‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 235 sur 324 · CHAPITRE PII KSI 1ER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PII KSI 1ER

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«'ouvrit le 16 octobre 131 1 . Plus de trois cents évêques s'y trouvèrent rassemblés , sans compter les cardinaux. Tous les procèsverbaux furent soumis aux Pères. Leur examen dura plus de six mois. Deux partis furent soutenus au sein de l'assemblée. Les uns voulaient que l'interrogatoire recommençât en présence du concile et qu'on punît les individus sans rien prononcer sur l'ordre en général. Ce moyen était impraticable : il eût fallu de longues années pour instruire cette multitude innombrable de procès particuliers, dont les éléments étaient épars dans tout l'univers. Les autres disaient qu'il fallait abolir prompte ment un ordre dont plus de deux mille témoins avaient constaté la corruption; que la légitimité d'une pareille mesure était suffisamment justifiée par l'évidence des preuves. Sur la proposition du pieux et savant Guillaume Duranti, évéque de Mende, un moyen terme fut adopté. Il consistait à prier le Pape de se charger luimôme de prononcer, en vertu de la plénitude de son pouvoir apostolique, la sentence en question. En conséquence, après un consistoire où assistèrent les prélats les plus distingués, en présence de Philippe-le— Bel , de ses trois hls, du prince Charles de Valois, son frère, et d'une multitude immense que la curiosité avait rassemblée, Clément Y publia la bulle d'abolition (3 avril 1312). Soigneux de ne point violer les formes juridiques, Clément V déclarait que, le procès n'ayant point été intenté à Tordre, mais aux individus, la suppression n'avait lieu que par voie de provision, c'est-à-dire par voie de règlement apostolique (1) et non par voie de condamnation, ni de sentence définitive; mais il ajoutait que cette suppression était irréfragable, et que personne à l'avenir ne pourrait embrasser cet ordre, en porter l'habit, ni se qualifier du nom de Templier. Les biens des chevaliers furent attribués à l'ordre des Hospitaliers de Jérusalem, qui venaient de conquérir l'île de Rhodes et d'en

(i) c Ejus ordinis statuai, habitum atque noraen, non sine cordïs amaritudine et dolore , sacro approbante concilio , non per modum defînitivae sententias , cum cam super sccundum inquisitiones et processus super his habitas, non possumus ferre de jure, sed per viam proiisionis, seu ordinationis apostolicaî, irrefragibilî et perpetuo valitura susluliœus sanctions ■ (Bulle Ad Providam Chrisii. Du-

pws, p. m.}

m CLÉMENT V (1305-1314).

prendre le nom. Quant aux personnes, les dispositions du concile furent mêlées de douceur et de sévérité. Le Pape se réserva la décision qui concernait les dignitaires les plus éminents; le sort des autres fut laissé à l'autorité et à la sagesse des conciles provinciaux. La clémence fut recommandée en faveur des chevaliers qui /après l'aveu de leurs crimes, en manifesteraient le repentir. On devait leur accorder, sur les biens de Tordre déchu, une honorable subvention destinée à soutenir et à consoler leur existence désormais brisée et flétrie. Mais pour ceux qui ^opposeraient aux charitables exhortations qu'une impénitence obstinée, on statua que les peines des deux droits leur seraient rigoureusement appliquées.

23. Philippe-le-Bel avait déjà pris, sans l'aveu du Pape ni du concile, l'initiative des châtiments. C'est à l'année 1310 et à Tannée 1311 que l'on doit rapporter les grandes exécutions, et, en particulier, celle des cinquante-neuf chevaliers brûlés à Paris, près de la porte Saint-Antoine, exécution qui frappa le peuple d'étonnement et de consternation. Après le concile de Vienne, les tribunaux ecclésiastiques étant seuls chargés de l'instruction juridique, les supplices cessèrent. Celui du grand-maître, Jacques Molay, et de Guy, dauphin d'Auvergne , fut une violation déplorable, par Philippe-le-Bel, du droit ecclésiastique; Clément V n'y eut aucune part. Il s'était réservé, comme nous l'avons dit, de décider du sort de ces illustres prisonniers. Des cardinaux, délégués par lui, investis des pleins pouvoirs du Saint-Siège, assistés de Tarchevêque de Sens et de quelques autres prélats, s'étaient rendus à Paris. Les quatre grands dignitaires parurent d'abord devant les représentants du souverain Pontife, et y reconnurent de nouveau, comme vrai, tout ce qu'ils avaient déclaré dans leurs précédents interrogatoires. Mais lorsqu'il s'agit de leur notifier la sentence qui les condamnait à une prison perpétuelle, Jacques Molay élevant la voix : « B est » bien temps, s'écria-t-il, que je découvre enfin toute Tiniquité » du mensonge et que je fasse triompher la vérité. Je déclare » donc, à la face du ciel et de la terre, que j'ai commis le plus » grand des crimes en convenant de ceux qu'on impute à un » ordre entièrement innocent. La crainte de la mort n'est pas

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