CHAPITRE PREMIFJ
miné Clément V k convoquer un concile général. Le monde catholique était alors exclusivement préoccupé de la suppression d'un ordre religieux et militaire, né des croisades, et auquel les croisades devaient une partie considérable de leur gloire. Cet événement, qui a rendu le concile de Vienne à jamais célèbre, touche de près aux plus ardentes sympathies comme aux plus violentes animosités. Jusqu'à un certain point, il est resté dans le domaine des problèmes historiques. Les pièces les plus importantes du procès nous manquent, et manqueront probablement toujours, pour que nous puissions nous prononcer avec connaissance parfaite de cause. Mais si le fond même de la question est resté obscur, si la solution de la difficulté est intrinsèquement demeurée douteuse, la conduite du souverain Pontife dans cette affaire n'est nullement équivoque; elle est nettement dessinée dans le récit des historiens contemporains. Nous allons essayer de la faire connaître. Il y avait bientôt deux siècles que l'ordre des Templiers florissait dans la chrétienté; son origine se rattachait à la première ferveur des guerres saintes. Dans le principe, il n'avait eu pour but que de protéger les pèlerins contre les attaques et les barbaries des Musulmans, et de veiller à la sûreté des routes qui menaient à Jérusalem. Peu à peu, soit nécessité de résister aux incursions journalières des infidèles, soit goût naturel pour la guerre, cet ordre devint essentiellement militaire. Tant que les Templiers restèrent pauvres, ils furent l'ornement de la religion par leurs vertus, comme ils en étaient le boulevard par leur bravoure ; et quand saint Bernard , au milieu du xn* siècle, célébrait leur dévouement à l'Eglise, leur piété et leur courage, de tels éloges étaient l'expression de la vérité. Mais lorsque les libéralités multipliées des princes les eurent enrichis, les vices qui marchent trop souvent à la suite de l'opulence s'introduisirent parmi eux. Ils perdirent l'esprit de leur institution, et la décadence commença (1). On vit ces mêmes hommes, dont le but avait été d'abord d'imiter la simplicité du Sauveur, étaler une
(1) c Poslquam vero divilias régales impelrâssent Templarii, humano more, quo acridentis fortuuae blanditias insolentcr plerumque accipimus, crislam erexére. » (Guutler , Hist. Temp., p. 248.) — « Ûb superbiam et tyran nidem ferè ab omnibus historicis reprehensi sunt. ■ (Itud.)