‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 21 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

d'horloges qui sonnassent l'heure pendant la nuit, on supposait que le chaut du coq marquait minuit en été, et qu'en hiver, où les nuits sout plus longues, ce chant n'indiquait pas aussi probablement cette heure. // est défendu de porter aucune épée dans r église, si ce n'est l'épée royale. Dans un siècle de guerre , où tout le monde était armé, cette prohibition prévenait les luttes sacrilèges dont les églises pouvaient parfois devenir le théâtre. Défense de jeter un corporal dans le feu pour éteindre un incendie. C'était là une pratique que la foi exagérée et superstitieuse de cette époque avait fait prévaloir, et contre laquelle l'Eglise s'élevait sagement par la yoîx de ses évêques. EnCn, ou déclare que le pèlerinage de Home ne saurait, en aucun casy efcspenser les pécheurs publics d'exécuter la pénitence canonique qui leur aura été imposée. L'abus d'une sainte coutume , celle des pèlerinages pieux , était ainsi réprimé, dès sa naissance , par l'Eglise, toujours attentive à prévenir le désordre, et à entretenir les fidèles dans le milieu d'une prudente et mutuelle édification.

33. L'année même du concile de Sélingstadt, on en tint un autre à Orléans pour étouffer dans son berceau une secte abominable, qui se formait au centre de la France. U y avait à Orléans deux prêtres, Etienne et Lisoie, en grande réputation de doctrine et de sainteté, connus et fort estimés du roi Robert-le-Pieux. Us se laissèrent séduire par une aventurière italienne, qui alliait aux apparences de la piété les pratiques des Manichéens et des anciens Gnostiques. La corruption du cœur mène rapidement à celle de l'esprit. Cette contagion infecta bientôt les principaux membres du clergé d'Orléans. La doctrine des nouveaux sectaires était digne de leur morale. Us enseignaient à leurs initiés que le ciel et la terre, éternels de leur nature, n'avaient ni cause ni commencement; que l'Evangile n'était qu'une pieuse fable destinée à séduire l'intelligence des peuples; qu'il était inutile de prier les saints; que les œuvres de la foi et de la dévotion chrétienne étaient un travail inutile, dont il n'y avait aucune récompense à espérer, comme il n'y avait aucun châtiment à craindre pour les excès les plus désordonnés de la volupté. Leurs assem- Uêes nocturnes renouvelaient les monstrueuses orgies des anciens Gnostiques. Cette secte était une effusion de l'esprit de péché el

32 benoît vin (1012-1024).

de ténèbres sur le monde. A la nouvelle de ces effroyables désordres, le roi Robert se rendit à Orléans, accompagné d'un grand nombre d'évêques. Tous les sectaires furent arrêtés, et on instruisit leur procès. Les lois civiles punissaient de la peine du feu les associations de ce genre. Etienne et Lisoie , interrogés, bannirent toute retenue : en présence des juges, ils traitèrent nos mystères les plus sacrés d'inventions humaines, de contes puérils, « qu'on peut, disaient-ils, tracer sur des peaux d'animaux » (le parchemin dont on se servait alors pour écrire) ; mais qui » n'entreront jamais dans nos esprits, où le Seigneur a gravé » lui-même sa loi véritable. » Comme on les pressait de renoncer à leurs égarements, ils répondirent que, puisque au lieu d'embrasser la vérité, on ne tendait qu'à la leur faire abjurer, il était temps de mettre fin à des efforts inutiles; qu'on pouvait faire d'eux tout ce qu'on voudrait. « Il y va du feu, leur répliqua-t-on; » si vous ne changez au plus tôt, vous «liiez être brûlés vifs : la » roi ne peut plus refuser cette justice à l'ordre public. » Ils demeurèrent inébranlables, et furent brûlés au nombre de quinze. La rigueur déployée par Robert, contre des sectaires aussi pernicieux à la chose publique qu'à la religion, préserva de la contagion les états de ce prince. Elle se glissa dans quelques endroits de l'Aquitaine; mais le duc Guillaume Y, fils de Guillaume Bras-de-Fer, n'en fit pas une justice moins rigoureuse. Les hérétiques furent si vivement poursuivis dans tous ses domaines, qu'ils se dispersèrent dans les provinces voisines, et y prirent des dehors moins capables d'exciter l'horreur générale. Tel fut le premier germe de l'hérésie des Albigeois, au midi de la France.

34. Cependant l'Eglise, toujours féconde, produisait un nouveau rameau de sanctification et de vie religieuse. Saint Romuald fondait en Italie l'ordre des Camaldules, dans une pittoresque vallée des Apennins, nommée Campo-Malduli, au diocèse d'Arezzo. D'une naissance illustre, allié à la famille des ducs de Ravenne, saint Romuald avait renoncé de bonne heure aux espérances du monde, pour se consacrer dans la solitude au service de Dieu. Sa réputation de sainteté et de vertu lui attira bientôt une foule de disciples. Les princes, les seigneurs et le peuple le consultaient comme un oracle. L'ordre des Camaldules qu'il

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