CHAPITRE PREMIER
triomphant à Rome. De nouveaux ennemis ne tardèrent pas à attiier sa sollicitude.
30. L'empire grec de Constantinople possédait encore quelqnes villes dans la basse Italie, qu'il faisait administrer par un gouverneur. Ce dernier élevait des prétentions sur les domaines du Saint-Siège ; il dévastait les principautés de la Pouille , et affichait l'intention de reconquérir l'influence byzantine dans toute l'étendue de la Péninsule. Le Pape envoya contre lui Raoul, prince de Normandie, qui harcela les Grecs, les vainquit et les força de se retirer de la Pouille. Ce premier pas fait par les Normands sur le sol d'Italie, aura, nous le verrons dans la suite, de graves conséquences. Cependant, les succès de Raoul ne parurent point au Pape une garantie suffisante contre les invasions ultérieures des Grecs. Il prit la résolution d'aller trouver l'empereur saint Henri, pour lui exposer l'état des affaires. L'entrevue eut lieu, le 14 avril 1020, dans la ville de Ramberg, dont Benoit VIII consacra, à cette occasion, la cathédrale. En mémoire de cet événement solennel , Henri H donna la ville et l'évêché de Bamberg au Saint-Siège, sous la redevance annuelle d'un cheval blanc et de cent marcs d'argent (1). Les plus hautes questions politiques et religieuses furent agitées entre les deux augustes visiteurs. Les abus qui s'étaient introduits dans le clergé, l'oubli des règles canoniques sur le célibat des clercs, et les désordres qui en étaient la suite, furent l'objet de mesures efficaces de la part du Pape et du souverain. Le concile de Pavie , réuni au mois d'août 1020, confirma les dispositions prises de concert entre les deux autorités spirituelle et temporelle. On rappela les canons du concile de Nicée, les décrétâtes de saint Sirice et de saint Léon, relatives à la continence des clercs; et des peines temporelles furent décernées contre les transgresseurs.
31. Enfin, Tan 1022, en conséquence des promesses qu'il avait faites au Pape, saint Henri H s'avança avec une armée consi-
conlre lui autant de milliers de soldats. Le Pontife, pour répondre à celle ridicule bravade, renvoya au musulman un sac de millet, et lui fit dire que s'il n'était pas content de son premier brigandage , il vint une seconde fois , et qu'il trouverait autant ou plus de vengeurs, (t) C'est sans doute une des premières origines du tribut de la haquenée.
30 benoît vm (1012-1024).
dérable contre les Grecs, qui menaçaient l'indépendance de Rome et de toute l'Italie. Bénévent, et toutes les places qui tenaient pour l'empire byzantin, furent promptement soumises; le prince de Capoue , Pandolfe , l'un des chefs du parti d'outremer, se rendit, sous la promesse d'avoir la vie sauve. Troie, dans la Pouille, refusa seule d'ouvrir ses portes, dans l'espérance d'un secours prochain , dont l'empereur Basile lui avait fait donner l'assurance ; mais après trois mois de siège , les habitants, réduits à leurs seules forces, se décidèrent à implorer la clémence de saint Henri. Ils lui envoyèrent, comme la plus touchante dépntation, tous les enfants de la ville, qui se prosternèrent aux pieds de l'empereur d'Allemagne en criant, en grec : Seigneur ayez pitié de nous! La raison politique
l'emporta d'abord sur le sentiment dans le cœur du souverain , qui répondit : « Ce sont les pères de ces pauvres enfants qui , » par leur obstination, sont la première cause de leur infortune. * Mais en entendant les supplications de ces intercesseurs innocents, saint Henri II s'attendrit. Il s'écria, en versant des larmes : « Oui, dites à vos pères que j'aurai pitié de ce peuple! » La ville révoltée fut reçue à composition, et la tranquillité rétablie dans toute la Péninsule italique. L'empereur et le Pape se revirent encore une fois à l'abbaye du Mont-Cassin, et achevèrent de régler, de concert-, tout ce qui concernait l'état politique de l'Occident. Ils se séparèrent ensuite pour ne plus se retrouver sur la terre.
32. A son retour dans ses états, le saint empereur fit tenir, à Sélingstadt, un concile dont certains canons présentent de l'intérêt, et fournissent de curieux détails sur les mœurs et la discipline ecclésiastiques au xi* siècle. On défend aux prêtres de célébrer plus de trois messes par jour. La dévotion les portait alors à multiplier l'oblation du saint sacrifice autant de fois qu'ils le pouvaient Ce ne fut que plus tard que la discipline, actuel— lement en vigueur , fut définitivement fixée sur ce point. — Le prêtre gui aura pris quelque nourriture ou quelque ôoisson la nuit, après le chant du coq , si c'est en été, ne célébrera point la messe le lendemain ; si cyest en hiver , il ne pourra dure la messe que dans le cas de nécessité. Comme on n'avait point encore