‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 230 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

être poignante, surtout lorsque le nouveau Pontife les eut obligés à venir au-delà des monts, n'aient fait entendre aucune protestation, n'aient élevé aucune plainte sur un fait pareil; il est incroyable que Philippe-le-Bel n'ait jamais invoqué un argument si puissant dans sa main , pour presser l'exécution des articles ainsi jurés; qu'il n'ait jamais rappelé à Clément V son serment, surtout quand ce Pape, au lieu de condamner la mémoire de Boniface VIII, proclama, au contraire, qu'il avait été Pape légitime, et que sa doctrine avait toujours été irréprochable. En présence de tant d'impossibilités matérielles et morales, on est donc en droit d'affirmer que le compromis entre Clément V et Philippe-le-Bel, n'est qu'une fiction mise en avant par l'esprit de parti.

17. Les envoyés du conclave avaient été chargés de remettre à Clément V, outre le décret de son élection , une lettre spéciale dans laquelle les cardinaux, comme s'ils eussent pressenti le dessein du nouveau Pape, le sollicitaient vivement de venir les rejoindre à Pérouse. «Nous vous supplions, disaient-ils, très- » saint Père, de vous rendre dans le lieu de votre siège; car la * barque de Pierre est agitée par les flots, le filet du pécheur se » rompt, la sérénité de la paix a disparu sous les nuages de la » tempête ; les domaines de l'Eglise romaine et les provinces 1 adjacentes sont désolés par la guerre. Père saint! venez nous » secourir par votre présence. » Clément V ne se rendit point à leurs vœux. Il avait été témoin des discordes politiques qui troublaient l'Italie ; il savait que le sacré collège était partagé entre deux factions rivales qui tiraient leur origine des querelles de la Péninsule. Au lieu donc d'annoncer son départ pour l'Italie, il expédia aux cardinaux résidant à Pérouse, l'ordre de se rejidre à Lyon dans le plus bref délai, parce qu'il avait choisi cette ville pour être le lieu de son couronnement. Plus tard, en 1309, il fixa définitivement la cour romaine à Avignon, chef-lieu du Comtat Venaissin, province dépendante alors, comme nous l'avons vu, des domaines pontificaux. Clément V, en prenant c« parti, n'obéissait point à un sentiment de lâche condescendance envers Philippe-le-Bel. La translation du Saint-Siège ne faisait point partie des conditions prétendues, rapportées par Villani.

440 clément v (1305-1314.)

D'ailleurs, la ville d'Avignon n'appartenait pas alors au roi de France. En y fixant sa résidence, le Pape ne quittait point les Etats romains, mais il s'arrachait aux discussions, aux querelles, aux séditions populaires, sans cesse renaissantes en Italie. Depuis un siècle et demi, Rome avait secoué le joug honorable du Saint- Siège; elle était le foyer de toutes les révolutions, le centre de l'anarchie . Elle n'avait pas compris le rôle providentiel qui lui était assigné dans l'histoire du Catholicisme; elle avait voulu être une république comme Pise ou Florence. Au lieu de rester la maîtresse des nations, elle était devenue la risée du monde. Sans le Pape, Rome n'est plus qu'une immense ruine; ses pierres racontent l'histoire du passé et n'ont plus d'avenir. Il fallait que Péloignement momentané des Papes lui donnât cette solennelle leçon de l'expérience . Le reste de l'Italie avait plus ou moins partagé l'ingratitude des Romains. Trop souvent le vicaire de Jésus-Christ avait été trahi ou abandonné pour l'amitié des Césars. L'indigne attentat commis contre Boniface VIII était encore présent à tous les souven rs, et l'on savait que des Italiens n'avaient pas rougi de se liguer avec le roi de France pour outrager la majesté pontificale. Il était temps qu'il se trouvât enfin un Pape pour dire : « Rome n'est plus dans Rome; elle est toute » où je suis. » Ce Pape fut Clément V. La translation du Saint- Siège, qu'il accomplit, fut pour les Romains un châtiment et une leçon. Des conséquences déplorables en résultèrent plus tard ; mais on ne saurait aucunement les faire peser sur la mémoire de Clément V.

18. Le Pape avait à peine pris possession du gouvernement de l'Eglise, que Philippe-le-Bel insista auprès de lui pour obtenir la révocation de toutes les bulles de Boniface VIII, la condamnation solennelle de ce Pape et sa radiation du catalogue des souverains Pontifes. Clément V n'avait pas l'énergie entreprenante de Boniface VIII ; il ne cherchait pas comme lui à dompter les résistances à force ouverte ; mais il avait cette ténacité persévérante du caractère qui use les passions par le temps et la longanimité. Saint Benoît XI avait déjà relevé Philipe-le-Bel des censures ecclésiastiques portées personnellement contre lui : Clément V renouvela cette absolution. Il leva les défenses par-

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