CHAPITRE H
repassèrent précipitamment le détroit , à la faveur de la nuit; le lendemain, les chrétiens cherchèrent en vain leurs adversaires. Le roi de Castille envoya au Pape, avec la nouvelle de ce prodigieux succès, vingt-quatre étendards musulmans, qui furent suspendus aux voûtes de la chapelle pontificale. Benoît XII, dont les soins paternels avaient rétabli si à propos l'harmonie dans la Péninsule, pouvait à juste titre revendiquer une part à l'honneur de ce brillant fait d'armes.
15. Pendant que Rome, toujours livrée aux factions, oubliait les Papes, ses souverains légitimes, elle renouvelait, en faveur de Pétrarque, les cérémonies païennes d'un couronnement au Capitale (1341). Benoit XII, de son côté, songeait à l'Italie; U y envoyait, en qualité de légat, Bertrand de Deux, archevêque d'Embrun, qui déploya, dans celte mission délicate, un admirable talent, n décida les Colonna et les Orsini de Rome à conclure une trêve de plusieurs années, et ramena la tranquillité dans la ville. Ses soins rétablirent également la concorde dans les États pontificaux, le duché de Spolète, la Romagne et la marche d'Ancône. Ce furent les derniers actes du règne de Benoit XH, qui mourut à Avignon, le 25 avril 1342. n avait signalé son passage aux affa.res par d'utiles réformes. Il abolit plusieurs exactions arbitraires, dont quelques évêques, sous prétexte de redevances, grevaient les ecclésiastiques dans leurs visites pastorales Il s'efforça de ramener dans les cathédrales l'exactitude du service divin qui est l'âme de la piété. L'ambition , Voubli des vertus monastiques, avaient graduellement diminue 1 esprit religieux chez les chanoines réguliers, les moines de Saint-Benoit et de Citeaux. Benoît XII fit de salutaires règlements pour raviver, dans ces trois ordres, la régularité, l'amour de l'étude et la ferveur primitive. Sous son pontificat, les finances continuèrent à être florissantes. Il avait cependant détruit les réserves et les expectatives; mais comme l'économie la plus sévère présidait aux moindres détails de l'administration, les revenus ordinaires suffirent aux dépenses de son gouvernement. C'est à Benoit Xll que remonte l'origine de la tiare papale, dont les trois couronne, symbolisent, selon les uns, les trois puissances, royale, impériale et sacerdotale, et, selon les autres, la royauté spirituelle
47» clément vi (1342-1352).
sur les fidèles, la suprématie sur les évêques, et la royauté temporelle de Rome.
g 3. Pontificat de Clément Vl (7 mai 13424 décunbrc 1352).
16. Le Saint-Siège ne fut vacant que treize jours. Les suffrages du conclave rassemblé à Avignon , se réunirent spontanément sur le cardinal Pierre Roger, qui prit le nom de Clément VI. Le nouveau Pape était né au château de Maumont , dans le diocèse de Limoges. Le cardinal de Mortemart, son compatriote, qui l'aimait comme un fils, le présenta à Jean XXII. Ce Pape apprécia bientôt les qualités éminentes de Pierre Roger , qui devint successivement évèque d' Arras , archevêque de Sens et de Rouen, conseiller intime de Philippe de Valois , et enfin cardinal sous Benoît Xn. Clément VI aimait l'éclat, la magnificence; il en déploya toutes les pompes sur le siège pontifical. Son grand cœur, sa générosité, sa douceur, sa libéralité et les qualités aimables de son caractère , eilaçaient encore le luxe extérieur dont il s'entourait. Il répétait souvent cette maxime d'un célèbre empereur : n Personne ne doit se retirer mécontent de la présence » du prince ; » et cette autre : a Nous ne sommes Pape que pour » faire le bonheur de nos sujets. » Quand la nécessité l'obligeait à refuser une grâce, il savait consoler par la douceur de son refus, du refus lui-même. La première année de son pontificat, il publia une bulle par laquelle il invitait tous les clercs sans bénéfices, à se présenter pour en recevoir. Les solliciteurs affluèrent à Avignon , et aucun ne se retira sans avoir obtenu quelque faveur. Pour fournir à sa libéralité, Clément VI se réserva les nominations aux abbayes et aux prélatures, déclarant nulles les élections conventuelles et capitulaires. Comme on lui objectait que ces nominations étaient abusives , et que ses prédécesseurs se les étaient toujours interdites : « Ah î répondait-il en parlant » de ses largesses, mes prédécesseurs ne savaient pas être » Papes (1). » Comment n'aurait-on point pardonné quelques réserves inusitées à un Pontife qui ne songeait qu'à faire des heureux?
(1) • Pradeccssores nostri ncscivarunt esse Papa.» (Baluzba \*Vito$ P> 3^*)