GRÉGOIRE XII
possible. Cette glorieuse initiative partit de la France. Charles VI, ou plutôt le conseil de régence qui gouvernait sous le nom de ce monarque, décida qu'une neutralité absolue serait désonnais observée vis-à-vis des deux Pontifes rivaux. Le plupart des princes chrétiens suivirent cet exemple. Des négociations furent entamées avec les cardinaux des deux obédiences. On parvint à les détacher de leur Pape respectif. Les deux collèges se mirent en rapport, et bientôt un concile, auquel ils devaient tous prendre part, fut indiqué à Pise pour le 25 mars 1409. Grégoire XII se retira à Gaëte, sous la protection deLadislas, roi deNaples, et Benoît XIII vint porter à Sarragosse, sa patrie, ses espérances ruinées et ses ambitieux projets anéantis.
25. Les ambassadeurs de tous les princes chrétiens, vingtdeux cardinaux , les patriarches titulaires d'Alexandrie , d'An— tioche, de Jérusalem et d'Aquilée, cent quatre-vingts archevêques et évêques, trois cents abbés et autant de docteurs en théologie, se rendirent à Pise pour l'époque fixée. On a discuté, au point de vue théologique, le droit de cette assemblée. A nos yeux ce droit est incontestable. H est bien vrai, d'après les principes de la jurisprudence canonique, qu'on ne peut, dans les cas ordinaires, tenir des conciles sans l'autorisation du Pontife romain. Mais dans la conjoncture actuelle, aucun des deux prétendants ne pouvait convoquer une assemblée générale, puisque ni F un ni l'autre n'était reconnu généralement. Dans le doute où Ton se trouvait, par rapport à la légitimité du souverain Pontife, les cardinaux ont pu et ils ont dû agir comme si le Saint-Siège eût été vacant. Aucun concile général ne peut s'assembler sans l'autorité du Pape; mais ici c'était précisément l'autorité du Pape qu'il s'agissait d'établir d'une manière définitive, et de dégager en quelque sorte du nuage. Les deux rivaux avaient prêté serment, lors de leur élection, de concourir à l'œuvre de la paix. Ils avaient tous deux violé leur promesse : Grégoire XII ouvertement, Benoît XIII avec une dissimulation qui allait mieux à la finesse de son caractère ,- et sous des dehors de bonne foi qui, au fond, ne trompaient plus personne. C'était donc aux cardinaux qui les avaient élus, qui leur avaient fait jurer des conditions formelles, qui les avaient institués comme leurs représen-