CHAPITRE III
défenseurs au milieu des désordres du schisme. En affichant le plus grand zèle pour l'unité de l'Eglise, l'Université de Paris ne faisait, an fond, qu'embrouiller davantage la question. Les assemblées se succédaient; la lourde faconde des docteurs et des maîtres ès-arts versait, comme une source intarissable, les flots d'une érudition indigeste, perdue dans un latin pédantesque qui se prétendait cicéronien. Deux grandes figures se dessinèrent néanmoins au milieu de cette foule de nullités, qui cherchaient à créer un piédestal pour leur ambition, dans le schisme qui désolait l'Eglise. Pierre d'Ailly, surnommé Y Aigle de la France et le Marteau des hérétiques, était alors chancelier de l'Université de France. Né en 1350 à Compiègne, dans une condition obscure, il avait cherché de bonne heure à se frayer une voie vers l'illustration, en embrassant la carrière des études. Ses rares talents s'y déployèrent avec le plus grand éclat; et , soit en philosophie, soit en théologie, soit en droit canonique, il devint bientôt un des plus célèbres docteurs de son temps. Attaché à l'obédience de Clément VII et de Benoit XIII, le premier le fit évêque de Cambrai, et le second cardinal en 1411. Malgré les liens qui l'attachaient au schisme, il sut montrer une véritable indépendance de caractère en travaillant, de bonne foi , au rétablissement de l'unité. Il se distingua aux conciles de Pise et de Constance, où son autorité et son éloquence furent toujours au service de la justice et de la vérité. — En quittant le poste éminent qu'il occupait dans l'Université, pour passer au siège de Cambrai, Pierre d'Ailly fut dignement remplacé dans sa charge, par l'un des hommes qui ont le plus largement partagé la célébrité de cette époque. Nommer Gerson, c'est désigner le fléau de l'hérésie et du schisme, la lumière des conciles, et le savant peut-être qui a le plus relevé le talent parla modestie du caractère. Né en Champagne, au village de Gerson (1) (1363), de parents obscurs, mais honnêtes, il fut envoyé de bonne heure à Paris, pour y cultiver les heureuses dispositions que la nature lui avait données. Ses progrès furent rapides, ses succès éclatants. Élève de Pierre d'Ailly, il se montra digne de cet illustre
(1) Bourg, maintenant ruiné, près de la ville de Réthel.
524 innocent vu (1404-1406).
maître. Si le livre admirable, connu sous le titre d'Imitation de Jésus-Christ, est sorti de sa plume, il a prouvé qu'avec une ftmc inspirée par la foi et par la charité , on peut se passer des vains ornements du langage, auxquels nous attachons beaucoup trop de prix, et écrire le plus beau des livres après l'Evangile. Après avoir dirigé, pendant près de trente années, la première Université du monde, et s'être acquis un nom immortel au concile de Constance, Gerson vint ensevelir sa science et sa gloire à Lyon, dans la collégiale de Saint-Paul, et consacra les derniers jours de sa noble vie à enseigner le catéchisme aux enfants. Pendant le schisme , il travailla à la pacification de l'Eglise avec cette sage modération qui concilie tous les intérêts, mais aussi avec cette invincible constance qui finit toujours par triompher des obstacles.
18. L'Université de Paris, mécontente de l'élection de Benoit XIII, avait fait décréter la soustraction de l'obédience. Tous les Français, attachés à la cour d'Avignon , reçurent l'ordre de la quitter immédiatement. Le maréchal Boucicault, le héros de Nicopolis, venait de rentrer dans sa patrie , après avoir payé sa rançon au sultan des Turcs. On lui donna le commandement d'une armée qui fut chargée de garder Benoît XIII captif, dans son palais d'Avignon. Mais l'antipape réussit à s'évader et vint se réfugier à Marseille, où il se trouvait en sûreté, sous la protection de Louis d'Anjou, roi titulaire de Naples et comte de Provence. Cependant Boniface IX mourait à Borne, où il avait restauré le pouvoir pontifical et mérité l'éloge, fait autrefois de Fabius : Cunctando restituit rem (t" octobre 1404).
S 3. Poatiacat d'Innocent ¥11 (17 octobre 1404-6 norembre 1406).
19. Au moment de la mort de Boniface IX, des ambassadeurs de la cour d'Avignon se trouvaient à Borne, chargés, par Benoît XIII, de négocier une réconciliation. Ils cherchèrent à ëmpêcher les cardinaux de procéder à une élection nouvelle. Cependant le peuple romain, un instant contenu parla main ferme et vigoureuse du dernier Pape, avait voulu profiter de sa fin prématurée pour ressaisir la liberté. L'émeute parcourut en