‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 233 sur 324 · CLÉMENT V · texte numérisé non relu

CLÉMENT V

scandaleuse magnificence, habiter des palais somptueux et traiter d'égal à égal avec les rois. On vit ces hommes, que la charité seule aurait du animer, joindre à l'orgueil la violence, le brigandage ; dérober les dîmes et prémices destinées aux églises, et porter les mains sur leurs possessions (1). De son temps, Innocent III lui-même se plaignait en 1218 : « que les Templiers » foulaient aux pieds le respect dû au Siège apostolique, et qu'ils » avaient déjà mérité par leur indiscipline de perdre les privi- » léges qu'ils tenaient de sa libéralité (2). » Cependant, tant que dura, en Palestine, la grande lutte des chrétiens avec les Musulmans , les nombreux exploits des chevaliers du Temple, les services éclatants qu'ils rendaient à la cause de la religion, empêchaient qu'on ne s'arrêtât trop sur les accusations auxquelles leur conduite privée pouvait donner lieu. Mais lorsque la chute de Ptolémaïs, en fermant le théâtre de leur gloire, les eut rendus à l'existence paisible du couvent, l'opinion publique, que n'entretenait plus le récit de leurs faits d'armes, se replia sur les bruits désavantageux que la renommée débitait sur leur compte, et qu'alors la vie superbe et mondaine des premiers de l'ordre ne justifiait que trop. Ces bruits circulèrent d'abord timidement; on ne les accueillait qu'avec scrupule, on n'osait les approfondir; mais il se trouva pour les relever le plus terrible des adversaires, Philippe-le-Bel.

20. Le 13 octobre 1307, dans toute l'étendue de la France, sur un édit que les officiers royaux devaient ouvrir le même jour et à la même heure , tous les Templiers , sans en excepter le grand-maître, furent arrêtés, enfermés en diverses forteresses et leurs biens placés sous le séquestre. Ce coup d'Etat fut concerté avec un secret et exécuté avec une précision remarquables. Clément V était alors à Poitiers; il n'avait nullement été pré-

(1) i Neglcctâ humilitate, domino patriarchae Hierosolimitano se subtraxerunt, obedientiam ei dcneganlcs; sed et ecclcsiis Dei décimas et primitias substrahentes, et eorum indebite turbando possessioncs facti sunt valde molesti. » ( Wu- LELMUS Tvr, lib. xxil, cap. 7, vol. it Gesta dei per Francos.)

(2) « Et licet per haec et alia nefanda quae idcirco plenius exaggerare subsistixnus, ne cogamur gravius vindicare, apostolicis privilcgiis, quibus tam enormiter abutunlur, essent merito spoliandi. » (Bulle d'Innocent 111, Dupuis, p. 141.)

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