‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 166 sur 324 · CHAPITRE VÎT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VÎT

nuelles avec les Albigeois, firent comprendre à saint Dominique la nécessité d'un apostolat permanent au sein de l'Eglise. Il réalisa cette pensée en fondant un nouvel ordre religieux exclusivement voué à la prédication. Les frères prêcheurs, ou Dominicains, furent donc établis, sous la règle de saint Augustin, avec les modifications particulières nécessitées par leur vocation spéciale. Les ordres militaires défendaient l'Eglise par leur épée, les frères prêcheurs la défendirent par la parole. L'expérience a prouvé la haute sagesse du fondateur. La plupart des ordres religieux ont subi avec le temps des réformes qui les ont partagés en divers rameaux : celui des Dominicains a traversé, toujours un, les vicissitudes de six siècles d'existence. Il a poussé,, dans tout T branches vigoureuses, sans qu'une seule ,

se soit jamais séparée du tronc qui l'avait nourrie. La France,., de nos jours, a revu les fils de saint Dominique dignes de leur père; elle a béni leurs vertus et salué de ses acclamations leurs voix éloquentes.

20. Une autre colonne de l'Eglise s'élevait alors en Italie. Un . jeune homme de la ville d'Assise, élevé dans les douceurs de l'opulence, entendit un jour ces paroles de l'Evangile : a Ne » portez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse. * Ce fut pour lui comme une apparition de la riche et noble pauvreté évangélique. « Voilà ce que je cherche, s'écria-il, voilà ce, » que souhaite mon cœur; » et aussitôt saint François d'Assise (1), car c'était lui, jeta sa bourse et son bâton, quitta ses souliers, prit une tunique grossière, se ceignit d'une corde, et alla prêcher la pénitence à ses concitoyens. Dès ce jour (1208), l'ordre des Frères mineurs était fondé. Les disciples de saint François, en embrassant la pauvreté de l'Evangile, répondaient noblement aux déclamations des Vaudois contre le luxe de l'Eglise. Appelés à vivre avec le peuple, à se contenter d'aumônes* à supporter les plus rudes fatigues, leur mission était de réconcilier le peuple avec la foi, de lui donner l'exemple de la patience.

(1) La vie merveilleuse de saint François d'Assise, l'histoire des stigmates sacrés de la Passion, que Dieu voulut imprimer sur le corps de son serviteur, ont été écrites avec autant d'élégance que d'érudition par M. Chavin de Malan. Tout le monde connaît Y Histoire de saint Dominique, par le P. Lacordaire^

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chrétienne, du dévouement et de l'abnégation. Larèg donna saint François pourrait s'appeler la grande charte de la pauvreté. Innocent III approuva le nouvel institut. « Ce pauvre, » disait-il en parlant du saint fondateur, est la colonne destinée » à soutenir l'Eglise. » Ce que saint François venait de faire pour les hommes, sainte Claire le fit pour les femmes. L'ordre refigieux qu'elle institua prit le nom de Pauvres C tarisses (1212), et reçut une règle des mains de saint François. Un tel amour de la pauvreté évangélique s'était emparé des âmes que tous les fidèles voulaient participer aux grâces et aux faveurs spirituelles de ce renoncement parfait. Pour répondre à ce besoin unanime, saint François fut obligé d'instituer, en faveur des personnes du monde, un tiers-ordre, auquel il prescrivit certaines règles de mortification et de pénitence, qui introduisaient dans la vie séculière quelque chose de la régularité du cloître. Heureux âge de l'Eglise où ce n'était point l'esprit du monde qui envahissait les monastères, mais où l'austérité des monastères pénétrait jusqu'au milieu du monde pour y faire éclore des fruits de salut et de sainteté. Les deux ordres des Franciscains et des Dominicains formèrent avec ceux des Carmes et des Augustins, ou Ermites de saint Augustin, ce qu'on appela les Quatre ordres mendiants. La France, depuis près d'un siècle, déshéritée de leurs vertus, les voit aujourd'hui fleurir de nouveau dans son sein. Lors de leur première apparition dans le monde, au xn* siècle, ils furent salués par la reconnaissance et l'admiration publiques; et le douzième concile général , quatrième de Latran, allait leur donner une consécration solennelle.

21. Innocent III avait voulu couronner les actes glorieux de son pontificat par une réunion solennelle des grandes assises de l'Eglise catholique au palais de Latran. L'Orient et l'Occident représentés par 412 évèques, tous les patriarches en personne, ou par leurs légats; les principaux chefs d'ordre, une multitude d'abbés, de prieurs; les députés d'une infinité de collégiales et de chapitres; les ambassadeurs des empereurs d'Aîlemague et de Conslanlinopîe; ceux de tous les souverains de la catholicité; en on mot, tout ce que le monde chrétien comptait de plus illustre et de plus érudit s'y trouva rassemblé, sous la présidence de

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