CHAPITRE H
triomphe les rues de la ville aux cris de Vive le peuple ! Effrayés de ce mouvement séditieux, les cardinaux crurent nécessaire de se donner un chef. Pour sauvegarder à la fois les intérêts généraux de la chrétienté et les besoins particuliers de Rome, avant d'entrer au conclave ils rédigèrent un acte solennel, semblable, pour le fond, à celui qui avait précédé le conclave d'Avignon. Chacun d'eux s'engagea personnellement, s'il était élu Pape, à procurer l'union de l'Eglise, fut-ce même par la renonciation au souverain pontificat. Dans ces circonstances, le cardinal Meliorato fut proclamé, sous le nom d'Innocent VII. Estimé pour sa science et la pureté de ses mœurs , simple dans sa manière de vivre , ennemi de l'avarice et de la simonie, d'une piété exemplaire, le nouveau Pape s'était d'avance concilié tous les cœurs. On espérait que sa modestie et l'absence de toute vanité personnelle réussiraient à apaiser le schisme qui agitait, depuis tant d'années, la barque de saint Pierre. Son règne trop court ne lui permit pas de réaliser ce qu'on attendait de lui. Peut-être aussi faut-il dire que le pouvoir a des enivrements qui séduisent les plus nobles cœurs, et auxquels, parfois, la vertu même ne sait pas résister.
20. Le premier soin du nouveau gouvernement fut d'apaiser, à Rome , la réaction politique qui avait succédé à Boniface IX. Sans armée , sans argent , sans alliance , Innocent VII paraissait devoir succomber dans son entreprise. Un défenseur vint s'offrir de lui-même à la Papauté, dans des circonstances aussi difficiles. En prêtant son appui au souverain Pontife , il semblait n'agir que par un motif de reconnaissance. Mais sa politique adroite et dissimulée avait des vues moins désintéressées et plus ambitieuses. Il avait pris pour devise ces paroles significatives : « Ou César, ou rien. » Son intervention dans les querelles de Rome, lai parut un moyen de se frayer une voie au rétablissement d'une monarchie italienne, dont il eût été le chef. Ce fut dans ce dessein qu'il pa/ut à la tête d'une armée aux portes de Rome , sous le prétexte avoué de protéger la liberté et la vie d'Innocent VII. Terribles dans les émeutes, les Romains perdaient leur courage devant les soldats. L'arrivée de Ladislas suffit pour faire rentrer tous les factieux dans l'ordre. En retour de ce service, le
520 innocent m (1404-1406).
Pape accorda au roi de Naples le gouvernement de la Campante et de la ville d'Ascoli Ladislas, auquel cet arrangement faisait espérer, dans l'avenir , de plus brillants succès, reprit le chemin de ses Etais. Une seconde révolte des Romains suivit de près son départ ; et le Pape , pour échapper aux fureurs du peuple , se retira à Viterbe. Rappelé bientôt par cette population inconstante et mobile, il revint dans sa capitale, pour y mourir, le 6 mivembre 1406. — Benoît XIII, toujours en lutte avec la France, errait, pendant ce temps, sur les rivages de la Méditerranée, transportant successivement sa cour de Gènes à Savonc, de Savone à Monaco , de Monaco à Nice et à Marseille.
21. Dieu semblait multiplier les prodiges des vertus chrétiennes à mesure que le schisme plaçait l'Eglise dans une situation plus critique. Sainte Colette illustrait alors la France et rétablissait l'esprit de régularité dans Tordre de Sainte-Claire. Née à Corbie en 1380, d'une obscure et pauvre famille, Colette avait manifesté, dès l'âge le plus tendre, un goût prononcé pour la retraite et la prière. L'humilité devint sa vertu favorite. Les dratiques les plus rudes de la pénitence n'avaient rien qui pût effrayer son courage. Elle prit l'habit monastique chez les religieuses de Sainte-Claire. Là, Dieu lui fit connaître qu'elle devait travailler à la réforme de l'ordre de Saint-François. Dès qu'elle se fut assurée de sa vocation, elle se détermina à aller trouver Benoit XIII, afin de conférer avec lui et d'en obtenir les pouvoirs qui lui étaient nécessaires. « Née en France , dit à ce sujet » le P. Berthier, et occupée tout» sa vie des exercices de la solii» tude , Colette ne révoquait pas en doute l'autorité des Papes » d'Avignon. » Elle suivait, en ce point, la doctrine des évèques de son pays ; elle représentait la bonne foi des simples fidèles 7 qui, sans chercher à se faire juges dans ces graves controverses s'en rapportaient purement et simplement à la décision de leurs supérieurs légitimes. Benoit XIII opposa quelques difficultés aux demandes de Colette ; mais il finit par se rendre à ses prières ; il la nomma supérieure générale des Clarisses, et lui donna plein pouvoir d'établir dans cet ordre tons les règlements qu'elle jugerait propres à procurer l'honneur de Dieu et le salut des âmes. Dix-huit monastères de religieuses et plusieurs communautés