CHAPITRE IV
reille supposition serait plus que gratuite, puisque, dans toute l'histoire des siècles précédents , il n'est pas un seul concile général, pas un seul décret qui ait subsisté dans l'Eglise , sans l'approbation du Pape. Il est vrai que plusieurs théologiens, surtout les docteurs français, appartenant à l'Université de Paris, dans des mémoires et des discours publics adressés au concile , soutinrent d'une manière absolue et prétendirent ériger en dogme leur opinion de la supériorité du concile. Mais ils ne formaient, dans l'assemblée, qu'une minorité extrême, dont les exagérations n'eurent jamais force de loi. 3° Si l'œouménicité des quatrième et cinquième sessions était un fait, la supériorité du concile général sur le Pape serait un dogme de foi ; or, depuis quatre cent quarante ans, tous les Papes et l'immense majorité des docteurs et théologiens étrangers à la France, ont nié hautement, publiquement, ouvertement, cette supériorité. 11 faudrait donc dire que, depuis quatre siècles, tous les Papes, Timmense majorité des docteurs et théologiens, n'ont cessé d'être des hérétiques. Personne, je pense, ne voudra soutenir cette énorme absurdité. Tout au plus pourrait-on conclure que l'Université de Paris, et les héritiers plus ou moins éloignés de ces traditions gallicanes, se sont tenus dans une ligne trop exclusivement nationale, pour qu'elle soit la meilleure (1).
3. Rien ne retenait plus le Pape à Constance. Le 22 septembre 1421, « jour mémorable , disent les historiens, et écrit en lettres » d'or dans les fastes de Rome , » Martin Y fit son entrée dans les murs de la Ville éternelle. La multitude, accourue sur son passage , le saluait comme Vtmiçue père de la patrie. Le cœur du Pontife était d'autant plus sensible à ces démonstrations, que Rome était sa patrie , et que la famille des Colonna y avait toujours été puissante. Mais la déplorable situation de la ville affligeait ses regards. Les révolutions y avaient signalé leur passage
(1) Le concile de Constance n'a point été regardé comme œcuménique par la cour de Rome , malgré l'approbation donnée à quelques-uns de ses actes par Martin V. Nous suivons ici, comme toujours, le senliment de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les autres, sûr de ne point errer en la prenant pour guide. ( Voyez sur ce sujet le savant ouvrage de Msp Palma, Prœlectiones historiœ EocUsiœ, Romaî, 1848. Typis S. Congrégations de Propaganda Fide.)
550 Martin v (1417-1431).
par d'immenses ruines. « On n'y rencontrait, dit un auteur con- » temporain , que des maisons écroulées, des temples renversés, » des rues désertes, des voies impraticables, une cité dévorée » par la famine. » Terrible lecou que l'histoire donne, à chaque page, au peuple romain! Toutes les fois que Rome a repoussé les Papes, elle a creusé sous ses pas un abîme; sans les souverains Pontifes, le voyageur chercherait maintenant la place où fut la ville des Césars. La présence de Martin V rendit bientôt l'animation et la vie à cette capitale; l'argent circula en abondance; l'agriculture prodigua ses richesses; les étrangers y affluèrent et la reconnaissance des habitants confirma, dans des monuments publics, le nom de Père de la patrie, que l'enthousiasme avait d'abord décerné à Martin V.
4. Cependant les Husshes, sous la conduite de Jean Zisca, dévastaient l'Allemagne. Prague tomba en leur pouvoir (1419). Les monastères avec leurs religieux, les églises avec leurs prêtres, les villes entières avec leurs populations ; tout s'abîmait dans le sang et dans l'incendie. Deux croisades furent prechées contre eux par le souverain Pontife, avec les mêmes indulgences que pour les guerres saintes. Du haut de la forteresse du Thabor, qu'il avait bâtie sur une montagne voisine de Prague, Jean Zisca montrait à ses soldats les formidables armées impériales que Sigismond amenait contre eux, et ces années disparaissaient successivement sous leur glaive. U était maître de la Bohême, quand il fut emporté par la peste, en 1424. Après sa mort, son parti se divisa en trois fractions. Les uns ne voulurent point de chef et se nommèrent Orphelins; les autres se choisirent des chefs et prirent le nom KOrébites. Le troisième corps et le plus considérable, donna pour successeur à Zisca, Procope Raze, son élève, surnommé le Grand. Cette division ne nuisit point à leurs progrès. Ils se réunissaient pour combattre les catholiques et continuèrent ainsi à désoler la Bohême et la Moravie, pendant tout le pontificat de Martin V.
5. Cependant les empereurs byzantins tournaient toujours leurs regards vers l'Occident, pour chercher des défenseurs et des appuis. En 1 420 , Manuel fît partir pour Rome Jean Paléologue II , son fils et son héritier présomptif, afin d'implorer le