CHAPITRE IX
pédition en Palestine. Conslantinople avait été prise un siècle trop tard. Si les soldats de Godefroi de Bouillon, en 1097, eussent suivi les conseils de Geoffroy, l'éloquent évêque de Langres, ils auraient assuré d'une manière définitive le sort des autres croisades.
2. En prêchant la cinquième expédition de ce genre, Honotîus III n'avait plus sous la main autant d'éléments de succès. T*rédéric II, malgré son serment, renouvelé entre les mains du Pape à la conférence de Ferentino (1222) , songeait bien plus à réaliser le rêve d'une monarchie universelle, caressé par tous les membres de la famille des Hohenstaufen, qu'à délivrer le tombeau de Jésus-Christ. Philippe-Auguste était trop vieux pour courir les hasards d'une guerre lointaine. Henri III , qui venait de succéder à Jean Sans-Terre sur le trône d'Angleterre, n'avait que douze ans, et il lui fallait défendre son royaume contre les entreprises de la France. L'Espagne avait sa croisade permanente dans son propre sein ; elle appelait même à son secours les chevaliers du Nord de l'Europe, qui l'aidèrent à reconquérir Alcazar (1217). Les nouveaux chrétiens de Prusse et de Livonie étaient occupés à réprimer les attaques des païens qui les persécutaient. Ces croisades partielles de l'Espagne contre les Maures, de l'Europe septentrionale contre les infidèles, et de la France contre les Albigeois, les luttes des princes chrétiens entre eux, empêchèrent l'Occident de prendre à la cinquième croisade une part aussi active qu'à celles qui l'avaient précédée. André ue Hongrie fut le seul roi qui répondit à l'appel du Pape. La croisade fut prêchée dans la Dalinatie, la Croatie, la Bosnie et la Gallicie, provinces naguère encore ennemies du nom chrétien. Des peuplades, errantes dans les forêts, entendirent les plaintes de Sion et jurèrent de combattre les infidèles. Les guerriers à demi barbares de la Hongrie qui, un siècle auparavant, avaient été la terreur des compagnons de Pierre l'Ermite, s'empressaient de prendre la croix et suivaient leur monarque à la Terre-Sainte. Accompagné des ducs de Bavière et d'Autriche, André vint s'embarquer à Spalatro, où des vaisseaux de Venise, de Zara, d'AncAne et des autres villes de l'Adriatique l'attendaient. Hugues de Lusignan , roi de Chypre , vint l'y joindre avec ses troupes ,
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et tous deux se réunirent à Jean de Brienne, roi de Jérusalem (1), devant Saint-Jean-d'Acre (Ptolémaïs), assiégée alors par les chevaliers latins restés en Palestine après la quatrième croisade. Mais après avoir fait briller une lueur d'espoir aux yeux des chrétiens d'Orient, André quitta brusquement ses compagnons et retourna dans son royaume , où le rappelait l'insubordination de ses magnats; Hugues mourut subitement. Sans se décourager, Jean de Brienne conçut le hardi projet de changer le siège de la guerre et d'aller attaquer le sultan d'Egypte, Sapheddin, au cœur même de 6es Etats. Cette résolution, d'une politique habile, pouvait changer la fortune des armes et rétablir le roi nominal de Jérusalem sur son trône. Elle faisait entrer les croisades dans une voie nouvelle : si elle eût réussi , le nom de l'Islamisme eût été rayé des pages de l'histoire. Pleins d'enthousiasme, les croisés lèvent le siège de Ptolémaïs, s'embarquent pour l'Egypte et viennent débarquer sous les murs de Damiette. De nombreux renforts leur arrivent d'Italie, de France et d'Angleterre, sous la conduite de deux cardinaux, Robert de Courson et Pélage, légat d'Honorius III. La ville est prise après des efforts héroïques et dix-sept mois de résistance. Mais les chrétiens ne trouvent en y entrant que les tristes débris de la peste et de la famine. Bientôt ils arrivent, presque sans coup férir, à l'extrémité du Delta; les Sarrasins, retranchés sur la rive opposée du Nil, n'étaient pas sans effroi, malgré le courage de leur chef, Mélédin Melek-il- Kamel, fils aîné de Sapheddin. Sans la répugnance des croisés à traiter avec les infidèles, Jean de Brienne aurait pu alors obtenir la restitution de Jérusalem. L'époque du débordement du Nil surprit l'armée latine dans une imprudente inaction. Accablés à la fois par l'inondation et la famine , les chrétiens furent forcés , à leur tour, de demander la paix à leur ennemi. Saint François d'Assise était venu en Egypte dans l'espoir de convertir , par la persuasion , ceux que les croisés allaient combattre par leurs armes. Le jour qui précéda la dernière bataille, une révélation
(1) Le titre purement nominal de roi de Jérusalem ne s'était pas éteint à la prise de la ville sainte par Saladin. A Guy de Lusignan avaient succédé Henri II, comte de Champagne (1194), Àraauri de Lusignan ( 1206), et enfin Jean de Brienne (1H09).
Pavait instruit de la défaite des chrétiens. François en fit part aux chefs de l' armée, qui l' écoutèrent avec indifférence. Mécontent des croisés et dévoré du zèle de la maison de Dieu, il couçut le projet de faire triompher k foi par son éloquence et par les seules armes de l'Evangile. H s'avança donc dans le camp ennemi et se fît prendre par les soldats sarrasins qui le conduisirent au sultan. « C'est Dieu qui m'adresse à vous, lui dit-il, » pour vous montrer la voie du salut. » Après ces paroles, le saint missionnaire exhorta Melek-el-Kamel à embrasser l'Evangile. Il défia, en sa présence, tous les docteurs musulmans, et proposa de se jeter dans un bûcher allumé pour confondre l'imposture et prouver la vérité de la religion chrétienne. Le sultan, étonné, congédia le zélé prédicateur, qui n'obtint rien de ce qu'il souhaitait si ardemment; car il ne convertit pas le chef des infidèles et ne recueillit point la palme du martyre. Melek-el- Kamel triomphant, au moment où il se croyait perdu, se montra généreux envers les chrétiens. H rendit les prisonniers, et les l'année purent retourner en Palestine (1222). Jean de revint en Europe; il donna sa fille, Yolande, à l'empereur Frédéric 11, auquel il céda son titre de roi de Jérusalem. La cinquième croisade était finie ; elle ne laissait à l'Europe que de tristes souvenirs. Cependant l'élan qui portait les chrétiens
ces glorieuses expéditions survivait à l'indifiës et au récit de tant de désastres. Les premières années duxmc siècle virent ce qu'on n'avait point encore vu dans ces temps si féconds en prodiges et en événements extraordinaires. 50,000 enfants, en France et en Allemagne , s'attroupèrent et parcoururent les villes et les campagnes en chantant ces paroles : « Seigneur Jésus, rendez-nous notre sainte croix. » Lorsqu'on leur demandait où ils allaient, et ce qu'ils voulaient faire : « Nous allons, répondaient-ils, à Jérusalem, pourdéK— » vrer le sépulcre du Sauveur. » Une grande partie de cette jeune milice traversa les Alpes pour s'embarquer dans les porte d'Italie (1212). Plusieurs s'égarèrent dans les forêts, périrent de chaleur, de faim, de soif et de fatigue. Parmi ceux qui s'embarquèrent, quelques-uns firent naufrage ou furent livrés aux Sarrasins qu'ils allaient combattre. D'autres furent martyrises,
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et donnèrent aux infidèles le spectacle de la fermeté et du courage que la religion chrétienne sait inspirer à l'âge le plu» tendre.
3. Les hostilités n'avaient pas cessé entre la France et V Angleterre à l'avènement de Henri II , roi enfant qui n'avait , le jour de son sacre , que deux évêques et trois barons pour seul appui. Le reste des chevaliers anglais s'était rallié à Tannée de Louis de France, qui se trouvait, par le fait, maître de la presque totalité de l'Angleterre. Mais l'orphelin royal avait un protecteur et un père dans la personne du souverain Pontife. L'Eglise avait excommunié son père; les foudres spirituelles avaient frappé une tête coupable. Le fils de Jean Sans-Terre était innocent; l'Eglise prit en main sa cause et la fit triompher, aux yeux de l'Europe , malgré ses ennemis. Jamais la Papauté ne défaillit à cette noble mission. Saint Grégoire VII avait élevé la jeunesse de Henri IV; Innocent IH avait été le tuteur de Frédéric II; Honorius III, en montant sur le siège de saint Pierre, écrivait aux barons anglais : a La loi de Jésus-Christ ne permet pas que » le fils porte la peine des fautes de son père. Toute révolte » contre l'orphelin serait une trahison infâme. La religion, la » conscience et l'honneur vous font un devoir de vous réconcilier » avec votre jeune roi ; son âge est la meilleure preuve de son » innocence. » En même temps il envoyait des ambassadeurs à Louis de France. « Ordonnez-lui , leur dit-il , par l'autorité du » Siège apostolique , de cesser une guerre qui n'a plus d'objet » L'orphelin Henri II est désormais le pupille du Saint-Siège. » Si Louis de France continuait à l'attaquer, nous invoquerions » contre lui le ciel et la terre. Le Dieu qui est au-dessus des » royaumes et qui les donne à qui il lui plaît, combattrait pour > nous. » Philippe-Auguste avait appris à ne pas lutter contre un Pape. Il rappela son fils et la paix fut conclue, sous les auspices du Pape, entre les deux royaumes (1218).
4. La valeur de Louis de France trouva bientôt un théâtre digne d'elle. Honorius III lui ouvrit un champ glorieux, en l'invitant à éteindre les derniers restes des Albigeois en Languedoc. Raymond VI, après sa soumission au concile de Latran, était rentré à Toulouse. Ses intentions personnelles pouvaient être