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que leurs adversaires défendaient avec ardeur. Cette rivalité eut quelques avantages, en excitant des discussions sérieuses et approfondies sur plusieurs points de doctrine , et en empêchant les opinions trop exclusives, quoique trop souvent la discussion dégénérât en aigreur. — Né à Bagnaréa, en Toscane, Jean Fidanza, surnommé Bonaventure, général des Franciscains, professa la théologie à Paris et reçut le titre de Docteur séraphique (Doctor seraphicus). Son âme n'était pas moins an gélique que son génie, et son maître, Alexandre de Halès, disait souvent de lui : Vents Israelita, in çuo Adam non peccassevidetur. Ce qui domine dans les écrits de saint Bonaventure , c'est la direction pratique; néanmoins, ils allient l'élément mystique à la méthode spéculative, comme le prouve l'ouvrage si remarquable sur Je rapport des sciences avec la théologie , intitulé : Reductio artium liberalium ad theologiam. De ses deux manuels (Ccnliloquium et Breviloqxdum) , Gerson estimait surtout le dernier. C'est une exposition serrée et complète de la Dogmatique, dont le célèbre chancelier recommandait la lecture aux jeunes théologiens, comme spécialement propre à échauffer leur cœur et à éclairer leur intelligence. Les œuvres du Docteur séraphique ne forment pas moins de six volumes in-folio. A ces occupations scientifiques, saint Bonaventure sut joindre une grande activité pour le bien général de l'Eglise. Le pape Grégoire X employa ses lumières dans les circonstances les plus graves et le nomma cardinal , malgré son humble résistance. On sait que le légat , chargé de lui remettre les insignes de sa dignité, trouva le Docteur séraphique occupé aux plus viles fonctions, sous les ordres du frère cuisinier. Saint Bonaventure mourut à Lyon (1274) , pendant la durée du quatorzième concile général, au milieu de ses travaux inachevés et dans la force de l'âge. Le deuil universel de tous les membres du concile fut le plus bel éloge qui honora cette tombe illustre. Grégoire X, les patriarches de Constantinople et d'Antioche , marchaient à la tête du cortège funèbre , et versaient des larmes sur la tombe du saint. On le canonisa en U82. — Cependant les Dominicains comptaient dans leurs rangs des docteurs non moins illustres. Vers l'an 1228, dans l'abbaye de Royaumont, saint Louis discernait un religieux que
les moines, ses frères, avaient surnommé le Dévoreur de livres [librorum helluo). C'était frère Vincent de Beau vais, que le roi nomma bientôt son bibliothécaire, et qu'il chargea de recueillir les livres les plus rares et les plus précieux. L'ouvrage de Vincent de Beau vais, intitulé : Spéculum historiale , naturale , morale, est une véritable encyclopédie, où toutes les con naissances du temps ont été résumées. On est frappé d'admiration, à la vue d'un pareil monument élevé à la science d'une époque, par un simple moine, qui n'avait pas, comme de nos jours, les ressources de l'imprimerie, ni d'une collaboration intelligente, pour mener à bonne tin cette œuvre gigantesque. Vincent de Beauvais songeait à compléter son ouvrage par une quatrième partie, qui eût été appelée : Spéculum doctrinale; mais la mort vint le prévenir : il s'endormit en paix, l'an 1264, laissant au monde le souvenir d'une science presque sans égale et de vertus qui lui firent donner le titre de bienheureux , par quelques-uns de ses contemporains. — Un autre enfant de saint Dominique, Albert, surnommé le Grand, de la famille des comtes de Vollstœdt, successivement professeur de théologie à Paris et à Cologne, provincial des Dominicains, et, enfin, évèque de Ratisbonne, avait étudié à la célèbre Université de Padoue. L'étendue de ses connaissances en fit la merveille de son siècle. Ses œuvres sur la philosophie, la théologie, le droit, l'Ecriture sainte, la physique, la chimie et l'histoire naturelle, ne forment pas moins de vingtun volumes in-folio. Albert-le-Grand , et c'est là son plus beau titre de gloire, fut le maître de saint Thomas d'Aqnin. Il avait remarqué le génie, la pénétration singulière, le jugement solide et le savoir profond de ce jeune homme, que ses condisciples appelaient, en raillant, le Boni f muet, à cause de sa taciturnité. « Un jour, les mugissements du Bœuf muet, disait-il , seront » entendus de tout l'univers. » — Saint Thomas d'Aquin, surnommé le Docteur angélique [Doctor angelicus), devait, en effet, instruire toutes les générations et mériter les titres de Docteur universel, à' Ange de Fécole, que la reconnaissance des théologiens lui a décernés. La Somme de saint Thomas est l'œuvre la plus étonnante du génie humain. Par malheur, ce monument de la science théologique n'est point achevé. Saint Thomas le divisa