CHAPITRE IX
roi de Castille et le fameux Rodrigue de Ximenès , son chancelier; les bienheureux Egidius, Bernard de Quintavalle et Pierre de Calane, disciples de saint François d'Assise; saint Ceslas et saint Hyacinthe; le bienheureux Jourdain de Saxe; saint Antoine de Padoue et saint Raymond de Pennafort, disciples de saint Dominique; saint Edmond, archevêque de Cantorhéry; sainte Verdiane de Florence, sainte Zita de Lucques et la bienheureuse Marguerite de Louvain, toutes trois servantes; saint Conrad de Bavière; sainte Edwige, duchesse de Pologne, formaient alors, dans l'Eglise, comme une guirlande de sainteté et de vertus. Saint Jean de Matha et saint Félix de Valois fondaient Tordre de la Trinité pour la rédemption des chrétiens captifs en Orient; saint Pierre Nolasque établissait, dans le même but, Tordre de Notre-Dame de la Merci, pieuses et nobles institutions, que la charité chrétienne avait fait naître et dont les membres suivaient les croisades pour sécher les pleurs des exilés, auxquels ils rendaient la patrie et la liberté.
§ S. Pontificat de Grégoire IX (18 mars 1227-21 août 1241).
8. Le cardinal Ugolini, de l'illustre famille des Gonti, avait plus de quatre-vingts ans , quand il fut élu pour succéder à Honorius (18 mars 1227). Mais l'esprit d'Innocent III animait sa vieillesse. Zèle et énergie, prudence consommée, sagacité d'esprit, science universelle, dextérité dans le maniement des affaires, éloquence persuasive, caractère ferme, noblesse de sentiments, toutes les qualités enfin qui font les grands hommes, se trouvaient réunies dans le nouveau Pape ; et Dieu lui donna le temps pour les faire servir à la gloire de l'Eglise et à l'honneur du Saint-Siège. Il devait se trouver en lutte avec un adversaire non moins redoutable que Frédéric Barberousse et Henri II. L'ambition des Hohenstaufen, leurs projets de grandeur, leur rêve de monarchie universelle, s'étaient, en quelque sorte, incarnés dans Frédéric II, ce pupille ingrat de l'Eglise, qui s'en montra plus tard l'ennemi le plus acharné. Empereur d'Allemagne et roi de Sicile, Frédéric II offrait, dans sa personne, l'assemblage des qualités et des vices les plus opposés. Il égalait en courage ses
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prédécesseurs et les surpassait en lumières. Il cultivait la poésie provençale, et on trouve dans ses vers de la sensibilité , de la chaleur et de l'harmonie. La dignité de ses manières était tempérée par la douceur et l'affabilité de son commerce. Elevé par les maîtres habiles que lui avait donnés Innocent III , il n'était étranger à aucune des connaissances de son temps. Mais, à ces dons d'une intelligence supérieure, il joignait une ambition démesurée, une cruauté qui dégénérait en barbarie, une irréligion telle, qu'il avait, au xme siècle, professé ouvertement son admiration pour le mahométisme. En contraignant Jean de Brienoe, son beau-père, à lui céder le titre de roi de Jérusalem , il ne prétendait nullement délivrer la Palestine et le tombeau de Jésus-Christ du joug musulman. Il voulait seulement se donner le droit d'établir, à son profit, en Orient, la suzeraineté qu'il se flattait de fonder en Occident. Il sacrifia tout à ce projet, sa parole et ses serments, les droits d'autrui comme les intérêts de l'Eglise et même son honneur de chrétien. Les Papes, défenseurs naturels des intérêts et des droits de tous , s'y opposèrent invinci Mement; de là, une suite de nouveaux et de sanglants démêlés entre le sacerdoce et l'empire. Sans l'influence de la Papauté, il est probable que l'Europe et le monde chrétien tout entier, auraient subi le joug des empereurs tudesques. Dès le temps d'Honorius III, il avait envahi les droits garantis au Saint-Siège, dans le royaume de Sicile, sur les élections épiscopales. Sou chancelier, Pierre des Vignes, avait rédigé un code, dans lequel les deux puissances spirituelle et temporelle étaient séparées, ce qui faisait disparaître la constitution primitive du nouvel empire d'Occident et de la société chrétienne. Les deux partis si célèbres des Guelfes et des Gibelins se partageaient alors l'Italie. Les Guelfes tenaient pour la liberté italienne et la domination pontificale ; ils étaient représentés par la ligue des villes lombardes, dont Milan était le centre, et qui combattait l'envahissement de U politique allemande. Les Gibelins formaient le parti impérial. Frédéric II imprima à leur lutte un caractère d'animosité et de haine presque féroce. Grégoire IX l'excommunia dès la première année de son pontificat (1227).
10. Il fallait soutenir cette mesure, à main armée, contre ui