‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 225 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

France, l'avait porté sur le trône pontifical , à coup sùr il aurait parlé comme parlait Boniface VIII dans cette bulle qui ne différait , ni pour la forme , ni pour le fond , des anciennes décrétées des Papes ; mais, chef d'une puissante monarchie, ce prince n'entendait que le langage de la soumission et de l'obséquiosité. Le décret pontifical l'exaspéra; il y répondit par un édit royal qui défendait , à tout étranger, l'entrée du royaume de France; interdisait tous les appels au Saint-Siège et l'envoi de tous les subsides, ou secours en argent, adressés au souverain Pontife. On pouvait croire qu'une telle violence allait attirer les foudres du Saint-Siège sur l'imprudent monarque : il n'en fut rien. Avant d'en venir aux mesures extrêmes, Bonifao*- VIII voulait épuiser tous les moyens de conciliation. La bulle Ineffabilis qu'il expédia au roi, immédiatement après la publication de l'édit, est l'expression de la plus noble indulgence et de la plus touchante miséricorde. « Le temps est bien mal choisi, dit-il, » pour susciter une querelle au vicaire de Jésus-Christ, lorsque, d depuis notre avènement, nous consacrons toute notre sollici- » tuàe à veiller sur vos intérêts et à réconcilier, par une paix )> honorable, la France et l'Angleterre. Nous n'avons pas statué » que les ecclésiastiques ne dussent point contribuer à la défense » et aux nécessités du royaume; mais nous avons dit qu'il y avait » besoin, en cela, de notre permission expresse pour mettre un » terme à l'intolérable oppression dont vos officiers accablent le » clergé. Dans un cas urgent nous ordonnerions nous-même, » aux ecclésiastiques, les contributions nécessaires; et, s'il le fal- » lait, nous ferions plutôt vendre les vases sacrés et les croix des » églises que d'exposer au moindre danger un royaume comme » la France, de tout temps si cher et si dévoué au Saint-Siège. » Ce noble langage ne toucha point Philippe-le-Bel; sa fierté ne pouvait plier à aucune concession. Cependant Boniface VIII, pour fléchir le caractère indomptable du monarque , publia le décret de canonisation de Louis IX, aïeul de Philippe-le-Bel, dont le procès durait depuis vingt-cinq ans. La génération , qui avait été témoin des vertus du saint roi, n'était point encore descendue dans la tombe. A la nouvelle que l'objet d'une si récente admiration allait devenir celui du culte de l'Eglise, uneinex-

428 boniface vin (1294-1303).

primable allégresse éclata dans toute la France. Entraîné par l'élan général, Philippe-le-Bel céda enfin. L'exécution des ordonnances royales fut arrêtée. Boniface VIII fut déclaré arbitre souverain entre la France et l'Angleterre, et la bonne harmonie parut rétablie entre les deux puissances , spirituelle et tcnporelle.

9. Les guerres entre les personnes se pacifient, parce que le? haines s'effacent. Les guerres de principes ne se pacifient jamais, parce que les principes demeurent. Quand l'évêque de Durham, légat du Saint-Siège, porta à Philippe-le-Bel ladéd* I sion arbitrale , prononcée par le souverain Pontife , le roi de France souffrit que le comte d'Artois, son frère, l'arrachât des mains du légat et la jetât au feu en sa présence , tandis que luimême déclarait qu'il n'accomplirait aucun de ses articles. Un second légat, Bernard de Saisset, évêque de Pamiers , envoyé par le Pape à Philippe-le-Bel, fut jeté en prison. Sommé de» justifier sur cet acte inqualifiable, le roi de France fit partir pour Borne Pierre Flotte , l'indigne ministre de ses exactions. Etranger aux plus simples convenances, ce négociateur ne porta au Pontife que des paroles d'insolence et d'arrogant dédain. Boniface VIII lui ayant fait entendre qu'il avait en main, comme chef suprême de l'Eglise, la double puissance temporelle et spirituelle, Pierre Flotte répondit : « Fort bien, saint Père; mais » celle de votre sainteté est seulement nominale, tandis que celle » de mon maître est réelle. » A cette imprudente bravade, le Pape répondit, en révoquant toutes les grâces et tous les privilèges concédés au roi, pour la défense de ses Etats, et en publiant la fameuse constitution : Ausculta, fili, contre laquelle toutes les fureurs du gallicanisme se sont déchaînées . « Que le roi De » se persuade point qu'il n'ait de supérieur que Dieu sur la terre, » et qu'il ne soit point soumis à la puissance du Pape. Celui <p » pense ainsi est un infidèle. » Après ce préambule, lePaj* énumère tous ses griefs contre le roi de France. Il lui reproche de pourvoir aux bénéfices sans la permission du Saint-Siège; de ne vouloir, soit au dedans, soit au dehors de son royaume? d'autre juge que lui-même des injustices et des violences qui se commettent en son nom ; de saisir arbitrairement les biens

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