CHAPITRE IV
pieds du vicaire de Jésus-Christ. Martin V, à ce spectacle qui rappelait, d'une manière si frappante, le néant des grandeurs humaines, ne put retenir ses larmes. Il embrassa avec tendresse celai qui avait été Jean XXIII, le nomma doyen du sacré collège, et voulut qu'il siégeât désormais à 6es côtés, sur un trône plus élevé que celui des autres cardinaux. Balthazar Cossa ne jouit pas longtemps d'une dignité qui n'en était plus une pour loi; il mourut au bout de six mois, plus grand sur son siège de cardinal que sur celui de saint Pierre. L'antipape Benoît XIII s'obstina dans sa rébellion. Il mourut en 1424, dans sa forteresse de Péniscola, entouré de quatre prétendus cardinaux, ses créatures, qui formaient à eux seuls toute son obédience. Ils voulurent lui donner un successeur, dans la personne de Gilles Mu«* giioz, qui prit le nom de Clément VIII. Mais ce fantôme de pontife, cédant enfin à la raison, déposa sa tiare, s'enferma en conclave avec ses cardinaux, et élut, de concert avec eux, Martin V, qui régnait depuis douze ans (20 août 1429). Ainsi se termina cette fatale scission, plus funeste pour l'Eglise que les persécutions et les bérésies de tous les siècles précédents. La réformation luthérienne en est sortie , et peut se dire sa fille : la Papauté y pendit une partie considérable de son prestige et failli! s'y abîmer elle-même. Toutefois, cet immense désastre a produit un enseignement précieux, fait pour éclairer les regards des moins clairvoyants ; c'est que la Papauté est réellement le centre de cette merveilleuse unité, qui rend l'Eglise chrétienne inexpugnable. Fondement de l'édifice, elle ne peut être ébranlée sans que le contre-coup se fasse sentir aux extrémités du monde
2. Le concile tint encore deux sessions, sous la présidence de Martin V; elies fui eût plus particulièrement dirigées sur les articles de réformation énoncés plus haut. Le souverain Pontife conclut avec les nations allemande, anglaise et française, par rapport à la collation des bénéfices et des revenus ecclésiastiques, trois traités spéciaux qu'on a appelés les Concordais de Martin V- Il approuva ensuite la condamnation de Jean Hus, de Jérôme de Prague et de leurs adhérents. Enfin il renouvela l'anatlième déjà porté contre Jacobel de Prague, autre sectaire, qui soutenait la nécessité, pour les simples fidèles, de la communion sous les
548 Martin v (1417-1431).
deux espèces. On convint ensuite de réunir prochainement à Pavie un concile général, et le. cardinal Brancaccio prononça la formule de la conclusion définitive du concile : a Domini, ite in » pace, et responsum est per adstantes : Amen » (22 avril 1418). En même temps , une bulle de Martin Y faisait une obligation à tous les fidèles « de reconnaître le concile de Constance , comme » représentant l'Eglise universelle. j> — a Nous voulons, disait* » il, qu'on observe inviolablement tout ce qui a été décerné, » conclu et déterminé conciliairement en matière de foi, dans » cette assemblée; car nous approuvons et ratifions tout ce qui a » été fait ainsi conciliairement en matière de foi, mais non pas » ce qui aurait été fait différemment et d'une autre manière. » La distinction si nette et si tranchée que Martin V établit , dans ces paroles, tombe évidemment sur le décret des quatrième et cinquième sessions, où, après la fuite de Jean XXIII, le concile prit des mesures énergiques pour l'extinction du schisme, en ajoutant qu'il soumettait à ces règlements toute personne, de quelque dignité qu'elle fût, même papale. Les gallicans ont voulu soutenir l'cecuménicité de ce décret , et ils en tirent la conclusion absolue de la supériorité du concile général sur le Pape. Les ultramontains, au contraire, prétendent que ce décret n'a jamais été œcuménique , puisque Martin V a pris la précaution formelle de l'exclure de son approbation. Pour nous, nous disons : 1° L'œcuménicité des quatrième et cinquième sessions du concile de Constance est au moins douteuse , personne ne le conteste, puisqu'elle a été et qu'elle est encore le sujet de tant de controverses; or, d'après l'axiome canonique, lex dubia, lex nulla. 2° Ou l'autorité œcuménique des sessions susdites dépend de la sanction du pape Martin V, ou elle en est indépendante. Si elle dépend de la sanction pontificale, il y a donc contradiction avec le décret qui élève le concile au dessus du Pape. Si elle en est indépendante, la question de principe demeure, après le concile, ce qu'elle était avant; car on ne peut donner une force absolue aux décrets non confirmés par le Pape , sans supposer la question elle-même, c'est-à-dire sans supposer qu'avant le concile de Constance, la supériorité du concile général sur le Pape était déjà une vérité reconnue dans l'Eglise. Or, une pa—