‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 226 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ecclésiastiques; de s'approprier les revenus des églises vacantes, abus qui n'en est pas moins odieux, quoiqu'il Tait décoré du nom de régale ; d'altérer les monnaies; d'accabler ses sujets d'impôts intolérables. «Nous avons souvent, poursuit le Pape, » mais toujours sans succès, averti Philippe pour le ramener au » devoir. Cest pourquoi nous ordonnons aujourd'hui à tous les » évêques, abbés et docteurs de France, de se rendre auprès de » notre personne, au mois de novembre de la prochaine année » (1302), afin de pouvoir, aidé de leur concours, aviser aux ré- » formes du royaume et au rétablissement du bon ordre. » Telle est, quant à la substance, cette bulle, objet de tant de récriminations. Le ton en est vigoureux mais modéré jusque dans les reproches. On l'a accusée d'être injurieuse à la majesté des rois, et de contenir celte maxime, inouïe avant Boniface VU : « Que ï> le Pape, en sa qualité de vicaire de Jésus-Christ sur la terre, » est le maître de tous les royaumes du monde (1). » Or, le souverain Pontife n'y dit point que le Pape soit le maître des royaumes , mais que le Pape est élevé au-dessus de ceux qui gouvernent les royaumes , pour les forcer à suivre les voies de la justice. Aux yeux de tout observateur impartial , dans la bulle Ausculta, fili, Boniface VIII prenait en main les intérêts des sujets contre les exactions et les violences d'un roi légitime, sans doute, mais abusant de son autorité. Dans le système politique qui dominait alors l'Europe, Boniface VIII n'était pas seulement dans son droit : il accomplissait un devoir rigoureux, et s'il y eût manqué , il n'y aurait pas eu assez de voix, dans l'école philosophique, pour flétrir sa faiblesse et sa condescendance. « Combien il serait heureux, dit à ce sujet un écrivain protestant, » M. de Sismondi , que les peuples et les souverains recon- » Dussent aujourd'hui au-dessus d'eux un pouvoir venu du Ciel, * qui les arrêtât dans la route du crime ! Combien il serait à dé- » sirer que les Papes reprissent leur ancienne autorité, et qu'un » interdit ou une excommunication, firent encore trembler les » rois et les royaumes, comme au temps de Grégoire VII î » Le 11 février 1302 , Philippe-le-Bel fit brûler la bulle pontificale ,

(1) Baillet , Histoire du démêlé, etc. , pages 96 et suit.

430 bomface vm (1294-1303).

eu présence de toute la noblesse qui se trouvait alors à Paris. Pierre Flotte, son ministre, fit fabriquer et répandre parmi le peuple, une fausse bulle, où il faisait dire au Pape que le royaume de France était un fief du Saint-Siège, et que le roi était son vassal. Boniface VIII et tous les cardinaux , réunis en consistoire, protestèrent en vain contre la fausseté de cette pièce apocryphe. Philippe-le-Bel, pour le besoin de sa cause, persista à la faire passer pour authentique, et il y répondit par une parodie injurieuse, dont les termes mêmes répugnent à la gravité de Thistoire. Il ne s'en tint pas là. Le 10 avril suivant, les Etats généraux du royaume s'ouvrirent, par son ordre, dans l'église de Notre-Dame. Pierre Flotte, devenu, depuis son retour de Rome, garde des sceaux, fut l'àme de cette assemblée. Il débuta par un long et artificieux discours, dans lequel il résumait les plaintes du gouvernement contre le souverain Pontife. « Il pré- » tend, dit-il, assujettir le roi de France au pouvoir du Saint- » Siège; mais ce monarque proteste ici, devant vous, qu'à » l'exemple de ses illustres ancêtres, il ne reconnaît pour supé- » rieur que Dieu seul; et il vous supplie, comme amis et comme » seigneurs, de lui prêter une assistance énergique, pour le » maintien des antiques libertés de la nation. » Pierre Flotte, on le voit, se constituait l'avocat de ce qu'on a appelé plus tard les Libertés de l'Eglise gallicane. Quand on en vint aux voix , les barons, les syndics et les procureurs des communes, après une secrète et courte délibération, répondirent unanimement qu'ils étaient prêts à faire le bon plaisir du roi, et à lui sacrifier, nonseulement leur fortune, mais encore leurs personnes et leur vie. Une pareille adhésion ne surprendra point, si Ton veut se rappeler que la noblesse, coupable des mêmes exactions que le prince, avait le même intérêt que lui à les défendre. Quant aux syndics et aux procureurs des communes, ils étaient encore trop faibles pour songer à élever une opposition. Les suffrages du clergé ne furent pas aussi faciles à obtenir. Plus désintéressés que la noblesse, plus indépendants que les communes, les évêques ne se dissimulaient pas que la pensée du gouvernement était de leur faire partager la solidarité d'une grande injustice. Ils cherchèrent, par des paroles conciliantes, à adoucir l'esprit du roi et

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