‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 200 sur 324 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

en effet, le projet d'une nouvelle croisade. Mais ses efforts furent inutiles et échouèrent contre l'indifférence générale. Cette préoccupation absorba toute sa sollicitude, avec celle de la réunion définitive de l'Eglise grecque, réunion qui semblait se préparer de loin. L'empereur grec, Michel Paléologue, qui avait repris possession de Constantinople , redoutait singulièrement Charles d'Anjou, roi de Sicile, dont les armes s'étaient déjà tournées plus d'une fois sur les provinces illyriennes. Soit motif politique, pour engager le Pape à une intervention bienveillante, soit désir sincère de faire rentrer ses sujets dans la grande unité catholique , il travailla, avec la plus grande persévérance et malgré les nombreuses préventions des Grecs, à ramener les évêques de ses Etats à des pensées de conciliation. Le pieux et savant Veccus, bibliothécaire impérial, qui fut depuis élevé sur le siège de Constantinople, seconda, de tout son pouvoir, Michel Paléologue dans sa difficile entreprise. Des ambassadeurs furent envoyés à Grégoire X pour l'informer de ces favorables dispositions.

39. Afin de donner à la réconciliation un caractère plus solennel, et de prêcher la croisade sur un plus grand théâtre, le Pape convoqua, dans la ville de Lyon, le quatorzième concile général . « Nous aurions pu, dit-il dans sa circulaire aux princes et aux » évêques de la chrétienté, fixer le lieu de la réunion dans notre » ville de Rome; mais les princes de l'Occident auraient eu peine i à s'y rendre, et la Terre-Sainte n'eût pas trouvé autant de dé- » fenseurs. C'est là le motif qui nous a fait choisir, au-dela des » monts, une ville connue pour sa fidélité et son dévouement au » Saint-Siège, et déjà célèbre par la tenue du treizième concile » œcuménique. » Cinq cents évêques, de toutes les parties du monde catholique, deux patriarches latins, Pantaléon de Constantinople et Opizon d'Antioche, Philippe-le-Bardi , roi de France, Jacques II, roi d'Aragon, les ambassadeurs d'Allemagne , d'Angleterre , de Sicile et des royaumes du nord de l'Europe, plus de mille abbés ayant rang de prélats, se rendirent à Lyon pour le concile, qui s'ouvrit le 2 mai 1274. Grégoire X, en présence de cette assemblée , la plus imposante et la plus auguste de l'univers, officia pontificale nient ; et dans un discours où il prit pour texte les paroles de. l'Evangile : Dcsiderio deside-

380 Grégoire x (1271-1276).

ravi hoc pascha manducare vobiscum, il exposa les raisons pour lesquelles il avait réuni le concile : 1° la croisade; 2° la réunion des Grecs ; 3° la réformation des mœurs. Suivant le vœu du souverain Pontife, on décréta d'abord qu'il serait accordé des secours considérables pour la Terre-Sainte. « Nous les avons vus » nous-mêmes, dit Grégoire, les malheurs de ces généreux pèi> lerins. Nous avons suivi, une à une, toutes leurs souffrances. » Leur courage est plus grand encore que leurs fatignes ; leur » piété est au-dessus des revers. Comme les guerriers de Gode- » froi de Bouillon, ils sont les dignes enfants de la croix. Allons » donc , nous aussi, délivrer la Palestine. Il ne s'agit point de » fonder de nouveaux royaumes dans les provinces d'Asie , ou » d'aller attaquer les souverains infidèles de l'Afrique. Nous » marcherons à la conquête du saint sépulcre ! » On répondit à l'ardeur de l'héroïque Pontife, en ordonnant des levées d'argent et des dîmes, au profit de la croisade, dans les divers Etats de la chrétienté. Mais ce n'était point de l'or , c'était des soldats qu'il demandait. Les soldats firent défaut ; le temps des croisades était passé. Cependant, le 1er juillet , le Pape officia pontificalement, en présence des Grecs et de tout le concile. L'Epître et l'Evangile furent lus en grec et en latin. Le symbole de la foi fut également chanté dans les deux langues, et Ton répéta à trois reprises l'addition fameuse : Qui a Pâtre Filioque procedit. Saint Bonaventure fit un discours sur l'unité de l'Eglise catholique. Après la messe, on lut les lettres de Michel Paléologue et des évèques grecs, contenant une profession de foi entièrement orthodoxe. Le Pape y était appelé : Premier et souverain Pontife , Pape œcuménique , Père commun de tous les chrétiens. George Acropolite, ambassadeur impérial, représentant Michel Paléologue, prononça, au nom de son maître, le serment suivant : « J'abjure le schisme, pour mon maître et pour moi. Je r> crois de cœur et je professe de bouche la foi catholique, ortho- » doxe et romaine; je promets de la suivre toujours, sans jamais » m'en écarter. Je reconnais la primauté de l'Eglise de Rome, » et l'obéissance qui lui est due; je confirme le tout par mon » serment, sur l'âme de l'empereur et la mienne. » Après cette déclaration solennelle, qui mettait fin au schisme de Photius et

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