‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 199 sur 324 · CHAPITRE ne · texte numérisé non relu

CHAPITRE ne

36. Cependant on poursuivit le siège de Tunis, et les Sarrasins, vaincus, demandèrent la paix. Philippe-le-Hardi, fils de saint Louis, et Charles d'Anjou, roi de Sicile, conclurent avec Mostanser une trêve de dix ans, à des conditions favorables pour la religion. Ils ramenèrent ensuite leur armée en Europe. Le prince Edouard d'Angleterre n'avait point renoncé au projet de secourir les chrétiens de Jérusalem : il vint débarquer en Palestine avec ses troupes. Les chevaliers du Temple et de l'Hôpital se joignirent à lui et ils remportèrent ensemble quelques avantages sur les Infidèles ; mais la mort de Henri III rappela le prince Edouard en Angleterre (1272). La huitième et dernière croisade était terminée. Tous les efforts tentés depuis par les Papes pour ranimer en Europe l'ardeur des guerres saintes, furent stériles, et les chrétiens de Palestine, abandonnés à leur propre faiblesse, succombèrent enfin sous la puissance des Mameluks. Ils perdirent successivement les villes et les forteresses qu'ils possédaient encore sur le littoral. Tortose, Laodicée, Tripoli, tombées entre les mains des Infidèles, sont saccagées et ruinées. Enfin, en 1291, le sultan Khalil-Archraf vient assiéger Saint- Jean-d' Acre à la tête de deux cent mille Sarrasins. Ce dernier asile des chrétiens succombe, et l'empire des Francs est anéanti dans l'Asie. Le reste des trois ordres de chevaliers se retira dans l'île de Chypre, qui formait alors un royaume latin indépendant.

37 . Si l'on jugeait les croisades par ce triste résultat , on n'y verrait qu'une suite de malheureuses expéditions , de désastres et de guerres inutiles. Ainsi les ont jugées et les jugent encore des esprits superficiels ou étrangers à ces lois supérieures de la Providence , que la doctrine catholique peut seule nous révéler. Pour les apprécier à leur véritable point de vue, il faudrait montrer l'influence que ces expéditions lointaines et religieuses exercèrent sur les peuples, en domptant leur énergie encore barbare; sur les grands, en les forçant à la paix intérieure ; sur toute l'Europe, en lui donnant l'unité politique par la fusion des populations, et par une communauté de vues et d'intérêts; enfin , sur le commerce et l'industrie, en établissant des communications fréquentes et régulières entre l'Orient et l'Occident, « Lorsque , » dans le moyen âge , dit M. de Maistre, nous allâmes en Asie,

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d l'épée à la main , pour essayer de briser, sur son propre ter- » rain , ce redoutable croissant qui menaçait toutes les libertés » de l'Europe , les Français furent à la tête de cette mémorable » entreprise. Un simple particulier qui n'a légué à la postérité » que son nom de baptême, orné du modeste surnom de VErd mite, aidé seulement de sa foi et de son invincible volonté, » souleva l'Europe, épouvanta l'Asie, brisa la féodalité, anoblit » les serfs, transporta le flambeau des sciences et changea l'Eu- » rope. » Tels sont les vrais points de vue sous lesquels il convient d'envisager les croisades pour reconnaître, en dehors des considérations purement chrétiennes, les immenses avantages que l'humanité et la civilisation en ont retirés. -

§ Ponciaeat de Grégoire X (t« septembre 1171-10 janvier 1*76).

38. Philippe m le Hardi traversa l'Italie pour revenir en France. Il rapportait à Saint-Denis cinq cercueils contenant les ossements du roi , son père; du comte de Nevers , son frère; du roi de Navarre, son beau-frère; de Jeanne d'Aragon, sa femme, et de l'enfant auquel, en mourant, elle avait donné le jour. Jamais la nécropole des rois n'avait vu à la fois tant de dieul. En passant à Viterbe, Philippe-le-Hardi avait prié les cardinaux de terminer enfin l'élection pontificale, et de donner à l'Eglise un Pasteur suprême. Le 1" septembre 1271, les suffrages, si longtemps partagés, se réunirent, par l'influence de saint Bonaventure , sur 1* archidiacre Théobald de Visconti , qui se trouvait alors, en qualité de légat apostolique, à la suite du prince Edouard, en Palestine. Le nouveau Pape reçut l'acte de son élection à Saint-Jean-d'Acre , le 27 octobre, et prit le nom de Grégoire X. Cette promotion fit espérer aux chrétiens de la Terre-Sainte des jours meilleurs. Dans un discours qu'il adressa au peuple de Ptolémals, avant de s'embarquer, le nouveau Pape s'écria avec le Psalmiste : « Si jamais je t'oublie, 6 Jérusalem! » que ma main droite soit oubliée ! Que ma langue s'attache à » mon palais , si je ne te garde pas en mon souvenir , si je ne a mets pas Jérusalem au commencement de toutes mes joies! » Pendant toute la durée de son pontificat, Grégoire X poursuit»

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