chapitre ni
tanls, pour terminer le schisme, « comme des procureurs, pour » déposer, au moment opportun, la dignité pontificale, » c'était aux cardinaux qu'incombait le devoir de travailler par euxmêmes au rétablissement de l'unité. Ils le comprirent, et le concile de Pise fut l'œuvre de leur dévouement à l'Eglise, et sera leur plus beau titre de gloire. Les théologiens qui écrivirent alors pour soutenir la légitimité du concile , le firent avec une chaleur et une vivacité qui ne se continrent pas toujours dans les limites du droit. Gerson, auquel sa renommée donnait une autorité presque souveraine, publia à ce sujet deux traités qui produisirent une grande sensation. Dans le premier, l'illustre chancelier réfutait, avec beaucoup de bon sens et de modération, les objections qu'on soulevait contre le concile. Mais dans le second, intitulé : De axiferibilitate Papœ, il passait d'une question particulière à une conclusion générale, et prétendait, qu'en tout état de cause, un Pape peut être déposé par un concile œcuménique. La tradition tout entière protestait contre cette doctrine, que les Gallicans ont voulu renouveler. La déposition de Grégoire XII et de Benoît XIII , et celle de Jean XXIII , au concile de Constance, dont nous parlerons plus tard, ne peuvent être invoquées comme des exemples en faveur de cette opinion. Ces deux conciles avaient, non pas à juger un Pape légitime et universellement reconnu, mais, au contraire, à constituer un Pape, pour mettre fin à la division de la Papauté. Le moyen d'y parvenir était tout naturellement de renoncer réciproquement aux obédiences rivales, pour réunir tous les suffrages et tous les intérêts sur une même tète. Ce plan ne réussit qu'imparfaitement au concile de Pise, parce que les passions étaient encore trop ardentes : il aboutit plus tard à Constance, grâce au concours des princes chrétiens.
26. Après avoir cité Grégoire XII et Benoît XIII à comparaître au sein de l'assemblée, les Pères du concile de Pise commencèrent un sérieux examen de la grave affaire qui leur était soumise. On débattit longtemps les divers expédients qui pou— Yaient amener la pacification. Le résultat de la discussion fut qu'on devait obliger les deux prétendants à renoncer au souverain pontificat, leur retirer toute obédience et proclamer un
Pape élu par les cardinaux des deux partis, qui régnerait enfin sans conteste. À la distance où nous sommes maintenant de ces faits, qui passionnaient alors tous les esprits, nous trouvons le système de cession adopté par rassemblée parfaitement propre à terminer la querelle. Le but aurait été atteint sans les prétentions des deux rivaux , et sans rattachement persévérant de quelques princes à leur obédience. Grégoire XII et Benoît XIII ne comparurent ni l'un ni l'autre. Le 5 juin 1409 les portes de la basilique où se tenaient les séances furent ouvertes à la multitude , qui se précipita pour entendre la lecture de la sentence définitive. Au milieu du plus profond silence, le patriarche d'Alexandrie, élevant la voix, déclara « Pierre de Lune et Angelo » Corrario, nommés, l'un Benoît XIII, et l'autre Grégoire XII, » dans leurs obédiences, déposés du pontificat; les fidèles relevés » de toute obéissance envers eux, et le Saint-Siège vacant. » Cette sentence, jusque-là sans exemple, comme la situation qui l'avait provoquée, fut accueillie par des acclamations de joie et suivie du chant du Te Deum.
S S. Pontificat d'Alexandre V (26 juin 1 409-5 mai 1410).
27. Malgré l'obstination des deux Papes déposés, qui ne voulurent ni l'un ni l'autre se soumettre au jugement prononcé contre eux, le Saint-Siège était vacant : on ne songea plus, à Pise, qu'à leur donner un remplaçant incontestable. Dans les congrégations préparatoires il y eut divergence d'opinion sur le mode d'élection à adopter. Les uns voulaient que le concile luimême procédât au choix; les autres, que les cardinaux , malgré les sources douteuses où ils avaient puisé leurs titres, en demeurassent seuls chargés, pour ne point déroger à l'usage établi. Ce dernier sentiment prévalut, et les cardinaux après avoir juré rengagement de ne point se laisser guider, dans cette œuvre sainte, par les mesquines vues de l'intérêt personnel , entrèrent au conclave. Jamais des vœux plus ardents ne montèrent vers le ciel pour obtenir l'élection d'un Pontife. Le concile, les ambassadeurs, les fidèles étaient en prières. On ne doutait pas que le schisme ne touchât à sa fin. Le 26 juin 1409, tous les suffrages