CHAPITRE IX
C'était une diatribe violente contre les religieux* VEvangile éternel dont il est ici question, et que Guillaume de Saint-Amour attribuait sans preuve aux Franciscains, était Pœuvre d'un visionnaire, qui prétendait que le règne de l'Evangile de Jésus- Christ devait finir en 1260, pour être remplacé par une doctrine nouvelle qu'il appelait YEvangile éternel, Alexandre IV condamna le pamphlet de Guillaume de Saint- Amour, et le fit brûler en sa présence, par les cardinaux assemblés.
27. La haine de l'Université, nous l'avons dit, était surtout entretenue par l'envie, le plus bas comme le plus implacable des sentiments. Jamais, en effet, dans aucun siècle, les ordres religieux ne présentèrent à la fois une pareille réunion de grands hommes et de saints. La théologie était entrée dans une nouveDe voie à la suite de l'introduction en Europe des ouvrages d'Aristote. La scolastique emprunta à ce philosophe sa méthode si claire, si vigoureuse, si logique et si précise. Les Franciscains Roger Bacon, Alexandre de Haies, Duns Scot et saint Bonaventure ; les Dominicains Vincent de Beauvais, Albert-le-Grand et saint Thomas d'Aquin, imprimèrent une direction énergique à la science de cette époque. Leurs noms, admirés de leurs contemporains, ont traversé les âges, entourés de la double auréole de la sainteté et du génie. L'Université ne manquait point, sans doute, d'hommes éloquents et érudits; mais aucun ne pouvait lutter contre ces géants de la scolastique. Le franciscain anglais Roger Bacon (1214-1294), surnommé Doctor mirabilis, substitua le premier la philosophie expérimentale à la méthode purement spéculative. Les résultats qu'il obtint paraîtraient incroyables, même avec les ressources dont dispose la science moderne. Ses contemporains attribuèrent sa science et ses merveilleuses découvertes à un pouvoir surnaturel. Ses principaux ouvrages sont : YOpus majus, qu'il adressa au pape Clément IV, son protecteur et son ami. Il en fit deux refontes successives, sous les noms d'0/?t« minus et à'Opus tertium. Ces deux derniers sont restés manuscrits. — Epistola de secretis operibus naturœ et artis et de nullitate magiœ. — Spéculum aie Mmicum. — On attribue à Roger Bacon l'invention de la poudre à canon, ^Ue des verres grossissants, du téluscope, de la pompe à air et
d'une substance combustible, analogue au phosphore; on trouve du moins, dans ses écrits, des passages où ces diverses inventions sont assez exactement décrites. — Un autre Anglais, franciscain, Alexandre de Halès, élève de l'Université d'Oxford, vint étudier à Paris la théologie en même temps que le droit canon et mérita bientôt, par sa logique serrée et précise, les surnoms de Doctor irrefragabilis et de Fons vitœ. On disait de lui qu'il devait à la sainte Vierge toute sa science; et que, désespérant un jour de triompher des difficultés de l'étude, la Reine des anges, qu'il avait invoquée, lui avait ouvert les trésors du génie. Malgré les nombreux obstacles que l'Université de France multipliait sous ses pas, Alexandre de Halès obtint une chaire de théologie à Paris. Le premier, il commenta le livre des Sentences de Pierre Lombard. Ses travaux sur la Métaphysique d'Aristote et l'Ecriture sainte, sont restés comme des monuments de sa profonde érudition et de son infatigable activité (1215). — Jean Duns Scot, originaire du Northumberland, avait étudié, suivant Trithemius, sous Alexandre de Halès. Il professa, à Paris et à Cologne, avec la plus grande distinction, et fut surnommé le Docteur subtil {Doctor subtilis). Les Franciscains opposèrent sou autorité à celle de saint Thomas d'Aquin. S'iHui est inférieur sous le rapport du génie, il l'égale quelquefois par la puissance de sa dialectique; mais la subtilité de son esprit, jointe à l'obscurité de son langage , rend la lecture de ses ouvrages très difficile. Avec Duns Scot, commença la lutte des Thomistes et des Scotistes. Toute l'école, attentive à leurs débats, se partagea entre eux; il fut impossible d'appartenir à l'un ou à l'autre des deux ordres, dominicain ou franciscain, sans embrasser, par le fait, ou le Thomisme ou le Scotisme. En philosophie, Duns Scot admettait le réalisme, et disait que les universaux, seuls êtres réels, forment les individus par l'intervention d'un principe particulier, qu'il nommait principe d'individua- /ton, ou hœccéité. En théologie, saint Thomas et les Dominicains soutenaient les principes rigoureux de saint Augustin, sur la grâce et les dogmes qui s'y rattachent; tandis que Scot elles Franciscains adoptaient des opinions moins sévères. Enfin, lcS Domimcains niaient l'immaculée conception de la sainte Vierge,