‹ Histoire générale de l'église depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos joursChapitre 247 sur 324 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

17. Les Romains n'eurent pas plus tôt appris l'élévation de Clément VI, qu'ils crurent l'occasion favorable pour solliciter de nouveau la restauration du Saint-Siège à Rome. Pétrarque, devenu citoyen romain , depuis son couronnement au Capitole, fit partie de la députation envoyée au Pape à ce sujet. Les Romains n'avaient pas encore renoncé à leur utopie de république indépendante; ils priaient le souverain Pontife d'accepter les titres de sénateur et de gouverneur de la ville, non comme Pape, mais comme seigneur Roger. Cette clause seule suffirait à prouver l'esprit anarchique dont ils étaient encore animés. On a souvent répété que les Papes, en fixant leur siège à Avignon, n'avaient obéi qu'à l'influence française; qu'ils avaient compromis pour elle , leur indépendance et leur dignité. Au point de vue historique , c'est une calomnie. Un prince exilé s'amoindrirait s'il acceptait une couronne, dans les conditions que les Romains posaient alors aux Papes; ils ne devaient rentrer à Rome qu'en souverains; un compromis avec une république était indigne de la Papauté. Voilà pourquoi Clément VI n'accepta pas les offres qui lui furent faites , malgré l'éloquence de Pétrarque et toute sa poésie. Cependant, afin de prouver à la Ville éternelle qu'elle était toujours, même au milieu de ses égarements , la fille privilégiée de l'Eglise, Clément VI réduisit à cinquante ans le terme fixé pour le Jubilé séculaire, et il l'indiqua, dans la bulle Unigenitus Dei Filius^ pour l'année 1350 (1343). « Nous saisi- » rons avec ardeur, dit-il aux députés, le moment favorable pour » rétablir la Papauté dans son siège naturel ; mais ce moment » ne nous parait pas encore venu. »

18. Au point de vue des faits politiques, dans leur rapport *vec l'Europe, la position de Clément VI était difficile. En Espagne les excès de Pierre-le-Cruel , roi de Castille , l'ambition de Pierre-le-Cérémonieux, roi d'Aragon, les entreprises de tous les deux préparaient à la Péninsule des scènes désastreuses. La France et l'Angleterre, réunies un instant par la sagesse du négociateur, mais toujours ennemies par la rivalité de leurs chefs, recommençaient les hostilités l'une contre l'autre. En Allemagne Louis de Bavière, obstiné dans sa révolte contre l'Eglise romaine et protecteur d'une poignée de schismatiques , menaçait une se-

474 clément vi (1342-1352).

conde fois l'Italie. Naples, a la vérité, était encore en paix sous l'administration de son roi Robert d'Anjou; mais ce monarque, vieilli avant l'âge , était sur le bord de la tombe, et déjà, parmi les siens, s'agitaient les éléments funestes d'une révolution. Au milieu d'une telle complication il fallait un Pontife ferme, artif, énergique. Clément VI se trouvait à la hauteur de sa mission providentielle, son coup d'œil lui fit juger de l'état des choses, et sa politique se mit sur-le-champ à l'œuvre. Il importait d'abord de maintenir, entre la France et l'Angleterre, les traités dont l'une et l'autre se reprochaient la violation. Deuxcardinain furent délégués aux deux rois, dont les armées étaient campées sous les murs de Vannes. L'influence du souverain Pontife fut décisive, et le traité de Malestroit, conclu le 1^ janvier 1 343, fut le résultat de ses négociations. Il n'indiquait qu'une trêve de trois ans, encore cette trêve ne fut-elle pas observée ; mais l'animosité des puissances belligérantes ne permettait pas d'espérer davantage.

19. Cependant les cardinaux Aymeri de Chastellux et Curtil s'étaient rendus en Lombardie pour relever, dans cette portion de la Péninsule, l'autorité pontificale. Cette mission était doublement importante, parce que de son succès dépendait celui des procédures que Clément VI préparait contre Louis de Bavière. Il voulait en finir avec ce prince schismatique. « H est intoîé- » rable, disait-il, que, depuis trente ans, Louis ait résisté à deux » Papes et s'apprête à en braver un troisième. » Effrayé de ces dispositions hostiles, le roi de Germanie comprit la nécessité de céder, au moins en apparence. L'opinion des peuples, malgré tous les efforts de l'école impérialiste, était encore fortement prononcée en faveur des souverains Pontifes; d'ailleurs Louis, par ses vexations, s'était généralement aliéné les esprits ; le mariage adultère de son fils avec Marguerite avait soulevé la Bohême et la Moravie; on commençait à être las d'obéir à un etnpereur constamment en inimitié avec le Saint-Siège. Un acte de soumission ne coûtait rien à Louis de Bavière. Il fit déclarer au wuverain Pontife qu'il reconnaissait toutes ses fautes, résignait l'empire entre ses mains et s'obligeait à ne le reprendre mie sur son ordre. Quand on reçut à Avignon ces humbles protestations,

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