CHAPITRE PREMIER
nioignages contemporains n'étaient là pour en révéler l'odieux mystère. L'emprisonnement des religieux italiens qui se trouvaient alors dans le royaume , celui des abbés de Citeaux , de Cluny, de Prémontré, nous apprennent à quoi s'exposaient ceux qui osaient résister aux ordres du roi. La violence achevait ce que la calomnie avait commencé.
11. L'audace de Philippe-le-Bel devait aller plus loin. Le souverain Pontife était alors à Anagni, sa ville natale. Le 7 septembre 1303, Guillaume de Nogaret et Sciarra Colonna, à la tête d'une troupe de soldats français et gibelins, pénètrent dans la ville, aux cris de : « Mort au Pape, vive le roi de France ! » Les portes du palais sont forcées ; des flots de soldats s'y précipitent , le fer et le feu à la main. « Ouvrez les portes de mes appartements, s'é- » cria le Pape, je saurai mourir pour l'Eglise de Dieu. » S'étant fait ensuite revêtir des ornements pontificaux , la tiare de Constantin en tête, tenant d'une main les clefs de saint Pierre, de l'autre une croix, il s'assit sur le trône papal et attendit ses meurtriers. Sciarra et Nogaret s'approchèrent du Pontife. Le premier, se livrant à la brutalité de son caractère , vomit un torrent d'injures. Quelques historiens ont même affirmé qu'il alla jusqu'à lever une main sacrilège sur la personne du vicaire de Jésus- Christ. Ce qui est certain, c'est que Nogaret, prenant la parole à son tour, menaça le Pape de le conduire à Lyon, enchaîné comme un criminel, pour y subir le jugement du prétendu concile général. « Voilà ma tête, répondit le Pape, je serai trop heureux » de verser mon sang pour la foi de Jésus-Christ et de son » Eglise. » Pendant trois jours, Boniface VIII demeura au pouvoir de ses ennemis , qui le jetèrent dans un cachot et l'accablèrent d'outrages. Le trésor pontifical fut pillé, le palais dévasté, les reliques des saints profanées et dispersées. Mais enfin un terme arriva à tant d'humiliations. L'indignation parla au cœur des habitants d' Anagni. Ils se soulèvent, surprennent les bandes de Sciarra et de Nogaret dans le désordre de leur honteuse victoire, et les chassent de la ville avec leurs chefs. Boniface VIII est porté en triomphe sur le trône qu'il avait honoré par un si noble courage. On lui demanda quel traitement il fallait infliger aux prisonniers. « Je leur pardonne, » dit-il, avec une manm. 28
434 s. benoît xi (1303-1304.)
sué tude sublime. Il reprit immédiatement le chemin de Rome, où il fut accueilli avec des transports d'enthousiasme. Le clergé et le peuple romain étaient fiers de l'héroïsme du Pontife. Mais tant d'orages avaient brisé les forces de l'auguste vieillard. Il vit approcher sa dernière heure avec le courage intrépide qu'il avait déployé devant ses ennemis. En présence d'un nombreux auditoire, il déclara qu'il mourait dans la foi catholique, et rendit à Dieu sa grande âme, le 11 octobre 1303. Telles furent la vie et la mort de ce Pape, si calomnié par tous les écrivains hostiles à la Papauté. Grandeur d'âme, volonté énergique, vastes connaissances, habileté dans les affaires, Boniface VIII réunit toutes les qualités qui font les grands hommes. La religion lui doit l'institution consolante du Jubilé; la jurisprudence ecclésiastique, le sixième livre des Décrétales; la science en général, la fondation de l'université des études, à Rome, connue sous le nom de Sapienza.
I S. Pontificat de saint Benoit XI (22 octobre 1 305-6 juillet 1304)
12. Dix jours après la mort de Boniface VIII, les cardinaux entrèrent en conclave, et sur-le-champ les suffrages unanimes se réunirent sur le cardinal Nicolas Boccassini, qui prit le nom de Benoit XI. C'était, sans contredit, l'un des prélats les plus vertueux et les plus savants du sacré collège. Personne ne s'etonnadeson élévation, excepté lui-même. Formé à l'école de Boniface VIII, Benoît XI en avait les idées. Il était profondément convaincu que le pouvoir pontifical était comme le centre d# sociétés européennes, et il était bien décidé à ne se relâcher sur aucune des prétentions poursuivies par son illustre prédécesseur. Cependant tout était anarchie autour de lui : les Gibelins triomphaient, et l'attentat impie de Nogaret avait été le signal d'une terrible réaction contre l'autorité pontificale. Echappés de l'exil et oe tenant plus aucun compte des sentences qui pesaient sur leurs têtes, les Colonna avaient reparu dans Rome, et avec eux toutes les passions, compagnes de la discorde. La politique de PhuipPe" le -Bel était parvenue à pénétrer dans le sacré collège et s'y fait un parti puissant. Benoît XI, pour se soustraire à tant de