‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 180 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

» serment à son égard. Personne, en effet, ne doit garder fidélité j> à celui qui porte les armes contre Dieu, et qui foule aux pieds » ses commandements. » C'était un fait grave, au xin* siècle, que la déposition d'un prince, prononcée par un Pape. Frédéric II le savait. Il envoya faire à Grégoire IX des propositions de paix. Après de longues négociations, cette paix si désirée fut définitivement conclue au mois d'août 1230. Deux légats apostoliques relevèrent l'empereur de l'excommunication lancée contre lui. Frédéric vint ensuite trouver le Pape à Anagir. Il parut en sa présence, dépouillé des ornements impériaux, et se prosterna humblement à ses pieds. Le vicaire de Jésus-Christ l'accueillit avec bonté. L'Eglise romaine dilatait ses entrailles, pour recevoir l'enfant prodigue. Mais, de la part de Frédéric II, cette soumission n'était qu'une perfidie ; il reprit le chemin de l'Allemagne, plus ulcéré , plus implacable que jamais.

12. Grégoire IX profita de l'intervalle d'une paix qui ne devait pas être longue , pour ramener au devoir les Romains toujours rebelles. Il y réussit, et rentra dans sa capitale au milieu des acclamations de joie de ce peuple inconstant et volage (1235). L'année précédente, l'infatigable pontife publiait la collection des Décrétâtes, qui porte son nom. Il l'avait fait mettre en ordre par saint Raymond de Pennafort, de l'ordre des frères prêcheurs, son chapelain et son pénitencier. Les constitutions pontificales y sont rangées, sous différents titres, et par ordre des temps, ce qu'on n'avait pas encore observé dans les compilations précédentes. Les Décrétâtes de Grégoire IX commencent à Alexandre III, et continuent ainsi l'ouvrage de Gratien, qui s'était arrêté à cette époque. La vigilance du souverain Pontife s'étendait à toutes les contrées du monde. Il entama des négociations avec les empereurs de Nicée et de Trébizonde, pour la réunion des Grecs à l'Eglise latine. Ses lettres allaient au nord de l'Europe, protéger les chrétientés opprimées par les rois slaves et hongrois. La lutte continuait en Prusse contre les païens opiniâtres. Grégoire IX y envoya des missionnaires dominicains, qui firent pénétrer les lumières de l'Evangile chez ces nations sauvages, et les plièrent peu à peu au joug de l'Eglise. Les frères mineurs se montraient , de leur côté , des auxiliaires

342 Grégoire ix (1227-1241).

fidèles du Saint-Siège. Us avaient parcouru , à la suite de leur saint fondateur, l'Egypte et les autres contrées d'Orient, soumises à la domination musulmane. Le plus souvent ils n'y rencontraient que le martyre. Mais les fils du Prophète apprenaient, par leur sublime dévouement, à mieux connaître et à respecter la religion qui l'inspirait. Cependant la division s'introduisit dans Tordre de saint François. F. Elie, qui en avait été nommé supérieur général, à la mort du saint, se prononça ouvertement contre l'austérité de la règle, qu'il trouvait excessive. « 11 fan- » drait pour l'observer, disait-il, des anges et non des hommes.» Dénoncé au pape Grégoire IX, il fut déposé, et plus tard excommunié (1230-1253). F. Elie eut ses partisans et ses adversaires, et sa doctrine lui survécut. De là , plus tard , les conventuels, vivant dans de riches monastères, avec la règle mitigée; et les observantins , ou observateurs rigides de la règle primitive. En Espagne, sous saint Ferdinand III, roi de Castille, et Jacques Pr, roi d'Aragon , les armes des chrétiens , presque toujours victorieuses, depuis le brillant succès de Las Navas de Toiosa, prenaient enfin un ascendant définitif. Les villes les plus importantes, Cordoue, Sé ville, etc., tombèrent en leur pouvoir, ainsi que les îles Majorque , Minorque et Iviça : partout les sièges épiscopaux et les églises se relevaient. — La France, délivrée des longues guerres contre les Albigeois, et des orages qui avaient assailli la minorité de Louis IX, respirait paisiblement sous le sceptre de ce saint couronné , qui se servait de son autorité pour établir le règne de Dieu. Des lois sévères étaient portées contre les blasphémateurs. « Puissé-je , disait le pieux monarque en les pro- » mulguant, subir moi-même les peines qu'elles infligent, s'il » m'était donné par là de prévenir tous les scandales, et de ré- » parer les outrages faits à la Majesté divine ! » La France accueillait alors, avec un saint respect et un enthousiasme religieux, d'illustres reliques que Baudoin II de Courtenay, qui venait de succéder à Jean de Brienne sur le trône de Constantinople, envoyait à saint Louis. La couronne d'épines, qne le Sauveur avait portée sur la croix, se conservait, depuis un temps immémorial, dans la chapelle des empereurs d'Orient. Deux nobles sentiments, l'amour de sa patrie et la crainte trop

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