CHAPITRE IX
plaine de Woîlstadt, non loin de Leignitz. Ce fut un de ces combats de géants qui rappelaient, par le nombre des soldats et la fureur sauvage qui les animait, les invasions d'Attila et d'Abdérame. Malheureusement les chrétiens furent vaincus, et c'en était fait peut-être de l'Occident, si la mort d'Oktaï , chef de ces bordes barbares, n'eût rappelé les Mongols en Asie (1243).
18. Une circonstance particulière vint en aide aux instances d'Innocent JV et détermina la septième croisade. En 1244 saint Louis fut atteint, à Pontoise, d'une maladie violente qui le conduisit, en peu de jours, aux portes du tombeau. Toutes les églises de France retentirent de prières et de vœux. Cependant le mal empirait. Un jour on crut le roi mort, lorsqu'on le vit soudain se réveiller comme d'un profond sommeil, et sa première parole fut de demander la croix. La reine Blanche, sa mère, les seigneurs de la cour, les prélats eux-mêmes, essayèrent de le détourner de ce projet. Il leur apprit qu'au plus fort de la crise qui avait failli l'enlever, il avait promis à Dieu, s'il lui rendait la santé , d'aller combattre ses ennemis en Palestine. Dès qu'il fut convalescent il convoqua, dans une assemblée, la reine sa mère, l'évêque de Paris et les principaux conseillers de la couronne, a Vous croyez , leur dit-il , que je n'avais pas le libre » exercice de mes facultés quand j'ai fait le vœu d'aller en Terre- » Sainte. Voilà ma croix que j'arrache de mes épaules ; je vous » la rends. » En disant ces mots il remit, en effet, la croix aux mains de l'évêque de Paris, que ce changement inespéré comblait de joie. « Maintenant, reprit le roi, vous ne pouvez nier t> que j'aie l'esprit calme et présent. Rendez-moi donc cette » croix. Celui qui connaît toutes choses sait que je ne prendrai » aucune nourriture jusqu'à ce que j'aie été marqué de nouveau » de ce signe sacré. — C'est la volonté de Dieu, s'écrièrent tous » les assistants ; ne nous opposons pas davantage à ses desseins. » Dès lors, saint Louis ne songea plus qu'à l'accomplissement de son vœu. En 1248 il vint à Saint-Denis recevoir l'oriflamme des mains d'Eudes de Châteauroux, légat du Pape. La reine Marguerite, son épouse, les comtes d'Artois et d'Anjou, ses frères, le légat lui-même, un grand nombre de seigneurs et d'évèques, raccompagnaient dans son expédition. Il laissait la régence à
352 innocent iv (1243-1254).
Blanche de Castille, sa mère, dont la France avait longtemps apprécié l'administration sage et prudente. En passant à Lyon, il reçut la bénédiction pontificale des mains d'Innocent IV, auquel il dit en s'éloignant : « La France a tout à craindre, eu mon » absence, des entreprises de Henri III, roi d'Angleterre, et de » Frédéric II d'Allemagne. Je vous laisse le soin de la défendre. » Le monarque s'embarqua à Aigucs-Mortes, et de là fit voile pour l'île de Chypre , rendez-vous général des croisés. On y concerta le plan d'attaque. Depuis 1229 , époque de la sixième croisade, conduite par Frédéric II, Jérusalem, prise et reprise par diver> princes Ayoubites, et plus récemment par les Choresmiens, était restée définitivement au pouvoir de Malek-Saleh, sultan d'Egypte , qui s'était aussi rendu maître de Damas. On discuta la question de savoir s'il était plus opportun d'entrer d'abord en Palestine et de se diriger sur la Ville sainte, ou s'il valait mieux attaquer le sultan , au cœur même de ses Etats, pour le forcer à rendre Jérusalem. Jean de Brienne, lors de la cinquième croisade , s'était arrêté à ce dernier parti , qui prévalut encore dans le conseil de saint Louis. Ce fut un malheur. L'Egypte offrait des difficultés presque insurmontables dans la disposition particulière de son sol, tantôt inondé par le débordement du Nil, tantôt brûlé par les ardeurs dévorantes de l'été. L'armée des croisés, mal approvisionnée , devait y rencontrer toutes les horreurs de la famine, jointes à celles de la peste, qui règne presque perpétuellement dans ces climats marécageux. Le 4 juin 1240 la flotte chrétienne parut à la vue des bouches du Nil. Une innombrable armée de Sarrasins couvrait toute la côte, présentant une épaisse forêt de lances et d'épées. Le roi n'attendit pns <jik* son navire eût gagné le rivage : il se jeta dans la mer l'épéc à la main. Ses gens le suivirent. Les Mainelucks, commandés par l'émir Fakhr-Eddin, cédèrent à la valeur des Français. La forti' place de Da miette, abandonnée par les fuyards, ouvrit sur-lechamp ses portes aux vainqueurs; mais le débordement du Nil les força de s'y renfermer sans poursuivre le cours de leurs conquêtes. Dans l'intervalle, Alphonse, comte de Poitiers, troisième frère de saint Louis, vint débarquer avec dj nouveaux renforts. « Qui veut tuer le serpent doit lui écraser la tête, » s'était écrié,