CITA PITRE II
tholique. L'Italie en armes ne lui fournissait aucun subside ; la France et l'Angleterre , entièrement absorbées par leur guerre internationale, n'envoyaient plus les dîmes; l'Allemagne seul* pouvait subvenir aux frais qu'exigeaient tant de sollicitudes. Pour comble de malheur, Charles IV, qui s'était montré jusquelà dévoué aux intérêts du Saint-Siège , refusait de laisser percevoir, dans ses Etats , les revenus pontificaux. L'inquiétude que causait à Avignon ce triste état de choses se dissipa bientôt. Charles IV, un instant séduit par des projets exagérés de réforme, comprit les explications bienveillantes d'Innocent VI et leva ses défenses. Un autre objet attirait alors l'attention du souverain Pontife. L'empereur d'Orient, Jean Paléologue, venait de voir tomber aux mains d'Amurat I" la ville d'Andrinople, la clef de la Grèce , le boulevard de l'empire. Réduit à quelques provinces morcelées et séparées les unes des autres, l'Orient ne se défendait plus : il se débattait dans les convulsions de l'agonie. Paléologue réitérait plus vivement que jamais la demande d'un secours au chef de la chrétienté ; et pour l'obtenir plus efficacement, il promettait la réunion des deux Eglises, réunion si souvent tentée et que la mauvaise foi des Grecs avait toujours fait échouer. Il se trouvait alors à Avignon un homme dont l'activité et le génie promettaient, pour l'expédition d'Orient, un succès pareil à celui que le cardinal Albornoz avait obtenu dans la Péninsule. C'était le bienheureux Pierre Thomas, apôtre, diplomate , guerrier plein de bravoure , aussi supérieur dans un conseil que sur un champ de bataille. De nombreuses missions l'avaient familiarisé avec les besoins et les mœurs des populations orientales. Innocent VI le nomma son légat à iatere, et lui confia le soin d'organiser une croisade. A la tête d'une flotte composée de galères vénitiennes et de celle des chevaliers de Rhodes , Thomas visite Smvrne et les autres villes maritimes de la côte d'Asie, ranime parmi les chrétiens le courage et l'espérance, et arrive enfin à Constantinople , où il est reçu avec des transports d'allégresse : le patriarche schismatique est déposé et l'empereur prête, entre les mains du légat, le serment de fidélité au Saint-Siège. Thomas va mettre le siège devant Lampsaque, et remporte par escalade à la vue d'une flotte turque qui ne peut
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la défendre. Les îles de Crète et de Chypre abjurent le schisme et reconnaissent la suprématie romaine. Après ces brillants succès , Thomas repassa en Europe pour y chercher de nouveaux renforts ; mais il ne retrouva plus Innocent VI, qui venait do succoml>er à 1 âge et aux infirmités le 22 septembre 1362, dans la dixième année de son pontiûcat.
$ 5. Pomia. »< d'Urbain V (27 septembre ISto-10 décembre 1370).
32. Les cardinaux entrèrent au conclave au nombre de vin^t et un , et le soir même , les deux tiers des voix se trouvèrent réunies sur le cardinal Hugues Roger, frère de Clément VI. Par une humilité dont l'histoire offre peu d'exemples, ce prélat, uniquement appliqué aux œuvres de sanctification, et qui n'avait jamais songé à la tiare , refusa l'honneur qu'on voulait lui imposer. Après cet incident , les suffrages se portèrent sur le cardinal Raymond de Caniliac, sans pouvoir former une majorité suffisante. Pour couper court à toutes les brigues , on convint alors de choisir le Pape futur en dehors du sacré collège , et , le 27 septembre 1362, l'abbé de Saint-Victor de Marseille, Guillaume Grimoard , fut élu souverain Pontife. Il se trouvait alors a Florence, se rendant à Naples, où Innocent VI l'avait envoyé en mission. Ce fut de là qu'il adressa au conclave la lettre par laquelle il acceptait la tiare et prenait le nom d'Urbain V. Né au château de Grisac , près de Mende , le nouveau Pape était Français; mais toutes ses sympathies étaient pour Rome. Longtemps avant son élection , il avait déclaré ses sentiments à ce sujet. Il considérait la translation du Saint-Siège à Avignon comme une mesure temporaire , qu'il était du plus haut intérêt pour l'Eglise de voir finir prompteraent. Pape, il put réaliser ce projet. C'est à lui que la Papauté dut cette glorieuse initiative.
33. Son premier soin fut de poursuivre l'expédition d'Orient , commencée par son prédécesseur et si glorieusement inaugurée par le bienheureux Pierre Thomas. Ce dernier parcourait l' Europe accompagné de Pierre de Lusignan , roi de Chypre. Us excitaient partout l'enthousiasme dont ils étaient eux-mêmes animés et recevaient des promesses favorables. Jean II , roi de France, Waldémar III, roi de Daneraarck, Barnabé Viscoati