‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 190 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tel que saint Louis devait, plus que tout autre, protéger, dans ses Etats, la foi catholique dont il faisait, dans sa vie privée, le mobile de toute sa conduite. Les erreurs manichéennes des Albigeois continuaient de menacer Tordre public, malgré la répression sévère de la dernière croisade, entreprise contre elles, et maJgré la réunion des comtés de Provence et de Toulouse entre les mains d'Alphonse, frère du roi, définitivement opérée en 1249, à la mort de Raymond VII, dernier comte de Toulouse (1). Les Juifs étaient l'objet des plus odieuses imputations; et, il faut le dire, les tribunaux ordinaires n'avaient eu que trop souvent à constater la vérité de crimes horribles et de meurtres épouvantables, commis par eux dans des réunions mystérieuses. Les croisades, qui avaient rendu un instant Jérusalem aux chrétiens, n'avaient fait qu'aigrir les Juifs, qui voyaient dans ce résultat une nouvelle profanation de la cité sainte. La voix publique leur reprochait de donner la mort, au milieu des tortures, à tous les enfants chrétiens qui tombaient en leur pouvoir. Ces crimes, positivement autorisés par le Talmud, plusieurs fois constatés par des enquêtes judiciaires, l'avarice notoire et les exactions usuraires des fils d'Israël , l'horreur naturelle , en ces siècles de foi, pour une race déicide, avaient souvent entraîné les populations à des représailles sanglantes, en France, en Allemagne, en Italie et en Angleterre. Philippe- Auguste avait, en montant sur le trône, chassé les Juifs de toute l'étendue de ses Etats. Innocent IV avait fait condamner le Talmud par Eudes de Châteauroux, son légat en France (1248). Tous les exemplaires saisis avaient été livrés aux flammes. Malgré ces rigueurs, et peut-être à cause d'elles, les Juifs n'en avaient pas moins continué à braver l'exécration publique dont ils étaient l'objet. L'inquisition que saint Louis, de concert avec Innocent IV, établissait dans son royaume, avait pour but principal de maintenir contre eux la pureté et l'intégrité de la foi chrétienne. L'office d'inquisiteurs,

(1) Raymond VII, le Jeune, avait marié Jeanne, sa fille unique, à Alphonse» comte de Poitiers, frère de saint Louis (1237). Par ce mariage, le comté de Toulouse passa, à la mort de Raymond VII, dans la maison de France, et fut définitivement réuni à la couronne, en 1271, après la mort d'Alphonse et de sa femme, qui ne laissaient pas d'enfants.

362 ALEXANDRE IV l).

pour toute l'étendue de la monarchie française , fut confié au provincial des frères prêcheurs, et au gardien des frères mineurs de Paris. Du reste, cette institution ne subsista pas longtemps en France, et elle n'y eut jamais une organisation compacte. Le soin de réprimer les hérésies, en tant qu'elles troublaient l'ordre public, fut confié par le pouvoir civil aux parlements : ce qui donna lieu à cette étrange anomalie de magistrats séculiers portant des décisions en matière religieuse, et prétendant connaître des causes purement spirituelles, comme s'ils eussent été des Pères de l'Église , formant le concile permanent des Gaules.

26. Les privilèges accordés par les souverains Pontifes aux ordres mendiants, l'estime et l'affection dont saint Louis les honorait et qui faisait dire à ce pieux monarque : « Si je pouvais » me diviser en deux parts, j'en donnerais une aux frères prê- » cheurs et l'autre aux frères mineurs, » avaient multiplié le nombre des ennemis des enfants de saint Dominique et de saint François. L'Université de Paris, jalouse de leur supériorité dans toutes les branches des connaissances humaines, leur livrait une guerre acharnée. Un docteur de l'Université, Amaury de Chartres, novateur téméraire, dont le système panthéiste, par une analogie assez singulière, semble le précurseur des erreurs plus modernes, que nous avons vues enseignées par les docteurs de nos jours , avait été solennellement condamné au concile de Latran. Les religieux dominicains et franciscains avaient été ses plus vigoureux adversaires. L'Lniversité crut se venger en portant un décret, qui interdit de confier les chaires de théologie ou <fe philosophie à aucun membre des ordres mendiants. C'était opprimer ses rivaux, ce n'était pas les vaincre. Alexandre IV cassa l'arrêt de l'Université , et rétablit les religieux dans tous leurs droits antérieurs. Sa lettre était d'ailleurs pleine des éloges les plus flatteurs pour ceux qu'elle frappait, a L'école de Paris, » disait le pape, est comme l'arbre de vie dans le Paradis ter* » restre, ou comme la lampe allumée dans la maison du Sei- » gneur. » La querelle se renouvela bientôt à l'occasion d'un livre du docteur Guillaume de Saint-Amour, in titulc : Dcspbto des derniers temps, et de f évangile éternel des Francise*»**

Page 1