‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 167 sur 324 · chapitre vin · texte numérisé non relu

chapitre vin

l'immortel Pontife. Les questions dogmatiques, qui y furent traitées, étaient relatives aux points attaqués par les Albigeois, les Vaudois, Patarins, etc.; on y renouvela les condamnations si souvent portées contre eux. Raymond Vf, comte de Toulouse, accompagné du jeune prince son fils, vint faire sa soumission entre les mains d'Innocent III, qui le reçut avec bonté et lui rendit ses Etats. La politique que le grand Pape avait fait prévaloir en Europe fut approuvée et confirmée sur tous les points. Jusque-là, l'Eglise romaine avait toujours refusé au siège de Constantinople le titre de patriarchat, malgré les instances réitérées des empereurs grecs et les ambitieuses prétentions des titulaires. La fondation du nouvel empire latin de Byzance, et la réunion de l'Orient à l'Eglise romaine, avaient changé l'état des choses. Innocent III donna aux évêques de Constantinople le second rang parmi les patriarches, immédiatement après celui d'Antioche. L'œuvre sans contredit la plus remarquable du concile de Latran, douzième général, est la partie disciplinaire qui embrassa, dans un ensemble complet de règlements, tous les besoins de l'Eglise. Les bases de la grande réforme opérée par saint Grégoire VII reçurent une nouvelle consécration; et l'on peut dire que le génie de ce grand Pape inspira, par la voix d'Innocent III, cette auguste assemblée. Les désordres des clercs furent solennellement flétris par un canon spécial qui établissait le célibat ecclésiastique comme la sauvegarde et la colonne de la foi, de la morale, etc. Les élections simoniaques, les abus persistants encore dans les tribunaux ecclésiastiques, furent condamnés sévèrement, et l'on prévint leur retour par des règlements pleins de sagesse. — Un décret important, et dont il convient de préciser exactement le sens, fut rendu par les Pères de Latran , au sujet de la confession annuelle et de la communion pascale. Jusqu'à cette époque, la ferveur des fidèles, qui s'approchaient fréquemment des sacremeuts, avait rendu inutile une loi de ce genre. Nous avons vu que les chrétiens des premiers siècles participaient aux saints mystères, toutes les fois qu'ils y assistaient. Peu à peu le relâchement s'introduisit dans les mœurs, et quelques chrétiens indignes de ce nom laissaient écouler un laps de temps considérable, sans aller puiser les forces spirituelles de

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la grâce divine dans les sacrements qui en sont les canaux. Ce fut ce îhotif qui détermina le concile de Latran à formuler ce canon célèbre par lequel, sous peine d'excommunication, il enjoignait à tous les fidèles, de l'un et de l'autre sexe, de recevoir le sacrement de pénitence, et de communier au moins une fois Tannée, au temps de Pâques. Quelques hérétiques ont prétendu que, par cette ordonnance, le concile avait introduit une coutume nouvelle, et que jusqu'au xin* siècle l'obligation de communier n'existait pas. Cette erreur a été reprise et répétée par les philosophes et les incrédules de nos jours. La notion la plus vulgaire de l'histoire ecclésiastique suffît pour repousser cette calomnie. — Pour perpétuer et répandre la discipline vigoureuse qu'ils voulaient faire prévaloir, les Pères de Latran ordonnèrent pour chaque année la tenue des conciles provinciaux. Ils pensaient avec raison que les erreurs ou les abus ne pourraient échapper, par ce moyen, à la vigilance des évêques, réunis fréquemment dans ces saintes assemblées, et inspirés par l'Esprit- Saint, selon la promesse de Jésus-Christ : « Toutes les fois que » vous serez rassemblés en mon nom, je serai au milieu de » vous. » Comme corollaire des conciles provinciaux, les Pères de Latran ordonnèrent la réunion triennale des chapitres dans les monastères et dans les écoles des cathédrales, pour que tous les membres du corps de l'Eglise pussent profiter du même avantage de réforme intérieure et de l'uniformité de discipline qui devait animer tout l'ensemble. Enfin, on fixa au 4* degré de parenté l'empêchement pour le mariage ; et ainsi se trouva terminée la législation canonique qui fait la gloire de cet immortel concile (1215).

22. Le Pape avait dirigé les travaux du concile avec sa vigueur accoutumée et une infatigable activité. On eût dit qu'il se hâtait d'achever son œuvre. Il ne survécut pas longtemps à ce dernier acte d'un pontificat si fécond en grandes choses. L'Europe tout entière était soumise à sa domination. Il avait donné le titre de roi au chef des Bulgares, Primislas, prince de Bohême; à Pierre d'Aragon, qui vint lui faire hommage de ses Etats, et qui voulut être couronné de sa main. Jamais la Papauté n'avait rayonné d'un plus puissant éclat sur le monde. La mort d'Inno-

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