‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 236 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

» capable de me faire confirmer un premier mensonge par un » second; en présence d'une condition aussi Infâme, je renonce » de bon cœur à la vie. » Guy, dauphin d'Auvergne, fit la même rétractation. Cependant leurs deux coaccusés, Hugues Peyraud, visiteur de France , et Geoffroy de Gonneville , visiteur d'Aquitaine, persistèrent dans leurs premiers aveux. Sur-le-champ, sans passer outre , les cardinaux commissaires remirent les prisonniers entre les mains du prévôt de Paris, et renvoyèrent au lendemain la décision de cet étrange incident. Mais pendant que les juges délibéraient , Philippe-le-Bel , qui venait d'apprendre ce qui s'était passé, sans s'inquiéter du Pape ni de ses représentants, ordonna ïe supplice des deux Templiers réfractaires. En vertu d'un arrêt émané de la cour, Jacques Molay et Guy d'Auvergne furent brûlés vifs, dans une petite île de la Seine qui forme maintenant le terre-plein du Pont-Neuf (11 mars 1314). Les assistants les entendirent, jusqu'à leurs derniers instants, protester de leur innocence et de celle de l'ordre entier (1).

24. Le3 Templiers avaient duré cent quatre-vingt-quatorze ans. Leur chute a retenti et retentira encore longtemps dans l'histoire, dont elle est une des plus obscures énigmes. Bossuet a dit : «Les Templiers avouèrent dans les tortures, mais ils nièrent » dans les supplices. » Cette antithèse a plus d'énergie et d* éclat que de vérité, puisqu'il est incontestable que tous les aveux ne furent pas arrachés par les toitures. L'illustration des Templiers, leur gloire, leurs souffrances, leur catastrophe, nous intéressent encore , bien que le temps ait mis cinq siècles entre eux et nous. Tel est le pouvoir du malheur, qu'il attire la sympathie, lors même qu'il serait mérité : aussi les Templiers ont-ils trouvé de nombreux défenseur. . La pitié porte avec elle je ne sais quelle

(t) 11 est (aux, comme on l'a répété , d'après Mézeray, que Jacques Molay, au milieu des flammes et n'ayant plus que la langue de libre, ait ajourné le Pape et le monarque à paraître devant Dieu, l'un à quarante jours, l'autre à un an d'intervalle. La mort de Clément V et de Philippe-le-Bel, qui suivit de près le grand- maître au tombeau (20 avril et 29 novembre 13U), a seule accrédité cette version populaire et donné lieu à la fable de l'ajournement prétendu dont ne parle aucun auteur contemporain.

450 clément v (1305-1314).

gloire dont on est jaloux. Mais il faut se défier de ces justificatio: s tardives, où le principal triomphe qu'on semble ambitionner, est de pouvoir accuser un Pape. Laligne de démarcation tracée entre la conduite de Philippe- le—Bel et celle de Clément V, dans ce long et triste procès, nous parait assez nettement accusée , pour qu'il ne soit pas possible d'incriminer la mémoire du souverain Pontife. Les Templiers étaient-ils innocents? c'est le problème de l'histoire. L'ordre des Templiers était devenu nuisible à l'Eglise, c'est là un fait incontestablement acquis à l'histoire : Clément V a supprimé l'ordre; Philippe— le- Bel a brûlé les Templiers. La postérité doit faire à chacun la part de ses œuvres.

25. Le concile général de Vienne eut à s'occuper d'autres affaires, qui intéressaient plus directement le maintien de la foi. Les sectes manichéennes des Albigeois, combattues avec tant de vigueur, et vaincues enfin dans le midi de la France, où (lies avaient concentré toutes leurs forces, s'étaient transformées <u un faux mysticisme , aussi dangereux que coupable. Sous les noms de Fratricclles , Béguards , Béguines, Bizoques, Dulcinistes, etc., elles avaient abouti au quiétisme le plus impur, et disaient que l'homme pouvait parvenir à un tel degré de grâce et de perfection, qu'il atteignait alors à l'impeccabilité. Arrivé à ce point, il ne devait plus s'exercer dans la pratique des vertus; le jeûne, la prière lui devenaient inutiles; il n'était plus soumis à aucune loi humaine, à aucune autorité, en vertu de la liberté qui se trouve partout où est l'esprit de Dieu; enfin, il pouvait donner aux sens et à la nature toutes les jouissances imaginable , sans recevoir dans son âme aucune souillure. Tel était le nouveau développement, le dernier mot de ces sectes infâmes, (pu? par un abus impie des plus sublimes idées de la morale évange lique, en faisaient comme un assaisonnement ralïiné de leur? plus grossières voluptés. Le concile de Vienne analhématisa 1^ nouveaux doctrinaires. — Il eut ensuite à s'occuper d'une grave division, qui venait d'éclater au milieu de l'ordre de saint François. Les plus rigides observateurs de la règle primitive avaient obtenu, en Italie, du pape saint Célestin V, la permission de se réunir, et de suivre l'étroite observance, sous le nom de Pauvres-

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