés aux hérétiques, furent dévolus au chef de la croisade. Toute la campagne (de 1209 à 1213) fut une suite d'attaques de villes et de châteaux, etPétendard de la croix fut promené en triomphe dans tout le Languedoc. Raymond VI, partout vaincu, appela à son secours Pierre II, roi d'Aragon, son beau-frère. 100,000 hommes vinrent présenter la bataille à Simon de Montfort. Ce fut le moment sublime de la vie du héros chrétien. Il n'avait, sous ses ordres, qu'environ 25,000 soldats; mais Dieu combattait pour lui. Le matin du combat il déposa son épée sur l'autel : « Seigneur, dit-il, c'est de vous que je veux » aujourd'hui recevoir mes armes, puisque c'est pour vous que » je vais combattre. *> La victoire de Muret (1213) récompensa tant de foi. Le roi d'Aragon tomba mort dans la mêlée. Son armée prit la fuite; la cause du comte de Toulouse était perdue. Les Albigeois luttèrent encore quelque temps pour s'éteindre sans retour sous le règne de saint Louis.

19. Simon de Montfort avait été le héros de la conquête; saint Dominique fut le héros de la conversion. Dieu l'avait choisi pour être le père d'une génération de saints. Ses armes, contre les Albigeois, furent une charité immense, un dévouement inépuisable, une éloquence persuasive et des prières ferventes. Plein de dévotion pour la Vierge immaculée, a qui a vaincu » toutes les hérésies, dans la suite des siècles (1), » il eut recours à elle pour en obtenir le succès de sa mission contre des hérétiques obstinés. Sa confiance en Marie se traduisit par l'institution du Rosaire, humble et pieuse prière qui a répandu tant de grâces et de bénédictions sur le monde. Les luttes conti-

(1) ■ Sola cunctas hœreses interemisti in universo mundo. » {Brev. rom.)

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